Pourquoi ces votes ? Le contexte en 5 points
  • La proposition de loi « intégrale » contre les violences sexuelles et sexistes, portée par la socialiste Céline Thiébault-Martinez, est examinée à l’Assemblée depuis le 1er octobre. Le vote solennel est prévu le 13 octobre.
  • Ses articles 40 à 42 forment le volet travail : les négociations obligatoires de branche et d’entreprise devront traiter de ces violences, tous les salariés recevront une sensibilisation, les encadrants une formation, et l’employeur devra désigner un référent dès 50 salariés.
  • Aujourd’hui, ce référent n’est obligatoire qu’à partir de 250 salariés, un seuil fixé par la loi du 5 septembre 2018. Dans les entreprises d’au moins 11 salariés, le comité social et économique désigne déjà son propre référent harcèlement sexuel.
  • La députée Danielle Brulebois (Ensemble pour la République, Jura) a déposé neuf amendements sur ce volet. Les neuf se terminent par la même phrase : « Cet amendement a été travaillé avec le MEDEF ». Aucun autre amendement du texte ne porte cette mention.
  • Les articles 40 à 42 ont été examinés en priorité, mercredi 7 octobre au soir. Neuf scrutins publics ont eu lieu sur ce volet.

Mercredi 7 octobre au soir, l’Assemblée nationale a adopté par 67 voix contre 51 l’amendement n° 469 de Danielle Brulebois : les violences sexuelles et sexistes subies hors du travail, mais « ayant un impact » sur lui, sortent du champ des négociations obligatoires dans les entreprises. Le Rassemblement national, le groupe Ensemble pour la République et la Droite républicaine l’ont voté, la gauche a voté contre. Un peu plus tard dans la soirée, la même députée a demandé le retour du référent au seuil de 250 salariés. Cette fois, 100 députés ont voté contre et 46 pour. Le RN, l’UDR et Horizons sont restés seuls : le groupe EPR a basculé dans le camp du non.

Premier vote : les violences subies hors du travail sortent des négociations

Le texte sorti de la commission spéciale obligeait les branches et les entreprises à négocier sur les agressions sexuelles, le harcèlement sexuel et les agissements sexistes « dans le cadre professionnel ou ayant un impact sur celui-ci ». L’amendement n° 469 supprime les mots « ou ayant un impact sur celui-ci », à six reprises dans l’article 40. Son exposé juge la formule « si large qu’elle pourrait englober des situations très diverses » et renvoie les répercussions des violences privées aux négociations déjà existantes sur la qualité de vie au travail.

67
Pour l’amendement n° 469
51
Contre
2
Abstentions

Les 67 voix pour viennent du RN (37), d’EPR (18), de la Droite républicaine (8), d’Horizons (2), de l’UDR (1) et d’une élue MoDem, Anne Bergantz. Contre : les socialistes (23), les écologistes (10), les insoumis (10), trois députés MoDem, trois GDR, un LIOT et un seul EPR, Stéphane Travert.

« Je suis sidérée, l’adoption de cet amendement est un scandale. »

Propos rapportés par l’AFP (Sud Radio), séance du 7 octobre 2026, après l’adoption de l’amendement n° 469

Clémentine Autain
Clémentine Autain
ECOS
Seine-Saint-Denis (11)
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La colère de la gauche tient au moment choisi : l’amendement a été adopté alors que l’auteure de la loi et la rapporteure voulaient faire de l’entreprise un lieu où les violences conjugales, qui pèsent sur les arrêts maladie et les mutations, sont prises en compte. Elsa Faucillon (GDR) a parlé d’un « amendement Medef ». La réponse est venue au scrutin suivant : l’Assemblée a adopté, par 94 voix contre 55, l’amendement n° 459 de Clémentine Autain qui ajoute « toutes formes de violences intrafamiliales » au champ des négociations. Le RN (36 contre) et seize députés EPR s’y sont opposés, cinq EPR, cinq Droite républicaine, cinq Horizons et cinq MoDem l’ont voté. Ce que le premier vote retirait, le second l’a en partie remis.

