Pourquoi ce débat ? Le contexte en six points
  • La réforme des retraites de 2023 repousse progressivement l'âge légal de départ de 62 à 64 ans, à raison d'un trimestre par génération. Elle est suspendue jusqu'en janvier 2028 par le budget de la Sécurité sociale pour 2026, une suspension qui entre en vigueur le 1er septembre 2026.
  • Depuis 2022, le Rassemblement national défend un retour à un âge légal compris entre 60 et 62 ans selon la durée de cotisation, financé notamment par la lutte contre la fraude sociale. C'est la ligne portée par Marine Le Pen.
  • Le 28 mai 2026, sur LCI, Jordan Bardella prend ses distances avec cette ligne et met l'accent sur la durée de cotisation plutôt que sur l'âge légal, une inflexion relevée par la presse comme un point de désaccord avec Marine Le Pen.
  • L'UDR (Union des droites pour la République), le groupe d'Éric Ciotti, est l'allié parlementaire du RN à l'Assemblée : 17 députés, un groupe créé en octobre 2024 après la rupture avec Les Républicains.
  • Dans un entretien au Journal du dimanche publié le 15 août 2026, Éric Ciotti annonce qu'il soutiendra Marine Le Pen en 2027 tout en assumant un désaccord : il reste favorable à un âge de départ plus tardif et à une dose de capitalisation, et « espère une évolution » du RN sur ce point.
  • Ce désaccord n'est pas une nouveauté de l'été : il est déjà inscrit, vote par vote, dans les scrutins de la 17e législature.

Depuis le début de la législature, l'Assemblée nationale s'est prononcée trois fois sur l'âge légal de départ à la retraite : le 31 octobre 2024 sur une proposition de loi du Rassemblement national annulant les réformes d'âge, le 5 juin 2025 sur une résolution demandant l'abrogation de la réforme de 2023, et le 12 novembre 2025 sur l'article du budget de la Sécurité sociale qui suspend cette réforme. Le RN a voté pour les trois fois — 115, 40 puis 111 voix. Les députés UDR d'Éric Ciotti se sont abstenus la première fois, puis ont voté contre les deux suivantes. Éric Ciotti lui-même s'est abstenu en octobre 2024 et a voté contre en novembre 2025. L'évolution qu'il appelle de ses vœux dans la presse, il la demande donc à un groupe qui n'a jamais varié dans l'hémicycle.

3
Votes sur l'âge de départ
3
Fois où le RN a voté pour
0
Fois où l'UDR l'a suivi

Octobre 2024 : le RN met son propre texte sur la table, l'UDR s'abstient

Le 31 octobre 2024, lors de sa journée réservée, le Rassemblement national fait examiner la proposition de loi de Thomas Ménagé visant à restaurer un système de retraite plus juste en annulant les dernières réformes portant sur l'âge de départ. C'est le texte le plus explicite de la législature sur la doctrine du parti : il annule le report à 64 ans. Il est rejeté par 185 voix contre 118. Le RN vote pour à 115 voix, avec 3 abstentions ; aucun autre groupe ne l'accompagne, à l'exception d'une voix socialiste et de deux non-inscrits. Les onze députés UDR présents s'abstiennent — tous, Éric Ciotti compris.

Le détail du scrutin, groupe par groupe et député par député — vous pouvez y chercher le vôtre :

31 octobre 2024 — proposition de loi RN sur l'âge de départ : le vote par groupe
Pour
Contre
Abstention
RN
115 pour
SOC
52 contre
EPR
49 contre
EcoS
26 contre
HOR
19 contre
DEM
17 contre
UDR
11 abstentions
DR
10 contre
GDR
9 contre
NI
2 pour, 1 contre
LIOT
2 contre
Aucun vote de député LFI-NFP n'est enregistré sur ce scrutin, qui a compté 320 votants exprimés sur 577 députés.

Le financement, lui, tient en une ligne dans la bouche du rapporteur du texte, le député RN du Loiret Thomas Ménagé : la fraude sociale. C'est la clé de voûte du chiffrage du parti, et l'un des points que la Cour des comptes et le Haut Conseil du financement de la protection sociale ont, à plusieurs reprises, jugé surévalué.

« Le Rassemblement national, notamment notre collègue Franck Allisio, mène un travail approfondi sur ce sujet essentiel, qui a abouti à un plan antifraude, tant sociale que fiscale. On le sait, les 13 milliards par an de la fraude sociale permettraient de financer un retour à une retraite à 62 ans. »

Thomas Ménagé
Thomas Ménagé
RN
Loiret (4)
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Juin 2025 et novembre 2025 : l'UDR vote contre, le RN vote pour

Le 5 juin 2025, l'Assemblée adopte par 198 voix contre 33 une résolution du groupe GDR demandant l'abrogation de la réforme de 2023. Le texte n'a pas de portée normative, mais il oblige chaque groupe à se prononcer : le RN apporte 40 voix pour, aux côtés de LFI (59), du PS (44), des écologistes (33) et du GDR (17). Deux députés UDR votent contre.

Cinq mois plus tard, le 12 novembre 2025, le vote est cette fois bien réel : l'article 45 bis du projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 suspend le calendrier de la réforme jusqu'en janvier 2028. Il est adopté par 255 voix contre 146, avec 103 abstentions. Le RN fournit 111 voix pour, soit le premier contingent du camp du oui. Les quatorze députés UDR présents votent tous contre — dont Éric Ciotti. Sur ce point précis, le président de l'UDR n'a donc pas seulement exprimé un désaccord dans la presse : il a voté à l'inverse de son allié.

