- Députée Droite républicaine (LR) de la 3e circonscription de la Savoie (Albertville, Maurienne, Combe de Savoie) depuis 2017, réélue en 2022 puis en juillet 2024 face à la candidate du RN. Née le 2 août 1980 à Chambéry, 46 ans.
- Fille d'un chauffeur de taxi et d'une bouchère, diplômée de philosophie et de relations internationales (Iris), monitrice de ski ; ancienne attachée parlementaire du député savoyard Michel Bouvard, puis cadre à la Caisse des dépôts.
- Ancienne adjointe au maire de Montaimont et vice-présidente de la région Auvergne-Rhône-Alpes chargée de l'agriculture (2016-2017) ; toujours conseillère régionale.
- Membre de la commission des lois de l'Assemblée.
- Oratrice de son groupe sur le projet de loi de protection des enfants, adopté le 21 juillet 2026, où elle a défendu la perpétuité pour les viols en série sur mineurs.
- Depuis septembre 2026, rapporteure thématique de la commission spéciale sur la loi intégrale contre les violences sexuelles et sexistes, chargée du volet numérique, après Alexandra Martin (LR).
Faut-il punir quelqu'un qui fabrique, chez lui, un faux contenu pornographique à partir de la photo d'une personne, s'il ne le diffuse jamais ? Dans la « loi intégrale » contre les violences sexuelles et sexistes, en discussion à l'Assemblée depuis le 1er octobre, la réponse est oui, et elle porte la signature d'Émilie Bonnivard. En commission spéciale, la députée de la Savoie, rapporteure du volet numérique, a fait adopter un amendement qui rend punissable la seule création d'un « deepfake » sexuel sans le consentement de la personne représentée. À la tribune, elle a revendiqué d'aller au-delà de la ligne que le Conseil d'État aurait, selon elle, tracée. Son volet doit arriver dans l'hémicycle dans les prochains jours, avant le vote solennel prévu le 13 octobre. Portrait en données d'une élue LR qui a fait de l'enfance et des violences sexuelles son principal terrain depuis le début de la législature.
Le deepfake sexuel puni dès sa fabrication
Le code pénal punit déjà la diffusion d'un montage ou d'un contenu à caractère sexuel généré par l'intelligence artificielle à partir de l'image d'une personne, sans son accord (article 226-8-1). L'amendement n° 929 d'Émilie Bonnivard, cosigné par la rapporteure générale Céline Thiébault-Martinez et adopté en commission la semaine du 21 septembre, ajoute trois mots à cet article : le fait « de créer ou de produire ». L'objectif est, selon son exposé, de « sanctionner la seule création de contenu à caractère sexuel réalisé sans le consentement de la personne qui y est impliquée ou reproduite ». L'AFP a relevé ce point au moment du vote de la commission : le texte réprime désormais ces contenus dès leur création. Pour la séance, elle a déposé un nouvel amendement (n° 689) qui en fait une infraction distincte, punie d'un an d'emprisonnement et 30 000 euros d'amende.
Elle a fait adopter dans la même logique cinq autres amendements sur ce volet : la création d'un contenu pédopornographique devient punissable quel que soit l'âge du mineur (jusqu'ici, au-delà de 15 ans, il fallait prouver l'intention de le diffuser), un délit d'apologie des infractions sexuelles sur mineur est créé (cinq ans de prison), qui vise aussi les « guides » expliquant comment passer à l'acte, et la peine pour propositions sexuelles à un mineur de moins de 15 ans passe de deux à trois ans. Dans son discours du 1er octobre, elle a cité l'augmentation de 1 326 % des contenus pédocriminels générés par l'IA entre 2023 et 2024, et affirmé que dix-sept députés avaient été visés par des deepfakes pornographiques.
« Le Conseil d'État, dans l'avis qu'il a rendu sur le texte, nous indique qu'en respect du principe de liberté de création, nous ne pouvons pas interdire la création de ces contenus mais seulement leur diffusion. […] C'est inacceptable ! De plus, dès lors que le contenu est créé, le risque systémique qu'il soit diffusé est énorme. »
Séance publique du 1er octobre 2026, présentation de la loi intégrale par les rapporteurs.
