- Le 27 septembre 2026, 178 sièges de sénateurs étaient remis en jeu dans 64 circonscriptions : c'est le renouvellement de la « série 2 », la moitié du Sénat.
- Les électeurs sont des grands électeurs, pour l'essentiel des délégués des conseils municipaux élus en mars : des élus locaux qui connaissent souvent personnellement leur sénateur.
- Le taux de participation aux votes ne mesure pas l'assiduité d'un sénateur : le président de groupe vote pour tous ses membres. Nous l'avons montré le 1er septembre.
- L'indicateur retenu ici est celui de l'agenda officiel du Sénat, tenu par son administration : les jours de séance, de commission, de délégation ou de mission, d'octobre 2020 à août 2026.
- Nous l'avons confronté au résultat pour les 118 sortants qui se représentaient et siégeaient depuis le début du mandat.
Sur les dix sortants candidats qui ont passé le moins de jours au Sénat depuis 2020, sept n'ont pas été réélus le 27 septembre. Sur l'ensemble des 118 sortants qui se représentaient après un mandat complet, la proportion est de 19, soit 16 %. Le bas du classement de présence a donc perdu son siège quatre fois plus souvent que la moyenne. Au-dessus de 250 jours, en revanche, la présence ne dit plus grand-chose du résultat.
Un seuil, pas une pente
Les sortants réélus comptent en médiane 423 jours de présence à l'agenda sur le mandat, les non-réélus 366 jours. L'écart se concentre presque entièrement en bas de l'échelle. Neuf sortants candidats affichent moins de 250 jours, soit moins de 42 jours par an : six ont perdu leur siège. Dans les trois tranches suivantes, la part de non-réélus oscille entre 9 % et 15 %, sans progression régulière.
Effectifs : 6 non réélus sur 9 sortants sous 250 jours, 3 sur 26 entre 250 et 349, 6 sur 40 entre 350 et 449, 4 sur 43 au-delà.
Le seuil est net. Au-delà, une présence élevée ne protège pas : quatre des sortants battus figurent dans le quart le plus assidu. Jacques Fernique (Bas-Rhin, 509 jours), tête de sa propre liste, a obtenu 313 voix et aucun siège. Patrick Chaize (Ain, 483 jours) figurait en deuxième position derrière Véronique Baude, sur une liste qui n'a eu qu'un élu.
En bas du classement, des sortants seuls face aux grands électeurs
Les sept non-réélus parmi les dix moins présents sont Mikaele Kulimoetoke (Wallis-et-Futuna, 91 jours), Frédérique Gerbaud (Indre, 113), Michel Bonnus (Var, 177), Stéphane Ravier (Bouches-du-Rhône, 220), Teva Rohfritsch (Polynésie française, 227), Henri Leroy (Alpes-Maritimes, 230) et Annick Petrus (Saint-Martin, 251). Cinq d'entre eux se présentaient seuls ou en tête de liste, et le verdict est sans appel. Dans l'Indre, Frédérique Gerbaud termine le second tour avec 68 voix, 10 % des suffrages. À Saint-Martin, Annick Petrus recueille 3 voix au premier tour. Stéphane Ravier, tête d'une liste d'extrême droite, obtient 265 voix et aucun siège.
L'agenda le plus léger de la série : 91 jours de présence en six ans, 24 sur la dernière année. Les 22 grands électeurs de Wallis-et-Futuna lui ont accordé 3 voix, contre 16 à Lafaele Tukumuli, élu dès le premier tour. L'éloignement pèse sur la présence à Paris, mais pas seulement sur la sienne.
Les deux autres ne dépendaient pas que des grands électeurs. Henri Leroy était placé en troisième position d'une liste qui a remporté deux sièges dans les Alpes-Maritimes, derrière deux candidats qui n'étaient pas sénateurs. Michel Bonnus occupait la sixième et dernière place d'une liste qui a réuni 57 voix dans le Var.
Les exceptions : réélus malgré un agenda léger
Trois des dix sortants les moins présents ont été réélus. Jean-Jacques Panunzi (Corse-du-Sud, 187 jours), est réélu au premier tour avec 64 % des voix. En Eure-et-Loir, la liste d'Albéric de Montgolfier, 233 jours de présence et 110e sur 118, obtient 640 voix, 49 % des suffrages et les trois sièges. En face, la liste de deux sortants plus présents, Daniel Gueret (389 jours) et Chantal Deseyne (488 jours), réunit 174 voix et n'a aucun élu.
Troisième agenda le plus léger des sortants candidats, et réélue au premier tour avec 484 voix, 72 % des suffrages. Dans la même circonscription, l'autre sortant, Teva Rohfritsch (227 jours), n'a recueilli que 107 voix. À 16 000 kilomètres de Paris, les jours d'agenda ne départagent pas les deux sénateurs polynésiens.
