Pourquoi ce dossier ? Le contexte en cinq points
  • Un décret publié au Journal officiel du 22 août 2026 relève le ticket modérateur applicable aux honoraires des chirurgiens-dentistes et à une partie des soins dentaires.
  • Concrètement, la prise en charge des soins conservateurs courants — caries, détartrages, dévitalisations — passe de 60 % à 50 % au 1er janvier 2027. C'est la deuxième baisse en trois ans, après le passage de 70 % à 60 % en 2023.
  • La Mutualité Française chiffre à 1,5 milliard d'euros le montant transféré vers les complémentaires santé pour l'ensemble des postes concernés, dont 510 millions pour le seul dentaire.
  • Le conseil de la Caisse nationale d'assurance maladie a rendu un avis défavorable, comme l'Unocam et les syndicats de la profession. Les Chirurgiens-dentistes de France ont annoncé le 27 août un recours devant le Conseil d'État et lancé une pétition.
  • Le taux de remboursement d'un acte de santé est fixé par voie réglementaire. Il ne passe pas devant le Parlement.

La mesure qui fera monter la facture chez le dentiste au 1er janvier 2027 n'a fait l'objet d'aucun vote à l'Assemblée nationale. Elle tient dans un décret paru au Journal officiel le 22 août 2026, en pleine trêve estivale, alors que les députés ne siégeaient pas. Ce n'est pas une anomalie de procédure : le taux de prise en charge d'un soin relève du pouvoir réglementaire du gouvernement, pas de la loi.

Les députés se sont pourtant prononcés deux fois sur le dentaire, dix mois plus tôt, lors de l'examen du budget de la Sécurité sociale pour 2026. Les deux votes, retrouvés dans notre base, racontent la même histoire vue de deux côtés : l'Assemblée a effacé le prélèvement qu'on lui demandait d'approuver, et laissé intact le mécanisme sur lequel elle n'avait pas la main.

197
Pour la suppression de la franchise dentaire
23
Contre
33
Abstentions

Ce que l'Assemblée a voté : la franchise dentaire effacée par 197 voix

Le 8 novembre 2025, l'article 18 du projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 créait une participation forfaitaire sur les soins dentaires pour les patients majeurs et étendait les franchises médicales aux dispositifs médicaux. Un amendement de suppression déposé par Josiane Corneloup (Droite Républicaine) et repris à l'identique sur d'autres bancs a été adopté par 197 voix contre 23, avec 33 abstentions.

La coalition est massive et transpartisane : 71 voix du Rassemblement national, 40 de La France insoumise, 37 des socialistes, 18 des écologistes, 11 de la Droite Républicaine, 6 de l'UDR. En face, 23 voix contre seulement, dont 13 du groupe Horizons et 6 des démocrates. Le groupe Ensemble pour la République, principal soutien du gouvernement, ne s'est pas opposé frontalement : 22 de ses députés se sont abstenus, 4 ont voté contre, 3 pour.

Pendant ce débat, un député du groupe Horizons a posé le problème que le décret du 22 août allait illustrer dix mois plus tard.

« Tous les orateurs l'ont rappelé : l'objet de cet article ne relève pas forcément de notre compétence immédiate, puisque la perspective du doublement des franchises est renvoyée à un décret. À titre personnel, je le regrette. »

Séance du 8 novembre 2025.

Frédéric Valletoux
Frédéric Valletoux
HOR
Seine-et-Marne (2)
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Ce qu'elle a laissé passer : la reprise en main des tarifs dentaires

Le lendemain, 9 novembre 2025, l'Assemblée examinait l'article 25 du même texte. Celui-ci étend au champ dentaire un mécanisme déjà appliqué à l'imagerie médicale, à la biologie et aux transports sanitaires : en l'absence d'accord avec les représentants de la profession, le directeur général de l'assurance maladie peut baisser seul les tarifs des actes. Josiane Corneloup en a de nouveau demandé la suppression, au nom de la négociation conventionnelle.

Cette fois, la suppression a été rejetée : 16 voix pour, 135 contre, 4 abstentions. Le rapport de force est inversé et presque unanime. Ont voté contre la suppression — donc pour conserver l'article — 51 députés du Rassemblement national, 28 socialistes, 15 d'Ensemble pour la République, 11 démocrates, 11 de La France insoumise, 7 écologistes, 5 du groupe GDR. Les 16 voix favorables à la suppression venaient de l'UDR (8) et de la Droite Républicaine (6). L'article a été maintenu dans la loi.

Le même jour, un autre amendement demandait au gouvernement un rapport sur les effets d'une hausse du ticket modérateur sur les soins dentaires — exactement la mesure qui serait prise par décret dix mois plus tard. Le rapporteur pour l'assurance maladie s'y est opposé.

