- À l’école primaire, un enseignant absent peut être remplacé dès la première demi-journée par une brigade de remplacement gérée par le département. En attendant, les élèves sont répartis dans les autres classes.
- Au collège et au lycée, le rectorat n’envoie un remplaçant que pour les absences de plus de quinze jours. En dessous, le chef d’établissement doit trouver une solution avec les professeurs présents.
- Depuis 2023, le Pacte enseignant rémunère les professeurs volontaires pour ces remplacements courts : 1 250 euros brut par an pour 18 heures.
- Le sujet a déjà fait l’objet d’un rapport du Sénat en juin 2025 et d’un rapport de la Cour des comptes sur le collège en décembre 2025.
- Environ 4 000 suppressions de postes d’enseignants ont été annoncées pour la rentrée 2026. Le gouvernement les justifie par la baisse du nombre d’élèves.
- L’auteur du rapport, Anthony Boulogne, est député RN de Meurthe-et-Moselle. Il est « rapporteur spécial » : la commission des finances le charge de contrôler le budget de l’enseignement scolaire. Ses conclusions l’engagent, pas l’Assemblée entière.
Vingt millions d’heures de cours n’ont pas eu lieu dans les collèges et lycées publics pendant l’année scolaire 2024-2025. C’est une heure sur dix. Dans le même temps, l’État a consacré 4,5 milliards d’euros au remplacement des enseignants absents, de la maternelle au lycée. Ces deux chiffres ouvrent le rapport d’information qu’Anthony Boulogne a déposé le 29 septembre 2026 au nom de la commission des finances de l’Assemblée nationale, la veille du dépôt du projet de budget pour 2027. Il y qualifie les heures perdues de « fléau éducatif ». Vous pouvez lire notre fiche du rapport.
Une heure sur dix n’a pas eu lieu, et les arrêts maladie n’expliquent pas tout
Le chiffre vient d’une enquête du service statistique du ministère, la DEPP, menée chaque année auprès d’un millier de collèges et lycées publics. En 2024-2025, 9,8 % des heures d’enseignement n’ont pas été assurées. Le rapport distingue deux blocs : 15,4 millions d’heures perdues parce qu’un enseignant absent n’a pas été remplacé, et 4,8 millions parce que l’établissement était fermé, presque toujours pour des examens.
Collèges et lycées publics, en part du total des heures d’enseignement. Source : DEPP, enquête TENAE, tableau repris dans le rapport.
Le détail nuance l’image du professeur malade. Les absences pour raison individuelle (maladie, congé maternité ou paternité, grève) pèsent 4,3 points sur 9,8. Le reste, soit 5,4 points hors intempéries d’après notre calcul, tient à l’organisation de l’institution elle-même : examens, commissions, formation continue, réunions.
Le rapporteur écrit que le chiffre est « en progression constante ». La note de la DEPP dont il est tiré est plus précise. La part des heures perdues est passée de 9,1 % à 9,8 % en un an, « en raison d’un plus grand nombre de jours de fermeture des établissements ». Les heures perdues faute de remplaçant sont restées stables : 15,3 millions en 2023-2024, 15,4 millions en 2024-2025.
Pour l’école primaire, ce décompte n’existe pas. Le ministère compte seulement les demi-journées d’absence des enseignants : 7,4 millions en 2024-2025, soit 16 % de plus qu’en 2018-2019. Le taux de remplacement y est de 79,2 %. Si l’on applique ce taux, environ 1,5 million de demi-journées n’ont pas été remplacées. Ce calcul est le nôtre, le rapport ne donne pas ce chiffre.
Les absences de moins de quinze jours, presque jamais remplacées
Le rapport compare trois taux de remplacement. Deux ont reculé depuis 2017. Le troisième a progressé, mais reste très bas.
Enseignement public. Un carré vert pour une absence remplacée. Source : ministère de l’Éducation nationale, chiffres cités dans le rapport.
L’écart s’explique par l’organisation. Pour une absence longue, le rectorat dispose de remplaçants dédiés, titulaires ou contractuels. Pour une absence courte, le principal du collège n’a personne. Il déplace des cours dans l’emploi du temps, envoie les élèves en permanence ou sollicite un collègue volontaire, qui n’enseigne pas forcément la même matière. Dans l’académie de Créteil, que le rapporteur a étudiée de près, le taux tombe à 8,85 %.
