Réforme de la formation des élus
Cyril PellevatUCI
Sénateur — Haute-Savoie
La question
✓ Réponse du gouvernement
Publiée le 14/04/2021M. Cyril Pellevat. Madame la ministre, ma question, qui concerne la réforme de la formation des élus locaux, avait été déposée fin janvier à la suite de la publication des ordonnances portant sur ce dossier ; depuis, la situation a évolué.
La fin du cumul des droits à la formation sur l'ensemble du mandat, le passage d'un calcul des droits en heures à un calcul en euros, la baisse des droits à la formation de 2 000 euros à 700 euros par an, ou encore le maintien de la gestion du système par la Caisse des dépôts et consignations (CDC) en dépit de ses frais de gestion mirobolants faisaient partie des points de tension ayant entraîné la colère de nombreux élus.
Fort heureusement, la commission des lois du Sénat a depuis retravaillé en profondeur les ordonnances, trouvant une solution plus équilibrée et respectueuse du droit à la formation des élus. Madame la ministre, vous avez été ouverte aux propositions formulées par le Sénat, et je vous en remercie.
Toutefois, la vigilance doit rester de mise sur deux points.
D'une part, vous avez indiqué que le Gouvernement partageait la volonté du Sénat de réduire les frais de gestion de la CDC. La dématérialisation du droit individuel à la formation des élus (DIFE) devrait y contribuer. Mais avez-vous identifié d'autres solutions allant en ce sens ?
D'autre part, je souhaite attirer votre attention sur la nécessité d'un réel contrôle des agréments et des sous-traitances. Il est bien d'avoir créé une procédure de retrait de l'agrément en cas d'abus et une interdiction des sous-traitances de second rang, mais encore faut-il qu'un réel contrôle du respect des obligations incombant aux organismes soit mis en œuvre. Car, nous le savons, ce sont majoritairement les abus de certains organismes de formation qui nous ont forcés à réformer le DIFE, ce dont les élus pâtissent aujourd'hui.
Madame la ministre, vous engagez-vous à véritablement contrôler les rapports annuels d'activité des organismes de formation ?
Enfin, je souhaite souligner un point qui n'a, me semble-t-il, pas été abordé lors des débats de la semaine passée. Oui, le budget du fonds DIFE était déficitaire et nécessitait d'engager des fonds publics, ce qui justifiait un rééquilibrage. Mais il faut relativiser le coût que la formation des élus représente pour l'État. Car des élus bien formés, ce sont des politiques locales vertueuses sur le long terme, ainsi que des investissements bien choisis et utiles. Et ce sont aussi des recours contre des décisions des collectivités, donc des frais judiciaires, en moins !
Les conséquences budgétaires sur le long terme d'un défaut ou d'une mauvaise formation des élus, s'il était possible de les calculer, seraient – j'en suis certain – bien plus élevées pour l'État que les coûts liés à la gestion du fonds DIFE. Alors oui, il fallait réformer pour stopper les dérives, mais la baisse des droits à la formation de 2 000 euros à 700 euros par an ne me semblait pas nécessaire !
M. le président. La parole est à Mme la ministre.
Mme Jacqueline Gourault, ministre de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales. Monsieur Cyril Pellevat, la réforme que nous avons engagée était absolument indispensable.
Je rappelle tout d'abord qu'il existe deux modes de financement de la formation des élus locaux. Le premier dépend directement du budget des collectivités territoriales, qui peuvent engager des dépenses comprises entre 2 % minimum et 20 % maximum du montant des indemnités allouées aux élus. Le second, c'est le DIFE.
Le fait que le projet de loi de ratification des ordonnances a été approuvé par 330 voix sur les 330 votes exprimés montre que les besoins étaient très importants.
Nous avons renforcé la formation des élus. Ainsi que vous l'avez souligné, de très utiles améliorations ont été apportées au texte par le Sénat, en plein accord avec le Gouvernement. Loin de fragiliser le droit à la formation des élus, la réforme le conforte dans tous ses aspects, qu'il s'agisse des dispositifs de financement, de l'accès à l'offre de formation ou de la qualité des formations délivrées.
Le financement de la formation par les collectivités territoriales elles-mêmes, qui est le premier pilier du dispositif, permettra à une intercommunalité de contribuer à la formation des conseillers municipaux selon des modalités très souples, sans pour autant prendre la compétence. Cela répondra notamment au besoin de soutien des petites communes, qui peinent à faire face aux demandes des élus.
Nous opérons une véritable opération de sauvetage du droit individuel à la formation des élus, dont – vous l'avez rappelé – l'esprit a été profondément dévoyé par certains organismes de formation.
Je ne reviendrai pas sur les comparaisons, d'ailleurs hasardeuses, qui ont pu être faites avec le coût des formations dans de grandes écoles.
D'ailleurs, le Sénat ne s'y est pas trompé lors de l'examen du projet de loi de ratification, la semaine dernière. Je remercie les membres de la Haute Assemblée d'avoir saisi l'enjeu et d'avoir mesuré la responsabilité qui est la nôtre. Il faut effectivement changer de système pour éviter les dérives de certains organismes de formation indélicats ayant conduit le DIFE à un déficit de près de 11 millions d'euros en 2019 et de 23 millions en 2020.
La transformation des heures en euros était absolument nécessaire.
Enfin, c'est avec le Conseil national de la formation des élus locaux (CNFEL) que nous contrôlerons annuellement le bon fonctionnement des organismes de formation, dont l'agrément pourra, si nécessaire, être retiré.
M. le président. La parole est à M. Cyril Pellevat, pour la réplique.
M. Cyril Pellevat. Madame la ministre, je vous remercie des éléments que vous venez d'apporter. Il y a évidemment eu un télescopage, puisqu'un texte a été adopté depuis que j'ai déposé ma question, au mois de janvier. Je félicite d'ailleurs mes collègues qui ont travaillé sur ce dossier, permettant de répondre à certaines préoccupations des élus. Et je salue également la souplesse dont vous avez fait preuve.
Source : senat.fr ↗
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