« Un énorme recul, qui remet en question la responsabilité des entreprises. »

Propos rapportés par l’AFP (Sud Radio), séance du 7 octobre 2026, à propos de « l’amendement Medef »

Elsa Faucillon
Elsa Faucillon
GDR
Hauts-de-Seine (1)
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Deuxième vote : le référent dès 50 salariés résiste

L’article 42 abaisse de 250 à 50 salariés le seuil à partir duquel l’employeur doit désigner un référent chargé d’orienter et d’accompagner les salariés face aux agressions sexuelles, au harcèlement sexuel et aux agissements sexistes. L’amendement n° 475 de Danielle Brulebois rétablissait les 250 salariés et confiait ce rôle, en dessous, au référent déjà désigné par le comité social et économique. Son exposé invoque le risque de « coexistence de deux référents aux rôles similaires » dans les entreprises de 50 à 250 salariés.

46
Pour l’amendement n° 475
100
Contre
7
Abstentions

Le RN a voté pour à 34 sur 34, avec les 5 députés UDR et les 3 Horizons présents. Mais le groupe de Danielle Brulebois l’a lâchée : 13 députés EPR ont voté contre, 4 se sont abstenus, 2 seulement ont voté pour, Marie-Philippe Lubet et Véronique Riotton. La Droite républicaine s’est partagée (2 pour, 3 contre, 1 abstention), le MoDem a voté contre ou s’est abstenu. Ajoutés aux 78 voix de la gauche, cela fait 100 voix contre.

« Vous défendez les amendements de L214, moi, je défends les amendements du Medef. »

Propos rapportés par l’AFP (Sud Radio), séance du 7 octobre 2026, en réponse à Gabrielle Cathala (LFI)

Danielle Brulebois
Danielle Brulebois
EPR
Jura (1)
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Entre les deux, un troisième amendement « travaillé avec le MEDEF » a échoué de peu. Le n° 474, identique au n° 263 de Sébastien Huyghe (EPR), voulait autoriser la sensibilisation des salariés à distance, que l’article 41 interdit. Rejeté par 93 voix contre 89 : le RN (46), 21 EPR, la Droite républicaine (11), quatre MoDem, quatre Horizons et trois UDR pour ; la gauche (81 voix), six EPR, quatre MoDem, un Horizons et un LIOT contre.

Les neuf amendements « travaillés avec le MEDEF »

Sur les 1 317 amendements déposés en séance sur ce texte, neuf portent la mention « Cet amendement a été travaillé avec le MEDEF ». Tous sont signés Danielle Brulebois, tous visent le volet travail. Deux ont été retirés avant le vote, trois ont fait l’objet d’un scrutin public, quatre attendent la reprise de l’examen, vendredi 9 octobre.

Les amendements de Danielle Brulebois « travaillés avec le MEDEF » sur la loi intégrale
ArticleCe que prévoit l’amendementSort
Art. 40
n° 469
Retirer des négociations obligatoires les violences subies hors du travail mais « ayant un impact » sur celui-ci.Adopté, 67 voix contre 51. Scrutin n° 8590.
Art. 41
n° 472
Remplacer la « sensibilisation » des salariés par une simple « information », moduler les obligations selon la taille de l’entreprise.Retiré en séance.
Art. 41
n° 474
Autoriser la sensibilisation à distance (e-learning). Identique au n° 263 de Sébastien Huyghe (EPR).Rejeté, 89 voix contre 93. Scrutin n° 8595.
Art. 42
n° 475
Revenir au seuil de 250 salariés pour le référent désigné par l’employeur ; confier le rôle au référent du CSE en dessous.Rejeté, 46 voix contre 100. Scrutin n° 8604.
Art. 44
n° 477
Remplacer la pénalité pouvant atteindre 1 % de la masse salariale, en cas de manquement sur le traitement des signalements, par une amende de 4 000 euros par salarié concerné.À examiner (reprise vendredi 9 octobre).
Art. 44
n° 478
Renvoyer aux accords collectifs les modalités de traitement des signalements.Retiré en séance.
Art. 46
n° 480
Retirer l’attestation sur l’honneur des justificatifs ouvrant le congé pour les victimes.À examiner.
Art. 46
n° 482
Ramener ce congé de dix à cinq jours.À examiner.
Après l’art. 68 bis
n° 486
Demander un rapport sur la prise en charge du congé par l’assurance maladie plutôt que par l’employeur.À examiner.