La rentrée 2026 a ajouté une difficulté. Après la cyberattaque subie par le ministère en juillet, les académies de Toulouse et de Nantes ont dû affecter leurs remplaçants sans leurs outils informatiques, ce qui a entraîné selon le rapport « une réelle désorganisation ».
Anthony Boulogne a visité deux collèges de Seine-et-Marne en juin. Un député du même département, Frédéric Valletoux (Horizons), avait décrit la situation d’un collège rural de sa circonscription dans une question orale au ministre.
« Des matières fondamentales ne sont pas enseignées ; des parcours scolaires se construisent avec des manques ; dès le collège, des jeunes subissent une forme d’abandon républicain. »
En séance, le 12 mai 2026, à propos du collège de Lorrez-le-Bocage, sans professeur de physique-chimie depuis septembre.
Le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, lui a répondu que quatre candidats avaient refusé le poste de physique-chimie ou ne s’étaient pas présentés. « Pour être tout à fait transparent, nous faisons moins face à un problème de moyens budgétaires […] qu’à une difficulté à recruter des personnels qui acceptent des affectations dans des collèges situés dans des territoires ruraux éloignés », a-t-il déclaré.
4,5 milliards d’euros, un total que le ministère ne sait pas calculer exactement
Le rapport additionne quatre lignes budgétaires pour approcher le coût du remplacement. Le total augmente de 2 % en un an.
| En millions d’euros | 2023-2024 | 2024-2025 |
|---|---|---|
| Remplaçants du premier degré | 2 124 | 2 137 |
| Remplaçants du second degré | 2 134 | 2 199 |
| Pacte enseignant (remplacements courts) | 105 | 137 |
| Heures supplémentaires | 45 | 28 |
| Total | 4 408 | 4 502 |
Source : commission des finances, d’après le ministère de l’Éducation nationale.
Sur la durée, la hausse est plus nette. Les crédits des remplaçants du second degré sont passés de 1,42 milliard d’euros en 2018 à 2,16 milliards en 2024, soit 52 % de plus. Ceux du premier degré ont augmenté de 21 %.
Anthony Boulogne vise surtout le Pacte enseignant. Une heure de remplacement payée par le Pacte coûte 62 euros, contre 45 euros en moyenne pour une heure supplémentaire classique, selon la Cour des comptes. Le ministère a demandé aux chefs d’établissement d’utiliser le Pacte en priorité. Le taux de remplacement des absences courtes est passé de 4,5 % à 11,6 % en deux ans. Le rapporteur juge ce résultat trop faible pour un dispositif « coûteux », dont « l’utilité en matière de remplacement n’a pas été démontrée ».
Des enseignants moins absents que les autres salariés
Le rapport écarte l’idée d’un absentéisme propre aux professeurs. En 2024, un enseignant a été absent 8,2 jours en moyenne pour raison de santé. La moyenne est de 8,8 jours dans le reste de la fonction publique d’État et de 10,6 jours dans le secteur privé. L’argument avait déjà été avancé en séance par la socialiste Ayda Hadizadeh.
« Les enseignants ne sont pas plus absents que les autres fonctionnaires – des chiffres prouvent même qu’ils le sont moins –, mais comme ils sont des travailleurs essentiels, leur absence se fait durement ressentir par les élèves, les parents et les autres enseignants, qui accueillent dans leurs classes les élèves sans professeur. »
En séance, le 25 mars 2025, dans une question orale sur les heures de cours perdues.
Le rapporteur pointe en revanche la médecine du travail. En mai 2026, le ministère comptait 65 médecins du travail pour plus de 710 000 enseignants du public, soit un médecin pour près de 11 000 enseignants. La visite de prévention prévue tous les cinq ans ne peut pas être assurée pour tous. Le rapport relève aussi 1 906 postes non pourvus dans le premier degré et 2 008 dans le second à la rentrée 2025. Dans les académies de Créteil et de Versailles, les remplaçants servent d’abord à occuper ces postes vacants à l’année : le vivier est « asséché dès la rentrée de septembre ».
