Pourquoi cet accord ? Le contexte en 5 points
  • Le 27 septembre 2026, la moitié du Sénat est renouvelée : 178 sièges dans 64 départements et collectivités, élus par environ 87 000 grands électeurs (maires, conseillers municipaux, départementaux et régionaux).
  • Fin août, le bureau national du Parti socialiste a validé un accord national avec Les Écologistes : des listes communes ou des candidatures coordonnées dans les départements renouvelables.
  • Mais il existe deux modes de scrutin : la proportionnelle par listes dans les départements qui élisent 3 sénateurs ou plus, le scrutin majoritaire à deux tours (candidatures individuelles) là où 1 ou 2 sièges sont en jeu.
  • La gauche remet 41 sièges en jeu (30 socialistes, 7 écologistes, 4 communistes), contre 77 pour Les Républicains et 30 pour l'Union centriste.
  • Pour le groupe écologiste du Sénat (16 membres, seuil de 10 pour exister), l'enjeu est vital : 7 de ses sièges sont renouvelables, il n'en conserve que 9 d'office.

À 28 jours des élections sénatoriales du 27 septembre, socialistes et écologistes ont scellé un accord national. Mais son terrain d'application réel est plus étroit qu'il n'y paraît : des listes communes n'ont de sens qu'au scrutin proportionnel, c'est-à-dire dans 30 des 64 départements renouvelables — 119 sièges sur 178. Dans les 34 autres départements, qui élisent 59 sénateurs au scrutin majoritaire, il n'y a pas de listes : l'accord ne peut mécaniquement rien y apporter.

119
sièges à la proportionnelle
59
sièges au scrutin majoritaire
7
sortants écologistes, tous à la proportionnelle

Deux modes de scrutin, deux campagnes différentes

La règle est simple : dans les départements qui élisent au moins 3 sénateurs, le scrutin est proportionnel par listes — l'ordre des candidats sur la liste décide de qui est élu, et une alliance se négocie précisément là, place par place. Dans les départements à 1 ou 2 sièges, chaque siège se gagne au scrutin majoritaire à deux tours, candidat par candidat : un accord d'appareil national y pèse beaucoup moins que l'implantation locale auprès des grands électeurs.

Notre base des sortants montre où chaque camp joue sa survie. Les Républicains défendent 77 sièges, dont 52 dans des départements à la proportionnelle. Le groupe Socialiste, Écologiste et Républicain (SER) en défend 30, dont 20 à la proportionnelle. Et les 7 sortants du groupe écologiste (GEST) ont tous été élus à la proportionnelle en 2020, le plus souvent sur des listes d'union avec le PS.

Sièges remis en jeu par groupe, selon le mode de scrutin
Proportionnelle (119 sièges)
Majoritaire (59 sièges)
LR
77
SER
30
UC
30
RDPI
10
RDSE
9
LI-RT
8
GEST
7
CRCE-K
4

176 sortants pour 178 sièges (deux sièges vacants). Source : base NosParlementaires, groupes au 30 août 2026.

Là où l'accord peut compter : 30 départements, 119 sièges

C'est dans ces départements à listes que se joue l'accord — et d'abord la survie du groupe écologiste. Avec 16 membres pour un seuil de 10, et 9 sénateurs non renouvelables, le groupe présidé par Guillaume Gontard doit regagner au moins un siège le 27 septembre pour continuer d'exister. Public Sénat estime que les écologistes devraient perdre 2 à 3 sièges tout en conservant leur groupe ; Guillaume Gontard juge qu'une stabilisation à 14 ou 15 sénateurs serait « très bien ».

Trois sièges écologistes concentrent l'incertitude :

Jacques Fernique
Élu en 2020, fragilisé par la perte de la mairie de Strasbourg par les écologistes. Face à lui : 3 sortants LR et 1 UC.
Monique de Marco
Donnée en difficulté par Public Sénat. La gauche y défend 3 sièges sur 6 (2 SER, 1 GEST) : l'ordre sur la liste commune sera décisif.
Thomas Dossus
Candidat à sa succession, quand Raymonde Poncet Monge ne se représente pas. Un accord élargi au PCF (« trio gagnant ») y est discuté.

