- Depuis fin septembre, des lycéens bloquent leurs établissements. Le ministre de l’éducation nationale, Édouard Geffray, évalue à « 400 à 500 établissements » ceux où les cours sont totalement ou partiellement suspendus ; une manifestation nationale est annoncée ce mardi 6 octobre.
- Leurs revendications tiennent en trois mots : Parcoursup (transparence des critères de sélection), remplacement des professeurs absents, et bâtiments inadaptés aux fortes chaleurs, auxquels s’ajoutent les journées de 8 h à 18 h.
- Dimanche 4 octobre, le premier ministre Sébastien Lecornu a adressé à ses ministres une lettre fixant « cinq chantiers » et exigeant des « premières décisions » avant la fin du mois, avec un premier bilan sur les remplacements le 16 octobre.
- Ces trois sujets ne sont pas nouveaux pour le Parlement : nous avons compté 220 questions écrites et orales de députés et de sénateurs qui les abordent, dont 70 restées sans réponse.
- Aucun scrutin de la XVIIe législature ne porte sur l’un de ces trois sujets. Quatre propositions de loi sur Parcoursup ont été déposées, aucune n’a été examinée.
Depuis le début de la XVIIe législature, en juillet 2024, les députés ont adressé au gouvernement 109 questions qui mentionnent Parcoursup, le non-remplacement des enseignants ou l’état des bâtiments scolaires. Les sénateurs en ont posé 111 depuis octobre 2023. Soit 220 interpellations sur les trois revendications que les lycéens portent dans la rue, pendant que les deux chambres n’ont voté aucun texte sur ces sujets. Sébastien Lecornu demande maintenant à ses ministres de répondre en trois semaines.
Parcoursup : quatre propositions de loi, zéro examen
Parcoursup est le sujet le plus fréquent : 68 questions de députés l’évoquent depuis juillet 2024, dont 18 lui sont entièrement consacrées, et 52 questions de sénateurs depuis octobre 2023. Les demandes se répètent d’une année sur l’autre. Stéphane Peu (GDR) a réclamé l’anonymisation du lycée d’origine des candidats le 29 octobre 2024, puis à nouveau le 5 mai 2026, sans obtenir de réponse ni l’une ni l’autre fois. Le 23 septembre 2025, Gabrielle Cathala (LFI-NFP) a demandé l’abrogation de la plateforme, en rappelant que 103 000 bacheliers étaient sans affectation à la rentrée 2025. Le ministère lui a répondu le 16 décembre que Parcoursup « constitue depuis 2018 un progrès », sondage CSA à l’appui : 68 % des lycéens estimeraient que la plateforme a facilité leur orientation.
« Les jeunes n’en peuvent plus. Et s’ils n’en peuvent plus, c’est à cause de Parcoursup, de la mise en concurrence des élèves, de la pression du contrôle continu, de la peur de se retrouver sans orientation, du manque de professeurs. »
Au-delà des questions, quatre propositions de loi attendent dans les tiroirs. À l’Assemblée, Marianne Maximi (LFI-NFP) veut supprimer Parcoursup pour l’accès aux formations sociales, Marie Mesmeur (LFI-NFP) veut l’abroger pour tous les bacheliers, et Éric Ciotti (UDR) propose sa suppression et une réforme de l’accès au supérieur. Au Sénat, une proposition contre les effets discriminatoires de Parcoursup est enregistrée depuis la session 2025. Aucun de ces quatre textes n’a été inscrit à l’ordre du jour : zéro amendement, zéro scrutin. Les seules évolutions de la plateforme depuis 2018 sont passées par décret et par arrêté.
Assemblée : XVIIe législature (depuis juillet 2024). Sénat : depuis octobre 2023. Questions écrites, orales sans débat et au gouvernement. Comptage par mots-clés sur le titre et le texte ; une question qui aborde deux sujets est comptée deux fois.
