Perquisition dans les locaux de Mediapart
Marie-Pierre de La GontrieSER
Sénatrice — Paris
La question
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 06/02/2019Je voudrais d'abord rappeler ce que vous savez déjà, mesdames, messieurs les sénateurs : en tant que garde des sceaux, il ne m'appartient pas de commenter des procédures judiciaires. Je m'y astreins de manière extrêmement stricte, précisément parce que je suis attachée à l'indépendance de la justice et au respect des lois. Or ces lois m'interdisent d'intervenir dans les affaires individuelles, et je souhaitais ici le rappeler.
Je vais donc, sur l'affaire évoquée, vous livrer quelques éléments rendus publics.
Le parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire portant sur des infractions d'atteinte à la vie privée. Deux magistrats de ce parquet se sont donc rendus au journal Mediapart pour se faire remettre les enregistrements sonores de conversations qui seraient intervenues entre MM. Benalla et Crase.
Les magistrats agissaient, je tiens à le préciser ici, dans le cadre non coercitif de l'enquête préliminaire, et ne pouvaient pas procéder à une saisie sans l'assentiment du représentant légal de l'entreprise de presse. Mediapart a, dans un premier temps, refusé de remettre ces enregistrements, puis les a donnés à la justice, ce qui permettra de faire toute la lumière sur cette affaire.
Comme l'ensemble du Gouvernement, je suis attachée et à la liberté de la presse et à la protection du secret des sources des journalistes, considérant que ce sont les pierres angulaires de notre démocratie.
Je suis également très attachée à ce que la justice ne fasse pas l'objet d'attaques incessantes,…
M. le président. Il faut conclure, madame le garde des sceaux.
Mme Nicole Belloubet, garde des sceaux. … qui paralysent son fonctionnement. C'est, je crois aussi, un élément indispensable pour que celui-ci se déroule dans la sérénité. Cela correspond, en tout cas, à ma conception de la justice, partagée par le Gouvernement, et je puis vous assurer que je suis tout à fait encline, disposée et volontaire pour continuer à œuvrer en ce sens. (Applaudissements sur des travées du groupe La République En Marche et du groupe du Rassemblement Démocratique et Social Européen.)
M. le président. La parole est à Mme Marie-Pierre de la Gontrie, pour la réplique.
Mme Marie-Pierre de la Gontrie. Je voudrais d'abord dire mon regret que le Premier ministre n'ait pas souhaité s'exprimer sur un sujet qui va bien au-delà des compétences de la garde des sceaux. En effet, je ne l'ai pas interrogé sur une affaire judiciaire, même si, madame la garde des sceaux, après la tribune que vous avez commise au mois de septembre afin de tenter de faire en sorte que la commission d'enquête du Sénat n'auditionne pas M. Benalla, je pense que votre conception en matière de séparation des pouvoirs est assez variable. (Applaudissements sur les travées du groupe socialiste et républicain et du groupe communiste républicain citoyen et écologiste, ainsi que sur quelques travées du groupe Les Républicains et du groupe Union Centriste.)
Mme Nicole Belloubet, garde des sceaux. C'est faux !
M. le président. Il faut vraiment conclure, madame la sénatrice.
Mme Marie-Pierre de la Gontrie. J'ajouterai une phrase, madame la garde des sceaux, que je vous suggère de méditer car vous en êtes l'auteur : « Toute privauté prise avec les principes essentiels de notre République ne peut que contribuer au discrédit de l'action publique ». Voilà ce que nous vous demandons, madame, et ce que nous demandons au gouvernement auquel vous appartenez ! (Applaudissements sur les travées du groupe socialiste et républicain et du groupe communiste républicain citoyen et écologiste, ainsi que sur quelques travées du groupe Les Républicains.)
Source : senat.fr ↗
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