« Vous augmentez les impôts, mais vous refusez d'introduire dans le système de retraites, pourtant à bout de souffle, une dose de capitalisation qui permettrait d'alléger le poids du vieillissement de la population sur les finances publiques. »

Éric Ciotti
Éric Ciotti
UDR
Alpes-Maritimes (1)
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Cette phrase, prononcée le 12 novembre 2024 dans le débat budgétaire, résume la seconde demande d'Éric Ciotti : la capitalisation. C'est le point sur lequel Jordan Bardella s'est montré le plus ouvert, déclarant le 29 mai 2026 que l'avis de son allié « comptera ». Sur l'âge, en revanche, la position officielle du RN reste celle défendue par Marine Le Pen — et celle que les députés du groupe ont votée trois fois.

Ce que dit le relevé de votes, groupe par groupe

🗳️
31 octobre 2024 — PPL RN (âge de départ)
Rejetée, 118 pour / 185 contre. RN : 115 pour, 3 abstentions. UDR : 11 abstentions, aucune voix pour.
📜
5 juin 2025 — résolution d'abrogation
Adoptée, 198 pour / 33 contre. RN : 40 pour. UDR : 2 contre.
⏸️
12 novembre 2025 — suspension (PLFSS)
Adoptée, 255 pour / 146 contre. RN : 111 pour, aucune voix contre. UDR : 14 contre, Éric Ciotti inclus.
🤝
16 décembre 2025 — budget Sécu, vote final
Adopté, 247 pour / 232 contre. Là, les deux alliés se retrouvent : RN : 122 contre, UDR : 16 contre.

Le dernier cas est important pour la précision du constat : RN et UDR votent très souvent ensemble — sur le budget de la Sécurité sociale, sur la censure, sur les manœuvres de procédure du 28 novembre 2024, où les deux groupes ont refusé les amendements de suppression déposés par le camp gouvernemental. La divergence n'est pas générale : elle est concentrée, et systématique, sur un seul objet — l'âge légal de départ.

À noter : aucun vote solennel n'a jamais tranché l'abrogation elle-même. Le 28 novembre 2024, la proposition de loi d'abrogation de la retraite à 64 ans portée par LFI n'est jamais arrivée au vote final : 32 scrutins ont été consacrés à des amendements ce jour-là, dont ceux du bloc gouvernemental, et la séance s'est achevée sans vote sur l'ensemble. Sur ces 32 scrutins, les députés RN ont voté contre 1 834 fois et se sont abstenus 33 fois — sur un seul amendement.

« Depuis deux ans, tous les groupes de gauche de cette assemblée ont tenté de remettre ce débat à l'ordre du jour, notamment à l'occasion des niches parlementaires. Jamais nous n'y sommes arrivés. Seul le groupe GDR, avec sa résolution de juin 2025, a permis d'acter la volonté d'abroger la réforme des retraites de 2023. »

Sandrine Runel
Sandrine Runel
SOC
Rhône (4)
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L'ambivalence est au sommet, pas dans l'hémicycle

C'est le principal enseignement du relevé de votes. Le débat interne au RN — Marine Le Pen tenant l'âge légal de 60 à 62 ans, Jordan Bardella déplaçant le curseur vers la durée de cotisation — se joue en plateau de télévision et en réunion de programme. Dans l'hémicycle, les 122 députés du groupe n'ont produit aucune trace de cette hésitation : ni vote dissident, ni abstention massive sur les trois scrutins portant sur l'âge. Le seul décrochage repérable est de trois abstentions sur leur propre texte, en octobre 2024.

Ce qui déplace la question posée par Éric Ciotti : une évolution du RN sur les retraites ne serait pas un ajustement de programme, mais un renversement de trois votes publics, tenus sur trois ans, par un groupe de 122 députés. Et elle interviendrait sur une réforme dont l'application est déjà suspendue jusqu'en 2028 — c'est-à-dire dont le sort sera arbitré par la présidentielle, pas par l'Assemblée sortante.

31 octobre 2024
Journée réservée du RN : sa proposition de loi annulant les réformes de l'âge de départ est rejetée, 118 voix contre 185. Le RN vote pour à 115 voix, les 11 députés UDR présents s'abstiennent.
28 novembre 2024
La proposition de loi d'abrogation de la retraite à 64 ans, portée par LFI, est noyée sous les amendements : 32 scrutins, aucun vote sur l'ensemble.
5 juin 2025
La résolution GDR demandant l'abrogation de la réforme de 2023 est adoptée, 198 voix contre 33. Le RN apporte 40 voix pour, deux députés UDR votent contre.
12 novembre 2025
L'article 45 bis du PLFSS 2026 suspend la réforme jusqu'en janvier 2028 : 255 voix contre 146. Le RN fournit 111 voix pour, les 14 UDR présents votent contre, Éric Ciotti compris.
28 mai 2026
Sur LCI, Jordan Bardella déplace la doctrine du RN de l'âge légal vers la durée de cotisation, à rebours de la ligne défendue par Marine Le Pen.
15 août 2026
Dans le Journal du dimanche, Éric Ciotti annonce son soutien à Marine Le Pen pour 2027 et dit espérer une évolution du RN sur l'âge de départ et la capitalisation.
1er septembre 2026
Entrée en vigueur de la suspension : l'âge légal reste bloqué à 62 ans et 9 mois jusqu'en janvier 2028.

Vous pouvez vérifier vous-même comment votre député s'est prononcé sur chacun de ces scrutins : cherchez son nom dans le module de vote ci-dessus, ou ouvrez sa fiche depuis notre annuaire des 577 députés. Chaque fiche récapitule ses votes, ses amendements et ses questions au gouvernement, et permet de le contacter directement.