- Le 13 juillet 2026, veille du dernier 14-Juillet de son second mandat, Emmanuel Macron a annoncé à l'Hôtel de Brienne un effort supplémentaire de 36 milliards d'euros pour la défense sur la période 2026-2030.
- Il a aussi avancé de trois ans l'objectif d'un budget des armées à 64 milliards d'euros par an : dès 2027 au lieu de 2030 — soit un doublement en dix ans.
- Justification avancée : « le retour de la guerre de haute intensité », la menace russe et la guerre en Ukraine.
- Ces 36 milliards correspondent à l'enveloppe de l'actualisation de la loi de programmation militaire (LPM), adoptée définitivement par les députés le 1er juillet — elle porte la trajectoire 2024-2030 à 436 milliards d'euros.
- Mais une loi de programmation n'ouvre aucun crédit : chaque annuité doit être inscrite en loi de finances. La marche à 64 milliards se jouera au vote du budget 2027, à l'automne — sans majorité absolue à l'Assemblée.
Les 36 milliards d'euros supplémentaires promis aux armées lors des annonces du 14-Juillet n'ont pas surpris les députés : ils les avaient votés douze jours plus tôt. Le 1er juillet, l'Assemblée nationale a adopté définitivement l'actualisation de la loi de programmation militaire par 375 voix contre 113 — et Emmanuel Macron a lui-même salué à Brienne « la représentation nationale qui a massivement voté ce texte ». Ce qui reste à voter est en revanche moins acquis : la traduction budgétaire, année après année, de cette trajectoire — à commencer par la marche à 64 milliards du budget 2027.
Les 36 milliards ? Les députés les ont déjà votés
L'actualisation de la LPM, adoptée en première lecture le 19 mai par 440 voix contre 122 puis définitivement le 1er juillet, ajoute précisément 36 milliards d'euros à la loi de programmation militaire 2024-2030 votée sous la précédente législature. C'est cette enveloppe que le président de la République a détaillée à Brienne : stocks de munitions et préparation opérationnelle, souveraineté spatiale et dissuasion, lutte anti-drones, guerre électromagnétique et intelligence artificielle.
Le vote du 1er juillet dessine une coalition large mais déséquilibrée : avec 97 voix pour et aucune contre, le Rassemblement national forme le premier contingent de soutien au texte, devant le groupe présidentiel EPR (86 voix). Fait notable à gauche, le Parti socialiste a voté pour (46 voix, une contre), quand LFI (62 contre), les Écologistes (36 contre) et les communistes du GDR (14 contre) fournissaient la totalité de l'opposition.
« Une loi de programmation a vocation à tracer un chemin pour cette Europe de la défense que nous appelons, nous, de nos vœux. Cela passera évidemment par un certain nombre d'étapes. Poser ces étapes et donner une perspective nous semble essentiel. »
Quatre scrutins, une géographie politique stable
Ce rapport de force ne date pas du 1er juillet. Sur les quatre scrutins défense marquants de la législature — la motion de rejet déposée par LFI le 4 mai, les deux lectures de l'actualisation de la LPM et la résolution de soutien à l'Ukraine de mars 2025 —, les positions des groupes n'ont pratiquement pas bougé.
| Groupe | Motion de rejet 4 mai 2026 | LPM 1re lecture 19 mai 2026 | LPM définitive 1er juillet 2026 | Soutien Ukraine 12 mars 2025 |
|---|---|---|---|---|
| RN | Contre · 31 | Pour · 119 | Pour · 97 | Abst. · 113 |
| EPR | Contre · 40 | Pour · 88 | Pour · 86 | Pour · 72 |
| SOC | Contre · 7 | Pour · 64 | Pour · 46 | Pour · 49 |
| DR | Contre · 10 | Pour · 47 | Pour · 44 | Pour · 27 |
| HOR | Contre · 12 | Pour · 35 | Pour · 35 | Pour · 31 |
| DEM | Contre · 13 | Pour · 37 | Pour · 26 | Pour · 35 |
| LIOT | Contre · 2 | Pour · 23 | Pour · 19 | Pour · 20 |
| UDR | Contre · 4 | Pour · 16 | Pour · 14 | Abst. · 11 |
| LFI | Pour · 32 | Contre · 71 | Contre · 62 | Contre · 45 |
| ECOS | Contre · 8 | Contre · 36 | Contre · 36 | Pour · 34 |
| GDR | Pour · 4 | Contre · 14 | Contre · 14 | Contre · 8 |
Position majoritaire du groupe et effectif correspondant. « Motion de rejet » : voter pour, c'est refuser d'examiner le texte. Lecture définitive : texte de la commission mixte paritaire. Données : Assemblée nationale, 17e législature.
La ligne de partage est nette : LFI et le GDR ont voté contre le réarmement à chaque étape — et furent les seuls à voter le rejet pur et simple du texte —, les Écologistes contre les deux lectures de la LPM, tandis que tout l'arc allant du PS à l'UDR a soutenu la trajectoire budgétaire. Dans l'hémicycle, l'opposition de gauche a articulé son refus autour d'un arbitrage : les milliards des armées seraient pris sur les services publics.
« Vous nous enfermez dans une trajectoire austéritaire pour des années encore ! La route est toute tracée : des milliards pour les munitions, la saignée pour les services publics ! Et que préparez-vous ? La guerre ? Nous n'en voulons pas ! »
L'Ukraine, l'angle mort du soutien RN
Une colonne du tableau détonne : celle du 12 mars 2025. Ce jour-là, l'Assemblée votait une résolution appelant au renforcement du soutien à l'Ukraine — adoptée par 273 voix contre 53, mais avec 131 abstentions, dont les 113 députés RN, abstenus en bloc. Le premier contingent de soutien à la LPM refuse donc d'endosser le volet ukrainien de la politique de défense — alors même que c'est « cette guerre insensée que mène la Russie » qu'Emmanuel Macron invoque pour justifier les 36 milliards. Un soutien au réarmement national qui ne vaut pas alignement sur sa justification stratégique.
Ce qu'il reste à voter : la marche à 64 milliards du budget 2027
La partie la plus difficile commence à l'automne. Une loi de programmation fixe un cap, mais seule la loi de finances ouvre les crédits : l'objectif de 64 milliards d'euros pour les armées dès 2027 — avancé de trois ans par rapport au calendrier initial — devra être inscrit au PLF 2027, examiné par une Assemblée où le gouvernement ne dispose d'aucune majorité absolue. Et si les groupes qui ont voté la LPM actualisée pèsent 375 voix, leur accord s'arrête là où commence la question du financement.
« Nous couperons très largement dans des dépenses auxquelles vous ne toucheriez probablement pas : les 40 milliards que coûte l'immigration chaque année ou l'abondement au budget européen. »
Le RN votera-t-il des crédits défense financés par le budget général, lui qui conditionne son soutien à des coupes ailleurs ? Le PS, qui a voté la trajectoire, suivra-t-il sur un budget 2027 dont il conteste par ailleurs les arbitrages ? C'est tout l'enjeu de la séquence budgétaire qui s'ouvre — la dernière avant l'élection présidentielle.
Chronologie
Pour savoir comment votre député a voté sur l'actualisation de la LPM et les autres scrutins défense de la législature, consultez sa fiche sur NosParlementaires — positions de vote, questions au gouvernement et amendements y sont recensés scrutin par scrutin.