Pourquoi ce sujet ? Le contexte en 5 points
  • L'OCDE a publié le 8 septembre 2026 les résultats de l'enquête PISA, qui évalue tous les trois ans les élèves de 15 ans en mathématiques, en compréhension de l'écrit et en sciences.
  • La France obtient 458 points en mathématiques, soit 16 de moins qu'en 2022 et 5 de moins que la moyenne de l'OCDE. Elle se classe 34e sur 91 pays dans cette discipline.
  • Tous domaines confondus, la France est 27e sur 91, avec 483 points en sciences et 456 en compréhension de l'écrit — son niveau le plus bas depuis le lancement de l'enquête, il y a plus de vingt ans.
  • Le « choc des savoirs », annoncé fin 2023 puis relancé en « acte II » à l'automne 2024, n'a jamais fait l'objet d'une loi : il a été mis en œuvre par arrêtés et circulaires.
  • Depuis juillet 2024, l'Assemblée nationale a tenu dix votes solennels sur des textes touchant à l'école ou à l'enseignement. Aucun ne portait sur les apprentissages.

Le classement PISA 2026, publié le 8 septembre, place la France à son niveau le plus bas depuis que l'enquête existe : 458 points en mathématiques, 456 en compréhension de l'écrit, 27e rang sur 91 pays évalués. Dans l'hémicycle, ces trois compétences n'ont pourtant jamais été soumises au vote. Sur les dix lois relatives à l'école adoptées par l'Assemblée depuis le début de la législature, aucune ne traite des programmes, du niveau des élèves ou des méthodes d'apprentissage.

10
Lois scolaires votées depuis 2024
0
Portant sur les apprentissages
1 127
Questions écrites sur l'enseignement

Dix lois sur l'école, et pas une sur ce que PISA mesure

Le décompte est sans ambiguïté. Depuis le début de la 17e législature, dix scrutins solennels ont porté sur l'ensemble d'un texte relatif à l'école, au collège, au lycée ou à l'enseignement supérieur. Deux concernent la lutte contre l'antisémitisme dans le supérieur, deux la violence en milieu scolaire, deux la vie étudiante (le repas à 1 euro et la réforme des bourses), une l'accès aux écoles de service public, une le transfert des enseignants du premier degré à Wallis-et-Futuna, une l'organisation des écoles rurales. Les deux dernières ajoutent un contenu au programme : l'éducation à l'alimentation et l'enseignement de la défense nationale.

Les dix lois scolaires de la législature, par objet
10 lois
6 loisVie étudiante, discriminations, statut
2 loisViolences et sécurité à l'école
2 loisContenus ajoutés au programme

Aucun de ces textes ne touche à ce que l'enquête PISA mesure. Une recherche dans l'intitulé des scrutins de la législature le confirme : les expressions « savoirs fondamentaux », « programmes scolaires », « groupes de niveau », « choc des savoirs », « redoublement », « niveau des élèves », « mathématiques », « brevet » et « baccalauréat » n'apparaissent dans aucun libellé de vote. La politique qui a structuré le débat éducatif de ces trois dernières années, le « choc des savoirs », a été déployée par voie réglementaire : arrêtés sur les programmes, circulaires sur les groupes de besoins. Elle n'a jamais eu à passer devant les députés.

« Nous sommes mal classés aux tests Pisa, donc on supprime le CEE ? On n'essaie pas de faire mieux ? »

Marie Mesmeur
Marie Mesmeur
LFI-NFP
Ille-et-Vilaine (1)
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Des votes que moins d'un député sur trois a tranchés

Le second enseignement du décompte tient au nombre de votants. Sur ces dix scrutins, un seul a réuni plus de 200 députés : la commission mixte paritaire sur l'antisémitisme dans l'enseignement supérieur, le 2 juillet 2025, avec 441 votants. Les neuf autres ont été tranchés par 187 députés ou moins, sur 577. La loi instaurant un enseignement obligatoire d'éducation à l'alimentation à l'école a été adoptée le 16 février 2026 par 68 voix pour et 2 abstentions — soit 70 votants, un député sur huit.

Participation aux dix votes solennels sur l'école
Pour
Contre
Abstention
Antisémitisme dans l'enseignement supérieur (CMP)
441 votants
Violences en milieu scolaire
187 votants
Enseignants du premier degré à Wallis-et-Futuna
178 votants
Égalité des chances, écoles de service public
177 votants
Repas à 1 euro pour tous les étudiants
169 votants
Regroupements pédagogiques en milieu rural
157 votants
Antisémitisme et haine dans l'enseignement sup.
153 votants
Bourses étudiantes et précarité
91 votants
Éducation à l'alimentation obligatoire à l'école
70 votants
Enseignement de la défense nationale
56 votants

Cette faible participation ne traduit pas un désintérêt de façade : les députés parlent beaucoup d'école. Ils ont déposé 1 127 questions écrites sur le thème de l'enseignement depuis le début de la législature, et 388 d'entre eux — deux tiers de l'hémicycle — en ont signé au moins une. Le gouvernement en a répondu 749, soit deux sur trois, avec un délai moyen de 151 jours. Parmi les questions restées sans réponse figure celle de Julien Odoul, déposée le 19 mai 2026 et intitulée « Effondrement du niveau scolaire en France ». Celle d'Éric Michoux sur la baisse du niveau scolaire des élèves, déposée en septembre 2025, a pour sa part obtenu une réponse.