Les autres votes de la soirée sur le volet travail

Le RN n’a pas voté en bloc avec le patronat. Il a fait adopter, par 88 voix contre 86, l’amendement de l’insoumise Élise Leboucher qui renforce la formation dans les ESAT, contre les socialistes et EPR. Il a voté contre l’obligation de former le référent dans les six mois, adoptée malgré lui par 76 voix contre 60. Et il s’est abstenu, avec l’UDR, sur l’ensemble de l’article 41, adopté par 127 voix sans aucune opposition.

Volet travail de la loi intégrale : les scrutins du 7 octobre 2026
ArticleObjetRésultat
Art. 40
n° 459
Clémentine Autain (ECOS) : ajouter « toutes formes de violences intrafamiliales » au champ des négociations.Adopté, 94 à 55. Contre : RN (36), 16 députés EPR.
Art. 40Négociations obligatoires de branche et d’entreprise sur les violences sexuelles et sexistes.Adopté, 151 à 4.
Art. 41
n° 652
Élise Leboucher (LFI) : formation renforcée dans les ESAT, les établissements qui emploient des travailleurs handicapés.Adopté, 88 à 86. Pour : RN (39), LFI (26), écologistes (13). Contre : socialistes (37), EPR (26).
Art. 41
n° 1198
Gouvernement : un « conseiller des salariés » pour les entreprises de moins de 11 salariés, compétent aussi sur ces violences.Adopté, 143 à 27. Contre : LFI (25).
Art. 41Sensibilisation de tous les salariés, en présentiel ; formation des encadrants dès 50 salariés.Adopté, 127 à 0. 43 abstentions : les 38 députés RN et les 5 UDR présents.
Art. 42
n° 509
Marie-Charlotte Garin (ECOS, rapporteure) : le référent doit être formé dans les six mois suivant sa désignation.Adopté, 76 à 60. Contre : RN (27), EPR (20).

Ce que contient le volet travail après le 7 octobre

🤝
Négociations obligatoires
Branches et entreprises devront négocier sur la prévention des agressions sexuelles, du harcèlement sexuel et des agissements sexistes dans le cadre professionnel, et sur les violences intrafamiliales. Les violences privées « ayant un impact » sur le travail ne sont plus citées.
🎓
Sensibilisation et formation
Tous les salariés sont sensibilisés, en présentiel, aux risques et aux circuits de signalement. Les encadrants et les RH reçoivent une sensibilisation renforcée, qui devient une formation dès 50 salariés. Formation renforcée dans les ESAT.
🧭
Un référent dès 50 salariés
L’employeur désigne un référent à partir de 50 salariés au lieu de 250. Il a droit à une formation payée par l’employeur, sur le temps de travail, dans les six mois suivant sa désignation. Son absence est passible d’une amende administrative.
🏪
Un conseiller pour les très petites entreprises
Dans les entreprises de moins de 11 salariés, un « conseiller des salariés » oriente et accompagne les salariés, y compris face à ces violences. Ajout du gouvernement, adopté par 143 voix contre 27.
À noter : le vote du 7 octobre ne clôt pas le dossier. Quatre amendements « travaillés avec le MEDEF » restent en discussion vendredi 9 octobre, sur les articles 44 et 46 : remplacer la pénalité de 1 % de la masse salariale par une amende de 4 000 euros par salarié, ramener le congé des victimes de dix à cinq jours, en retirer l’attestation sur l’honneur, et faire payer ce congé par l’assurance maladie plutôt que par l’employeur. Puis le Sénat réécrira le texte.

Les dates

5 septembre 2018
La loi « avenir professionnel » crée le référent harcèlement sexuel de l’employeur, obligatoire à partir de 250 salariés, et celui du comité social et économique.
1er octobre 2026
Début de l’examen en séance de la loi intégrale, texte de la commission spéciale n° 3190.
7 octobre 2026
Examen prioritaire des articles 40 à 42. Amendement n° 469 adopté par 67 voix contre 51, amendement n° 475 rejeté par 100 voix contre 46. Article 41 adopté par 127 voix contre 0.
9 octobre 2026
Reprise de l’examen : articles 44 et 46, sanctions et congé des victimes, où quatre amendements « travaillés avec le MEDEF » restent à voter.
13 octobre 2026
Vote solennel prévu sur l’ensemble de la proposition de loi, avant son examen au Sénat.

Pour savoir comment votre député a voté, cherchez son nom dans les deux scrutins ci-dessus ou consultez la page de la loi intégrale. Le sort de chaque article figure dans notre tableau, article par article.