- Parcoursup est la plateforme nationale d’inscription dans l’enseignement supérieur, créée par la loi « orientation et réussite des étudiants » du 8 mars 2018. Les lycéens y formulent leurs vœux en terminale, les formations les classent.
- Depuis la fin septembre 2026, des lycéens bloquent leurs établissements. Leurs revendications : professeurs remplacés, bâtiments rénovés, et la fin de Parcoursup, qu’ils jugent opaque et anxiogène.
- Le 21 octobre à Doha, Emmanuel Macron a estimé que le dispositif devait être revu, avec plus de transparence et davantage d’orientation en amont (propos rapportés par Brut).
- Le 23 octobre, il a reçu les organisations lycéennes à l’Élysée et reconnu « le besoin d’une refonte en profondeur de Parcoursup », selon son entourage cité par franceinfo. Le Premier ministre Sébastien Lecornu les reçoit le lundi 26 octobre.
- Supprimer Parcoursup suppose une loi. Le budget 2027, en discussion à l’Assemblée, ne peut que déplacer des crédits : c’est pourtant là que se sont joués tous les votes récents.
Avant qu’Emmanuel Macron ne parle de « refonte en profondeur », les députés avaient déjà tenté de supprimer Parcoursup par deux voies. Trois propositions de loi demandent son abrogation pure et simple, signées par une insoumise, par Éric Ciotti et par un écologiste ; aucune n’a été inscrite à l’ordre du jour. Et sur 94 amendements qui citent la plateforme depuis octobre 2024, aucun ne touche à son fonctionnement : tous sont des amendements de budget qui l’invoquent pour réclamer des places à l’université ou des conseillers d’orientation. Le seul texte adopté « afin de mettre fin à Parcoursup » est un amendement socialiste qui déplace un euro, voté par deux commissions les 15 et 20 octobre.
Les propositions de loi : trois pour l’abroger, aucune examinée
La première à viser l’abrogation complète est celle de Marie Mesmeur (LFI-NFP), déposée le 11 juillet 2025 : abroger Parcoursup et rétablir un droit d’accès au supérieur pour tout bachelier. Éric Ciotti (UDR, allié du RN) a suivi le 17 février 2026 avec la suppression de Parcoursup et une réforme de l’accès au supérieur. La dernière, une proposition d’abrogation de l’écologiste Pouria Amirshahi, a été déposée le 20 octobre 2026, en plein mouvement lycéen.
Une quatrième, de Marianne Maximi (LFI-NFP), ne vise que l’accès aux formations sociales (4 février 2025) ; au Sénat, un texte porte sur les effets discriminatoires de la plateforme. Une proposition de loi n’est discutée que si elle est inscrite à l’ordre du jour, par exemple lors de la journée réservée d’un groupe : aucune de celles-ci ne l’a été.
« Parcoursup est un archaïsme des années Macron : né avec elles, il doit s’éteindre avec elles. »
94 amendements, mais aucun ne touche à la plateforme
Les 94 amendements déposés depuis octobre 2024 qui mentionnent Parcoursup le font tous dans leur exposé, jamais dans leur dispositif, c’est-à-dire la partie qui modifie le texte. 86 portent sur les trois budgets de l’État (2025, 2026 et 2027). Dix seulement disent vouloir supprimer la plateforme : sept insoumis et trois copies d’un même amendement socialiste. Les autres l’invoquent pour réclamer des places à l’université, des psychologues de l’orientation ou des crédits contre l’enseignement supérieur privé lucratif, dont l’exposé d’Arnaud Saint-Martin (LFI-NFP) note qu’il représentait 43,1 % de l’offre de formation sur Parcoursup en 2026.
La gauche dépose l’essentiel : 41 amendements insoumis, 20 socialistes, 14 écologistes, 7 communistes et ultramarins (GDR). Les sept amendements du RN, tous signés de Matthias Renault, ne citent Parcoursup qu’en exemple : ils visent les « comités Théodule » et mentionnent au passage le comité chargé des problèmes éthiques de la plateforme. Les quatre amendements signés Alexandre Portier (DR) et Anne Genetet (EPR) sont ceux de la commission des affaires culturelles, qu’ils redéposent comme rapporteurs pour avis : ils ne traduisent pas une position de leur groupe.
L’euro symbolique, seul vote « pour en finir »
L’amendement de Fatiha Keloua Hachi (SOC) se présente comme « un amendement d’appel afin de mettre fin à Parcoursup ». Son dispositif ajoute 1 euro aux crédits de licence et retire 1 euro à l’Agence nationale de la recherche : c’est la seule forme qu’un député peut donner à une demande de cette nature dans un budget. Il a été adopté par la commission des affaires culturelles le 15 octobre (II-AC53), puis deux fois par la commission des finances le 20 octobre, dans sa version socialiste (II-CF1054) et dans celle reprise par le rapporteur pour avis (II-CF302).
Le même jour, la commission des finances a rejeté les amendements qui auraient chiffré la promesse : 600 millions d’euros pour ouvrir des places en licence et en master, défendus par les socialistes (II-CF1055), et la « suppression de Parcoursup et de Mon Master » de Marie Mesmeur (II-CF895). Le 21 octobre, la commission des affaires culturelles a adopté l’amendement de Soumya Bourouaha (GDR) qui recrute 500 psychologues de l’orientation pour 20 millions d’euros (II-AC271), au motif que « la transparence de Parcoursup est l’un des cinq chantiers ouverts par le Premier ministre ».
« Face à ceux qui réclament la suppression de Parcoursup, rappelons une évidence : supprimer une plateforme ne créera ni places dans les formations ni débouchés professionnels. »
La droite interroge, le gouvernement défend l’outil
À droite, le sujet passe par les questions écrites. Sur les 19 questions de députés consacrées à Parcoursup depuis 2024, six viennent de la Droite républicaine, trois des socialistes, trois d’Horizons, deux des insoumis, deux du groupe communiste, et une chacune du RN, des écologistes et de l’UDR. La plus récente, d’Alix Fruchon (DR), relève qu’au 11 juillet 2026, à l’issue de la phase principale, 126 652 candidats, dont 57 024 lycéens, n’avaient reçu aucune proposition (question du 13 octobre, sans réponse à ce jour). Au Sénat, 83 questions ont porté sur Parcoursup depuis 2018, dont trois cette année.
Le RN critique la plateforme sans en demander la suppression par écrit. Le 10 février, Jordan Guitton y voyait en séance « la sélection déguisée, l’arbitraire des algorithmes » ; son plan passe par un baccalauréat redevenu « examen terminal, national et anonyme » et la publication des critères de sélection (séance du 10 février). Au gouvernement, le ministre de l’enseignement supérieur Philippe Baptiste répète qu’« avant Parcoursup, le tirage au sort décidait de l’avenir des jeunes » (14 octobre), et Sébastien Lecornu a noté le 6 octobre que « celles et ceux qui demandent la suppression de Parcoursup ne disent jamais par quoi ils souhaitent le remplacer ».
« Les revendications des lycéens doivent être entendues, la jeunesse de notre pays doit être écoutée et la suppression de Parcoursup doit être envisagée. »
Ce qui est sur la table
Chronologie
Les questions de députés et de sénateurs sur Parcoursup se retrouvent dans notre recherche thématique. Notre article du 13 octobre faisait le point sur les autres revendications des lycéens (professeurs absents, bâtiments) ; ce que le budget change pour les étudiants est détaillé ici. Chaque fiche de député permet de le contacter directement.