« Certains élèves stagnent au collège. C'est inacceptable ! La réussite ne doit pas être un privilège. J'ai voulu cet acte II du choc des savoirs afin qu'aucun élève ne reste au bord du chemin. »

Anne Genetet
Anne Genetet
EPR
Français établis hors de France (11)
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Cette déclaration date du 13 novembre 2024, alors qu'Anne Genetet était ministre de l'Éducation nationale. L'« acte II du choc des savoirs » qu'elle défendait ce jour-là devant les députés n'a jamais été soumis à leur vote : il relevait entièrement du pouvoir réglementaire.

Le seul texte sur l'école voté au Sénat attend toujours l'Assemblée

La chambre haute, elle, a bien adopté un texte de fond sur l'école. Le 5 mars 2025, les sénateurs ont voté à l'unanimité — 341 voix pour, aucune contre — la proposition de loi visant à protéger l'école de la République et les personnels qui y travaillent. Dix-huit mois plus tard, l'Assemblée nationale ne l'a jamais inscrite à son ordre du jour : aucun scrutin de la législature ne porte ce titre. Le texte rejoint les 132 propositions déjà votées par une chambre et en attente de l'autre à la veille de la session ordinaire.

« Sous couvert de nouvelles pédagogies, vous avez délégitimé l'autorité du professeur, affaibli l'objectivité du savoir et remplacé la transmission par l'animation, l'exigence par le laxisme. »

Vincent Trébuchet
Vincent Trébuchet
UDR
Ardèche (2)
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Ce que les députés ont effectivement voté

🍽️
Un cours d'alimentation
La loi du 16 février 2026 instaure à titre expérimental un enseignement obligatoire d'éducation à l'alimentation. Adoptée par 70 votants.
🛡️
Un cours de défense nationale
La proposition adoptée le 26 mars 2026 renforce l'enseignement de la défense dans le parcours de citoyenneté. 39 voix pour, 17 contre.
🏫
Les écoles rurales
La loi du 9 avril 2026 encadre les regroupements pédagogiques intercommunaux pour garantir l'accès à l'école en milieu rural.
🎓
La vie étudiante
Le repas à 1 euro et la réforme des bourses sur critères sociaux : deux textes sur les conditions de vie, aucun sur les études elles-mêmes.

Le vote le plus emblématique de cette législature scolaire reste celui du 16 février 2026. Ce jour-là, 68 députés ont rendu obligatoire un enseignement d'éducation à l'alimentation, sans une seule voix contre. Le détail du scrutin, groupe par groupe :

À noter : l'absence de vote ne signifie pas l'absence de politique éducative. Les programmes scolaires, les horaires disciplinaires, les groupes de besoins en français et en mathématiques relèvent du pouvoir réglementaire, et non de la loi. Le Parlement peut légiférer sur ces sujets, mais rien ne l'y oblige. C'est aussi ce partage des rôles que révèle le classement PISA : le levier principal sur le niveau des élèves ne passe pas par l'hémicycle.
Décembre 2023
Annonce du « choc des savoirs » : groupes de niveau en français et en mathématiques, révision des programmes. Mise en œuvre par arrêtés et circulaires.
13 novembre 2024
Anne Genetet, ministre de l'Éducation nationale, défend un « acte II du choc des savoirs » devant l'Assemblée. Aucun projet de loi ne suit.
5 mars 2025
Le Sénat adopte à l'unanimité (341 voix) la proposition de loi protégeant l'école de la République. L'Assemblée ne l'inscrira jamais à l'ordre du jour.
16 février 2026
70 députés instaurent un enseignement obligatoire d'éducation à l'alimentation à l'école.
19 mai 2026
Julien Odoul dépose une question écrite intitulée « Effondrement du niveau scolaire en France ». Elle est toujours sans réponse.
8 septembre 2026
PISA 2026 : la France 27e sur 91, 458 points en mathématiques, son plus bas niveau depuis le lancement de l'enquête.
1er octobre 2026
Ouverture de la session ordinaire. Aucun texte sur les apprentissages n'est inscrit à l'ordre du jour prévisionnel.

Vous pouvez consulter le détail de chacun de ces votes et savoir comment votre député s'est prononcé sur sa fiche personnelle, ou suivre les textes scolaires en cours de navette sur la page des lois. Les questions écrites déposées sur le niveau scolaire sont accessibles via la recherche.