« Vous voulez demander au gouvernement un rapport sur les effets de la hausse du ticket modérateur sur les soins dentaires. Cet amendement a été rejeté par la commission. À titre personnel, j'y suis défavorable. »

Séance du 9 novembre 2025.

Thibault Bazin
Thibault Bazin
DR
Meurthe-et-Moselle (4)
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À noter : les deux leviers ne se confondent pas. L'article 25 porte sur les tarifs versés aux chirurgiens-dentistes ; le décret du 22 août porte sur la part de ces tarifs remboursée au patient. Ce sont deux mécanismes distincts — et ni l'un ni l'autre n'exige un vote du Parlement pour être actionné. C'est précisément ce qui rend le vote de novembre 2025 sur la franchise, lui, exceptionnel : c'était la seule des trois décisions qui passait par un bulletin de député.

Ce que change le décret du 22 août

🦷
Soins courants : 60 % puis 50 %
La prise en charge des soins conservateurs (caries, détartrages, traitements de racine) passe de 60 % à 50 % de la base de remboursement au 1er janvier 2027.
📈
Ticket modérateur relevé
Le décret porte la fourchette du ticket modérateur applicable aux honoraires des dentistes de 40 % à une plage de 50 % à 60 %.
💶
510 millions d'euros déplacés
Selon la Mutualité Française, 1,5 milliard d'euros bascule de l'assurance maladie vers les complémentaires tous postes confondus, dont 510 millions sur le dentaire.
🛡️
Ce qui n'est pas touché
Les affections de longue durée, le panier « 100 % santé », les dépistages et les bénéficiaires de la complémentaire santé solidaire restent hors du champ de la baisse.

La baisse n'est pas mécaniquement une hausse de facture pour tous : elle est absorbée par les complémentaires santé, qui la répercuteront sur les cotisations. Les patients sans complémentaire, eux, paieront directement la différence.

« Je ne comprends pas pourquoi un reste à charge très faible vous choque ; ce qui me choque, moi, c'est qu'il en existe un alors qu'il ne devrait pas y en avoir ! »

Séance du 8 novembre 2025.

Yannick Monnet
Yannick Monnet
GDR
Allier (1)
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Faute de vote, 105 questions écrites — et 23 réponses

Quand un sujet échappe au vote, il reste aux parlementaires la question écrite. Depuis juillet 2024, 105 questions écrites portant sur le déremboursement ou sur les soins dentaires ont été déposées à l'Assemblée nationale. Vingt-trois ont reçu une réponse du gouvernement, soit moins d'une sur quatre, avec un délai moyen de 214 jours. Au Sénat, 72 questions et 27 réponses sur la même période.

Qui interroge le gouvernement sur le déremboursement et le dentaire — 105 questions écrites depuis juillet 2024
RN
24
EPR
21
DR
16
DEM
9
SOC
9
LFI-NFP
8
HOR
5
LIOT
4
NI
4
GDR
2
ECOS
2
UDDPLR
1

La répartition ne dessine aucun camp : le Rassemblement national (24 questions) et Ensemble pour la République (21) arrivent en tête, devant la Droite Républicaine (16). Les trois dernières en date ont été déposées les 11 août et 1er septembre 2026, après la parution du décret, par Thierry Frappé (RN), Gérard Leseul (SOC) et Emmanuel Taché (RN). Aucune n'avait obtenu de réponse au 3 septembre.

La chronologie

2023
La prise en charge des soins dentaires courants passe de 70 % à 60 %, par voie réglementaire.
8 novembre 2025
L'Assemblée supprime l'article 18 du PLFSS 2026, qui créait une participation forfaitaire sur les soins dentaires : 197 voix contre 23.
9 novembre 2025
Elle rejette la suppression de l'article 25, qui autorise l'assurance maladie à baisser seule les tarifs dentaires : 135 voix contre 16. L'article reste dans le texte.
16 décembre 2025
Le budget de la Sécurité sociale pour 2026 est adopté en lecture définitive par 247 voix contre 232.
22 août 2026
Publication au Journal officiel du décret relevant le ticket modérateur sur les soins dentaires. Aucun vote parlementaire.
27 août 2026
Les Chirurgiens-dentistes de France annoncent un recours devant le Conseil d'État et lancent une pétition pour le retrait du décret.
1er janvier 2027
Entrée en vigueur de la baisse, sauf annulation par le juge administratif.
Automne 2026
Examen du budget de la Sécurité sociale pour 2027 : le prochain moment où les députés pourront se saisir du sujet.

Le rendez-vous parlementaire est donc l'examen du PLFSS 2027, à l'automne. D'ici là, vous pouvez consulter le parcours du budget de la Sécurité sociale pour 2026, vérifier dans les deux widgets ci-dessus comment votre député a voté sur la franchise dentaire et sur l'article 25, et lui écrire directement depuis sa fiche. Notre recherche interne recense l'ensemble des interventions, questions et amendements sur le dentaire.