Des parents saisissent la justice. Le ministère a recensé 285 requêtes devant les tribunaux administratifs pour les années 2020-2021 à 2023-2024, dont plus de la moitié en Île-de-France. Quand l’État est condamné, les juges accordent un forfait de 100 à 800 euros, ou 10 euros par heure de cours manquée. Le total des réparations atteint 63 255 euros pour ces quatre années scolaires.
De LFI au RN, 29 questions au gouvernement en deux ans
Le constat n’appartient à aucun camp. Depuis 2024, notre base recense 29 questions de députés dont le titre porte sur le remplacement ou sur les enseignants absents. Elles viennent de neuf groupes, de La France insoumise (huit questions) au Rassemblement national (six), en passant par la Droite républicaine, Ensemble pour la République, les socialistes, les écologistes, Liot, le MoDem et l’UDR. Cinq attendent encore une réponse.
La dernière date du jour même du dépôt du rapport. Patrick Hetzel (Droite républicaine), ancien ministre de l’Enseignement supérieur, demande au ministre « le taux réel de remplacement » dans le premier et le second degrés. Il avait posé une première question en août, restée sans réponse. Le 25 mars 2025, Naïma Moutchou, alors députée Horizons du Val-d’Oise, intervenait pour « la quatrième fois » sur le sujet. Elle se disait « en colère et fatiguée de devoir revenir sans cesse sur une réalité que tout le monde connaît ».
Aucun de ces échanges n’a donné lieu à un vote. Les crédits du remplacement se décident dans le budget de l’État. Celui de 2026 a été adopté par 49.3, après le rejet de sa partie recettes en novembre 2025 : notre base ne contient aucun scrutin public sur les crédits de l’école. Depuis 2024, les députés ont adopté dix textes sur l’école ou l’enseignement, comme le montre notre bilan. Aucune ne traite du remplacement.
Neuf recommandations, aucune chiffrée
Le rapport formule neuf recommandations. Quatre demandent d’abord des statistiques. Les autres portent la marque du rapporteur : garder les postes, former les remplaçants, restaurer l’autorité.
Les deux dernières recommandations visent l’attractivité du métier. L’une demande de renforcer la médecine du travail. L’autre réclame « un renforcement des sanctions contre les élèves perturbateurs » et « une fermeté totale » en cas d’atteinte à un enseignant. Le maintien des postes, lui, reprend ce qu’Anthony Boulogne défendait en séance au printemps.
« Moins d’élèves, donc moins de professeurs : votre seule ambition pour l’école de la République. La baisse de la démographie scolaire constitue pourtant une belle occasion pour améliorer le taux d’encadrement des élèves et réduire la taille des classes. »
En séance, le 20 mai 2026, en interpellant le ministre de l’Éducation nationale.
Le ministre lui avait répondu que le système éducatif perdrait « environ 1,7 million d’élèves » en dix ans et qu’il préparait une carte scolaire sur cinq ans dans dix-huit départements.
Le rapport ne dit pas ce que coûteraient ses recommandations. Il écarte aussi les cours en ligne du Cned sous la surveillance d’un assistant d’éducation, que recommande la Cour des comptes et que le ministre a présentés en séance le 12 mai. Pour couvrir ainsi toutes les heures perdues, il faudrait 12 570 assistants d’éducation de plus, un quart de l’effectif actuel, calcule le rapporteur, qui parle de « mirages de l’enseignement numérique ». Il ne reprend pas non plus deux pistes de la Cour des comptes, l’annualisation du temps de service des professeurs et la bivalence au collège, sur lesquelles son collègue RN Roger Chudeau avait interrogé le gouvernement en décembre 2025.
Chronologie
Le ministre a assuré mi-septembre que le budget de l’Éducation nationale « ne baissera pas » en 2027. Les dates du débat sont dans notre calendrier du budget 2027. Pour suivre le rapporteur, consultez la fiche d’Anthony Boulogne. Les autres travaux de contrôle des députés et des sénateurs sont dans notre index des rapports, et les interventions sur le sujet dans notre moteur de recherche.