- Le montant du SMIC n'est pas voté par le Parlement : il est fixé par décret, avec une revalorisation automatique indexée sur l'inflation et le salaire horaire ouvrier de base.
- Depuis le 1er juin 2026, il s'établit à 1 867,02 € brut par mois, soit environ 1 478 € net — après deux revalorisations automatiques en 2026 (+1,18 % en janvier, +2,41 % en juin), sans aucun vote.
- Le « SMIC à 1 600 euros net » était l'une des mesures phares du programme du Nouveau Front populaire aux législatives de 2024. Il manque encore environ 120 euros net par mois.
- Les parlementaires ne peuvent agir qu'indirectement : propositions de loi d'indexation des salaires, amendements aux budgets de la Sécurité sociale, et le cas particulier de Mayotte, où le SMIC reste inférieur au niveau national.
- Résultat : aucun des 8 434 scrutins publics de la 17e législature à l'Assemblée ne mentionne le SMIC dans son intitulé — alors que 1 295 amendements déposés le citent.
- Le budget 2027 remet le sujet au centre du jeu : le gouvernement a déjà annoncé le plafonnement des indemnités journalières à 1,8 SMIC au 1er novembre 2026.
Depuis les législatives de 2024, les tentatives parlementaires d'augmenter le SMIC ou d'indexer les salaires ont toutes connu le même sort, à une exception près. Le Sénat a rejeté l'indexation des salaires sur l'inflation par 226 voix contre 112 en février 2025. À l'Assemblée, la bataille sur les allègements de cotisations au niveau du SMIC s'est soldée par une égalité parfaite, 160 voix contre 160. Et le seul vote gagné — l'alignement du SMIC mahorais sur le niveau national « au cours de l'année 2027 », adopté par 18 voix un vendredi soir de juin 2025 — a disparu de la loi finalement promulguée, qui retient décembre 2031.
Au Sénat, l'indexation des salaires rejetée par toute la droite
La seule proposition de loi de revalorisation salariale à avoir atteint un vote en séance publique est sénatoriale. Le 19 février 2025, dans la niche du groupe communiste, la chambre haute examine la proposition de loi de Cathy Apourceau-Poly (CRCE-K) visant à indexer les salaires sur l'inflation — le retour de l'« échelle mobile des salaires » supprimée en 1983. L'article 1er est rejeté par 226 voix contre 112, et tous les articles suivants connaissent le même sort : le texte tombe.
La ligne de partage est nette : les 129 voix des Républicains, les 59 de l'Union centriste, les 19 du groupe RDPI (macroniste) et les 19 des Indépendants forment le bloc du rejet. En face, les 64 voix socialistes, les 17 communistes, les 16 écologistes et 15 des 18 votants du RDSE soutiennent le texte. Aucun groupe ne se divise : c'est un vote gauche contre droite, sans surprise ni transfuge.
À l'Assemblée, la bataille se joue sur les allègements — et finit à 160 voix contre 160
À l'Assemblée, faute de pouvoir voter le montant du SMIC, le débat s'est déplacé sur un terrain plus technique : les allègements de cotisations patronales concentrés autour du salaire minimum. C'est l'article 6 du PLFSS pour 2025 : le gouvernement Barnier proposait de réduire ces exonérations pour lutter contre la « smicardisation » — ces allègements qui décroissent avec le salaire incitent, selon les économistes, à maintenir les rémunérations au niveau du SMIC. La droite y voyait plus de 5 milliards d'euros de coût du travail supplémentaire.
Le 30 octobre 2024, en séance, les amendements de suppression de l'article sont mis aux voix par scrutin public : 160 voix pour, 160 voix contre — l'égalité vaut rejet, l'article survit. Le RN (75 voix), les macronistes d'EPR (44), la Droite républicaine (20), Horizons (9) et l'UDR (7) votaient la suppression ; toute la gauche et la majorité des députés MoDem la refusaient. Fait notable : le groupe EPR, soutien du gouvernement Barnier, a voté contre l'article de son propre gouvernement.
« Nous ne voulons pas augmenter le Smic, car il faut éviter que les entreprises coulent ou que l'ensemble des travailleurs se retrouvent au Smic. »
Un an plus tard, rebelote : sur le PLFSS pour 2026, 60 amendements citant le SMIC sont déposés, 35 sont rejetés — dont celui du groupe Écologiste et Social qui proposait de réserver la réduction générale de cotisations patronales aux employeurs augmentant réellement leurs salariés payés au SMIC.
Mayotte : le seul vote gagné, par 18 voix — puis effacé
Le seul scrutin public où une accélération du SMIC l'a emporté concerne Mayotte, où le salaire minimum reste inférieur au niveau national. Lors de l'examen du projet de loi de programmation pour la refondation de Mayotte, la gauche demande l'alignement complet dès 2026 : ses amendements sont rejetés sans scrutin public.
« Mon amendement est identique au précédent : il s'agit d'aligner le smic à Mayotte sur celui de l'Hexagone dès 2026, au lieu de le fixer à 87,5 % du niveau national comme le gouvernement le propose. »
Le 27 juin 2025, en séance, c'est finalement un amendement de la députée RN de Mayotte Anchya Bamana qui passe : « l'alignement complet sur le montant du SMIC sera atteint au cours de l'année 2027 ». Adopté par 18 voix contre 12, et 5 abstentions — 35 votants, un vendredi soir, dans un hémicycle presque vide. Sur les 18 voix pour, 15 viennent du RN.
La gauche, dont les amendements pour 2026 venaient d'être repoussés, vote contre ou s'abstient. Le socle gouvernemental défend sa trajectoire plus lente, par la voix de la rapporteure du texte :
« C'est là un effort important, notamment pour les entreprises, pour qui ces augmentations doivent être acceptables. Achever la convergence en 2031 est un objectif réaliste et réalisable. »
Épilogue : le « 2027 » voté par 18 députés ne survit pas à la navette. La loi promulguée le 11 août 2025 retient l'alignement complet du SMIC mahorais en décembre 2031, avec une étape à 87,5 % du niveau national au 1er janvier 2026.
Les textes restés au tiroir
Le reste des tentatives n'a même pas atteint l'hémicycle. Quatre propositions ou amendements emblématiques, quatre impasses :
Ce que le budget 2027 va rejouer
La séquence budgétaire qui s'ouvre ramène le SMIC dans l'hémicycle par trois portes : le plafonnement des indemnités journalières à 1,8 SMIC annoncé pour le 1er novembre 2026, le débat récurrent sur les allègements de cotisations — le même qui avait fini à 160 voix contre 160 — et les amendements de la gauche qui redéposera ses demandes d'indexation. Comme pour les pistes d'économies déjà enterrées par l'Assemblée, les rapports de force sont connus d'avance : ils sont écrits dans les scrutins ci-dessus.
Pour suivre les votes de votre député sur les prochains textes salariaux du budget 2027, consultez sa fiche sur NosParlementaires — chaque scrutin public y est enregistré, position par position.