Difficultés de recrutement des petites entreprises
Jean-Raymond HugonetLes Républicains
Sénateur — Essonne
La question
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 04/03/2020M. Jean-Raymond Hugonet. Chaque année, plus de 250 000 offres d'emplois ne sont pas pourvues en France faute de candidats. Des centaines de milliers de postes sont disponibles. La quasi-totalité des métiers sont aujourd'hui considérés comme étant en tension, qu'il s'agisse de métiers qualifiés ou non. Aucun secteur d'activité n'est épargné, aucune zone géographique. Selon la CPME (Confédération des petites et moyennes entreprises), un tiers des entreprises renoncent à recruter, abandonnant du même coup des marchés supplémentaires, privant notre pays de cette croissance dont il a tant besoin.
Le département de l'Essonne, que j'ai l'honneur de représenter, n'est pas épargné par cette crise de l'emploi. Tant s'en faut ! Dans leur écrasante majorité, les entreprises que je visite lors de mes nombreux déplacements sur le territoire me font part de leur forte demande de recrutement restant, malheureusement, sans résultat. C'est un énorme gâchis ! En même temps, le chômage, certes en légère baisse, atteint toujours 8,7 % et plus de 3,5 millions de personnes sont indemnisées par Pôle emploi. Cherchez l'erreur !
Inadéquation entre l'offre et la demande, déficit d'image de certains métiers, conditions de travail, niveau des salaires, les explications avancées sont multiples. La formation est sans doute une des réponses. La réforme de l'apprentissage s'inscrit précisément dans cette logique. Il en va de même pour celle de la formation, mais il est à craindre, en pratique, que le nouveau dispositif soit plus complexe.
Une chose est certaine, les PME employant entre 50 et 300 salariés sont les grandes perdantes. Qu'entendez-vous faire concrètement, madame la ministre, pour corriger cette situation ?
Personne ne peut plus nier, par ailleurs, qu'il faut de toute urgence établir un meilleur équilibre entre assistanat et incitation à la reprise d'un emploi. Aujourd'hui, il est possible pour un salarié à qui son employeur propose un CDI en fin de CDD de refuser et… de s'inscrire à Pôle emploi en même temps ! Là encore, il faut agir ! De vraies mesures, plus fortes, plus profondes, plus pérennes, sont absolument nécessaires. Qu'entendez-vous faire concrètement, madame la ministre, pour aider nos entreprises ?
M. le président. La parole est à Mme la ministre.
Mme Muriel Pénicaud, ministre du travail. Merci de cette question, monsieur le sénateur Jean-Raymond Hugonet ; vous évoquez un sujet très important.
Aujourd'hui, en France, une entreprise sur deux – le phénomène touche particulièrement les PME – ne trouve pas les compétences qu'elle recherche et dont elle a besoin pour son développement. Comme vous l'avez dit, c'est un gâchis, notamment au regard de la lutte contre le chômage et de la nécessité d'accroître les compétences.
Même si beaucoup reste à faire, des progrès ont été réalisés.
Le taux de chômage est non pas à 8,7 %, mais à 8,1 % – il s'élève à 7,9 % en métropole. Nous comptons désormais vingt-quatre départements où ce taux est inférieur à 7 %. On n'a jamais embauché autant de personnes en CDI, autant d'apprentis. On n'a jamais autant formé de demandeurs d'emploi.
À ces signaux positifs, s'ajoute le fait que les entreprises ont créé 500 000 emplois nets depuis deux ans.
Ces résultats sont notamment le fruit de la loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel, qui contient diverses mesures relatives à l'apprentissage et à la formation professionnelle, ainsi que du plan d'investissement dans les compétences, qui vise précisément à réduire l'écart entre les compétences demandées et les compétences disponibles sur le marché du travail. Après trente ans de chômage de masse, bien des compétences que recherchent les entreprises ne sont pas sur le marché du travail.
Cela étant, ces dispositions ne sauraient suffire. Les nouvelles règles de l'assurance chômage vont contribuer à renforcer l'incitation au retour à l'emploi. De plus, trois éléments méritent d'être cités.
Le premier élément, c'est la nouvelle offre de services de Pôle emploi. La convention tripartite entre l'État, Pôle emploi et l'Unedic, signée en décembre 2019, va permettre de déployer de nouveaux moyens. À Pôle emploi, plus de 1 000 agents supplémentaires accompagneront des entreprises : les effectifs chargés de cette mission augmenteront ainsi de 25 %. Concrètement, on pourra proposer un accompagnement plus personnalisé. Surtout, au bout de trente jours, si l'offre d'emploi n'est pas pourvue, Pôle emploi s'engage à contacter l'entreprise pour rechercher une solution avec elle, en mobilisant de nouveaux dispositifs ou en améliorant l'offre de l'entreprise, qui n'est peut-être pas concurrentielle sur le marché.
Le deuxième élément, toujours à Pôle emploi, c'est l'opération #VersUnMétier. Chaque semaine, dans chaque agence, on choisit un thème dans un secteur comprenant des métiers en tension ; les représentants des entreprises elles-mêmes viennent alors en parler à des demandeurs d'emploi d'un autre secteur, et cela fonctionne très bien. Il n'y a rien de tel que le contact direct avec un chef d'entreprise pour découvrir un nouveau métier et aller vers celui-ci.
S'y ajoutent les engagements pour le développement de l'emploi et des compétences. Ces EDEC sont en cours dans trente branches. Ils permettent de mieux définir les besoins et de travailler sur l'attractivité : beaucoup de métiers ne sont pas attractifs, parfois pour des raisons objectives tenant aux conditions de travail ou aux salaires, parfois pour des questions d'image. Tout cela se travaille.
Le troisième et dernier élément, c'est l'accompagnement des PME dans la gestion des ressources humaines. Vous avez vous-même souligné le rôle des opérateurs de compétences à l'égard des PME et des ETI. Mon ministère leur propose désormais un accompagnement avec les onze opérateurs de compétences. Il s'agit d'une prestation de conseil en ressources humaines qui les aide à définir leur stratégie face au marché du travail.
Toutes ces initiatives doivent être poursuivies ; vous l'avez dit avec raison, il ne faut laisser aucun emploi de côté. Chaque emploi compte !
M. le président. Merci, madame la ministre, de vous être déplacée pour venir répondre à une question.
La parole est à M. Jean-Raymond Hugonet, pour la réplique.
M. Jean-Raymond Hugonet. Madame la ministre, merci de cette réponse précise et fournie, nonobstant le dépassement de votre temps de parole. (Sourires sur les travées du groupe Les Républicains.)
Nous n'allons pas nous lancer des chiffres au visage : je l'ai reconnu, le chômage – heureusement ! – est en baisse. En outre, je sais votre engagement ; nous nous sommes déjà vus sur le terrain, notamment dans l'Essonne. Toutefois, je veux simplement vous dire – on ne le répétera jamais assez – combien les entreprises ont besoin d'être aidées à cet égard.
Mme Muriel Pénicaud, ministre. C'est vrai !
Source : senat.fr ↗
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