Remplacements : un engagement de Barnier, « la quatrième fois » pour Moutchou
Le remplacement des enseignants absents est le sujet où l’exécutif s’est le plus engagé, et le plus tôt. Le 1er octobre 2024, dans sa déclaration de politique générale, Michel Barnier en faisait l’un des défis de l’école. Depuis, 27 questions de députés et 39 de sénateurs sont revenues à la charge.
« Ils ont moins besoin de grandes réformes et d’une énième refonte des programmes que du bon fonctionnement de leur établissement. Ensemble, nous devons trouver des réponses au défi posé par le remplacement des professeurs absents. »
Le 25 mars 2025, trois députées ont posé la même question orale le même matin : Marie Lebec (EPR) pour les Yvelines, Ayda Hadizadeh (SOC) et Naïma Moutchou (alors Horizons) pour le Val-d’Oise. Cette dernière ouvrait ainsi : « C’est la quatrième fois que je suis ici pour vous parler d’un même sujet. […] Chaque fois, on m’a répondu la même chose : on me sert des éléments de langage, on me fait des promesses vagues. » Une semaine plus tard, le 2 avril, elle y revenait en question au gouvernement. Élisabeth Borne, alors ministre de l’éducation nationale, lui promettait cinquante professeurs supplémentaires dans les brigades de remplacement du Val-d’Oise à la rentrée 2025.
Dix-huit mois après, les mêmes questions arrivent. Patrick Hetzel (DR), ancien ministre de l’enseignement supérieur, a écrit au ministre le 4 août puis le 29 septembre 2026 sur le même intitulé, « Remplacement des enseignants absents » ; aucune réponse à ce jour. À David Habib (LIOT), qui signalait un collège des Pyrénées-Atlantiques sans professeur de physique-chimie jusqu’à la fin de l’année, le ministère a répondu le 29 septembre que trois campagnes de recrutement de contractuels avaient échoué, « dans la limite des moyens mobilisables ». Au Sénat, Hervé Maurey demande depuis juillet 2025 où en est « l’objectif 2026 » de remplacement des absences courtes : sa relance du 13 novembre 2025 n’a pas eu de réponse. Le rapport du rapporteur spécial Anthony Boulogne (RN) pour la commission des finances de l’Assemblée, publié fin septembre, chiffrait le problème : 4,5 milliards d’euros par an pour remplacer les absents, 20 millions d’heures de cours tout de même perdues.
Bâti scolaire : 1 352 écoles fermées un jour de juin, puis une vague de questions sans réponse
Le troisième sujet est le plus récent dans les questions, et le moins traité : 14 questions de députés, 20 de sénateurs, 14 sans réponse. La canicule de juin 2026 en est le déclencheur. Paul Vannier (LFI-NFP) rappelait dans sa question du 30 juin que 1 352 écoles et collèges étaient restés fermés le 24 juin et que plus de 4 000 établissements avaient aménagé leurs horaires, selon le ministère lui-même. La réponse, arrivée le 29 septembre, renvoie au plan ministériel de gestion des vagues de chaleur du 28 mai 2026 et annonce une mesure concrète : à partir de la session 2027, toutes les épreuves du bac et du brevet auront lieu le matin.
« Dans nos territoires, le constat est sans appel : les écoles, les hôpitaux, les Ehpad, les logements et les espaces publics sont souvent inadaptés aux vagues de chaleur récurrentes. »
Depuis la rentrée, les sénateurs ont pris le relais sur un angle budgétaire. Entre le 10 et le 24 septembre, quatre questions écrites, dont celle d’Éric Gold sur la « baisse des crédits pour l’adaptation des écoles à la chaleur », visent le Fonds vert, dont la programmation finance une partie des travaux. Aucune n’a encore de réponse. La lettre de Sébastien Lecornu confie ce chantier aux régions, propriétaires des lycées : une réunion avec leurs présidents était prévue ce mardi.
Ce que le premier ministre promet d’ici fin octobre
Chronologie
Pour suivre ce que votre député ou votre sénateur a demandé sur ces sujets, nos fiches recensent toutes leurs questions : voir par exemple qui parle de Parcoursup dans les deux chambres.