L'accord s'est déjà concrétisé en Seine-Maritime (6 sièges) : le PS et Les Écologistes y partiront sur une liste commune emmenée par les socialistes — dont le sortant Didier Marie — avec l'écologiste Bénédicte Martin en deuxième position, après des semaines de résistance de la fédération socialiste locale. Ailleurs, les négociations se poursuivent département par département : en Ille-et-Vilaine (4 sièges), Daniel Salmon (GEST) et Sylvie Robert (SER) remettent chacun leur siège en jeu ; dans les Bouches-du-Rhône (8 sièges), la gauche défend 3 sortants dont l'écologiste Guy Benarroche.

Le scrutin majoritaire, angle mort de l'accord

Dans les 34 départements au scrutin majoritaire, le rapport de force est tout autre : 37 des 59 sièges y sont détenus par la droite et le centre (25 LR, 12 UC), contre 11 pour la gauche — 10 socialistes et 1 communiste, aucun écologiste. Les socialistes y défendent leurs terres d'implantation rurale : l'Ariège, l'Aude, la Creuse, la Dordogne, le Gers ou la Haute-Vienne. Sur ces sièges, pas de liste à négocier : chaque sortant se présente sur son nom, et l'accord national ne déplace pas de voix.

Les 41 sortants de gauche, selon le mode de scrutin
SER
GEST
CRCE-K
Prop.
30
Maj.
11

30 sortants de gauche à la proportionnelle, 11 au majoritaire. Source : base NosParlementaires.

Ce que l'accord change — et ce qu'il ne change pas

🗳️
Des listes communes à la proportionnelle
Dans les 30 départements à 3 sièges ou plus, PS et Écologistes négocient une liste unique, place par place. C'est le seul terrain où l'accord se traduit directement en sièges.
📍
La place sur la liste, vrai enjeu
À la proportionnelle, être deuxième ou troisième d'une liste qui fait deux élus change tout. En Seine-Maritime, l'écologiste Bénédicte Martin a obtenu la deuxième position derrière les socialistes.
🚫
Rien au scrutin majoritaire
Dans les 34 départements à 1 ou 2 sièges (59 sièges), il n'y a pas de listes. Les 10 sortants socialistes concernés défendent leur siège sur leur implantation locale, accord ou pas.
⚖️
La survie du groupe écologiste
Avec 9 sénateurs non renouvelables pour un seuil de 10, le groupe GEST doit regagner au moins un siège. Ses 7 sortants se représentent tous dans des départements à listes.
À noter : une liste d'union ne garantit pas l'addition des voix. Les grands électeurs votent librement, et les équilibres locaux (poids des maires ruraux, listes dissidentes) peuvent faire mieux ou moins bien que la somme des deux partis. En 2020, c'est pourtant bien ce mécanisme de listes communes qui avait permis aux écologistes de reconstituer un groupe au Sénat.

D'ici au 27 septembre

27 septembre 2020
Précédent renouvellement de la série 2 : les écologistes, portés par des listes d'union à la proportionnelle, reconstituent un groupe au Sénat après trois ans d'absence.
Été 2026
Le Parti socialiste investit ses premières têtes de liste et candidats dans les départements renouvelables, en affichant une stratégie d'union de la gauche et des écologistes.
Fin août 2026
Le bureau national du PS valide l'accord national avec Les Écologistes ; en Seine-Maritime, la liste commune est scellée après des tensions avec la fédération socialiste locale.
27 septembre 2026
Scrutin : 178 sièges renouvelés dans 64 départements — 119 à la proportionnelle, 59 au majoritaire à deux tours.
Début octobre 2026
Le Sénat renouvelé élit son président et recompose ses groupes — avec ou sans groupe écologiste.

Pour suivre le scrutin département par département — sortants, mode de scrutin, nombre de grands électeurs —, consultez notre dossier Sénatoriales 2026, et retrouvez le bilan complet de chaque sortant (votes, amendements, présence) sur sa fiche NosParlementaires.