En haut du classement, le rang sur la liste compte davantage
Dans les départements qui élisent trois sénateurs ou plus à la proportionnelle, le sort d'un sortant dépend souvent moins de son bilan que de sa place sur la liste. Six des dix-neuf non-réélus figuraient sur une liste qui a obtenu des élus, mais trop bas pour en profiter. Patricia Demas (Alpes-Maritimes, 384 jours) était troisième d'une liste qui a eu deux élus. Annick Jacquemet (Doubs, 435 jours) était deuxième, derrière le sortant Jean-François Longeot, d'une liste qui n'en a eu qu'un.
Cinquième agenda le plus chargé des sortants candidats, près de 100 jours par an. Elle figurait en deuxième position de la liste d'Antoine Lefèvre, lui-même deuxième sortant le plus présent (598 jours). La liste a obtenu 437 voix, 25 % des suffrages et un seul siège : Antoine Lefèvre est réélu, Pascale Gruny ne l'est pas.
Sur la dernière année, l'écart entre les deux groupes est d'ailleurs faible : 63 jours de présence en médiane pour les réélus, 60 pour les non-réélus. La différence tient au mandat entier, et surtout à une poignée de sortants très peu présents sur six ans.
Ce qu'ils laissent : deux fois moins d'amendements que les réélus
L'agenda dit combien de jours un sénateur a passé au Sénat, pas ce qu'il y a produit. Pour le mesurer, nous avons compté, d'octobre 2023 à septembre 2026, les amendements déposés en son nom, les rapports signés et les questions adressées au Gouvernement. La comparaison porte sur les 125 sortants candidats qui siégeaient déjà en octobre 2023 : 105 réélus, 20 non réélus.
En médiane, les non-réélus ont déposé 47 amendements en trois ans, contre 89 pour les réélus, et posé 20,5 questions contre 41. Sur les rapports, l'écart est mince. Comme pour la présence, la différence se concentre en bas de l'échelle : sept des 23 sortants qui ont déposé moins de 20 amendements n'ont pas été réélus. Au-delà de 150 amendements, ils ne sont que deux sur 31.
Effectifs : 7 non réélus sur 23 sortants sous 20 amendements, 5 sur 28 entre 20 et 59, 6 sur 43 entre 60 et 149, 2 sur 31 au-delà.
Cinq des dix sortants candidats qui ont déposé le moins d'amendements ont perdu leur siège. Philippe Paul (Finistère) n'en a déposé aucun en son nom, mais il a posé 81 questions et rédigé chaque automne depuis 2023 l'avis budgétaire de sa commission sur la gendarmerie nationale. Frédérique Gerbaud en compte un, Michel Bonnus deux, Évelyne Perrot (Aube) six et Jean-Pierre Grand (Hérault) neuf. Les deux mesures se recoupent largement : les sortants les moins présents à l'agenda sont souvent aussi ceux qui ont le moins déposé.
Des bilans chargés n'ont pas suffi
À l'autre bout, plusieurs non-réélus laissent un travail parlementaire parmi les plus fournis de la série. Jacques Fernique, onzième sortant candidat pour le nombre d'amendements (270), dont 47 sur le projet de loi-cadre sur le développement des transports, a signé en juin un rapport sur la billettique des transports collectifs. Pascale Gruny a signé 25 rapports depuis octobre 2023, le plus haut total des sortants candidats à égalité avec Dominique Vérien, dont un rapport sur l'enfance en danger.
Cinquième des 125 sortants candidats pour le nombre d'amendements adoptés depuis octobre 2023. Sur le projet de loi sur la résilience des infrastructures critiques et la cybersécurité, 31 de ses 32 amendements ont été retenus ; sur la réforme de la sûreté nucléaire, 29 sur 40. Deuxième sur la liste de Véronique Baude, qui n'a obtenu qu'un siège dans l'Ain.
Étienne Blanc (Rhône) a mené avec Jérôme Durain la commission d'enquête du Sénat sur le narcotrafic, dont ils ont signé ensemble le rapport en mai 2024. Les deux sénateurs en ont tiré une proposition de loi, devenue la loi du 13 juin 2025 visant à sortir la France du piège du narcotrafic. En juillet, il signait encore un rapport sur la guerre des drones. Il figurait en septième position de la liste de Serge Bérard. Dans le Vaucluse, le socialiste Lucien Stanzione (120 amendements) laisse un rapport sur le pastoralisme.
Stéphane Ravier, non inscrit, a déposé 82 amendements et n'en a fait adopter que quatre. Près de neuf sur dix portaient sur deux textes : 42 sur le projet de loi immigration examiné à l'automne 2023, dont les quatre adoptés, et 30 sur la proposition de loi relative à l'aide à mourir, aucun adopté. Il n'a signé aucun rapport sur la période.
Les résultats complets, circonscription par circonscription, sont sur notre page des sénatoriales 2026 et dans notre fil des résultats. La présence à l'agenda de chaque sénateur, réélu ou non, reste consultable sur sa fiche, dans le bloc « Présence au Sénat », et son bilan de mandat complet, amendements, rapports et questions, sur sa page bilan.