Le même jour, en discussion générale, elle a aussi parlé d'elle : d'une tentative de viol et d'agressions sexuelles subies plus jeune, dont elle avait, dit-elle, « complètement intégré le fait que c'était normal de subir cela ». L'hémicycle s'est levé pour l'applaudir. Dans ce même discours, elle a rappelé que son groupe ne voterait pas en l'état l'article sur les femmes étrangères victimes de violences, qui « dépasse très largement » selon elle la seule protection des victimes. Dans la nuit du 1er au 2 octobre, elle a aussi obtenu que les cours criminelles départementales continuent de juger les viols : son amendement n° 625, cosigné par 46 députés et identique à plusieurs autres, a supprimé l'article que la commission avait ajouté pour les en exclure.
Les enfants d'abord, puis la montagne
Le détail des 354 amendements qu'elle a déposés en premier auteur depuis juillet 2024 montre où passe son énergie : plus d'un tiers porte sur le seul projet de loi de protection des enfants.
Sur ce projet de loi de protection des enfants, elle a déposé 126 amendements, dont 12 adoptés. Mais 68 ont été déclarés irrecevables, dont 19 parce qu'ils créaient une charge publique (article 40 de la Constitution) : plus de la moitié de ses propositions n'ont jamais été discutées. En séance, elle a surtout défendu la perpétuité pour les viols en série sur mineurs avec actes de torture ou de barbarie, finalement rejetée. Le texte a été adopté le 21 juillet 2026 par 378 voix, la gauche s'abstenant.
« Notre loi pénale doit être limpide à l'égard des violeurs d'enfants : l'impunité, c'est terminé. Une société ne peut tolérer que de tels crimes soient commis sur ses propres enfants. »
Séance publique du 21 juillet 2026, projet de loi relatif à la protection des enfants, à propos de la perpétuité pour les viols en série sur mineurs.
Son ancrage savoyard se lit dans ses autres textes : 21 amendements sur la loi de protection et de souveraineté agricoles, 10 sur la proposition de loi « pour une montagne vivante et souveraine » de Jean-Pierre Vigier, dont 2 adoptés ; en séance, elle a plaidé pour les éleveurs face au loup. Ses 24 questions écrites et 5 questions au gouvernement vont de l'électricité au secours en montagne, en passant par la presse agricole, les CCAS ou les propriétaires face aux squatteurs, et une question au gouvernement sur la mort de la petite Lyhanna. Sa seule proposition de loi en premier signataire vise à unifier les délais de dépôt des déclarations de succession ; elle n'a pas été examinée.
« Sans protection, les dégâts seraient dix fois pires, mais elle ne permet pas de faire baisser significativement la prédation parce que le nombre de loups et la pression qu'ils exercent augmentent. »
Séance publique du 26 mai 2026, à propos de la protection des troupeaux contre le loup.
Discipline et présence
Sur les 2 980 scrutins où son vote peut être comparé à la position majoritaire du groupe Droite républicaine, Émilie Bonnivard a voté comme son groupe 2 845 fois, soit 95,5 %. Elle s'en est écartée 135 fois.
Sa participation aux votes est au-dessus de la moyenne : elle a pris part à 2 980 des 8 535 scrutins publics de la législature, soit 34,9 %, quand la médiane des 607 députés de notre base est de 23,3 %. Elle se classe 120e sur 607. La plupart des scrutins publics portent sur des amendements votés devant quelques dizaines de députés, ce qui explique des taux bas pour tout le monde ; le classement complet est dans nos classements. Point faible : 35 de ses 354 amendements n'ont pas été défendus, faute d'elle ou d'un cosignataire présent au moment de leur appel, dont 16 sur le budget 2025. Côté discipline : aucun blâme ni rappel à l'ordre la concernant dans nos données.
Ses chantiers législatifs
Parcours express
Votes, amendements, questions : retrouvez toute l'activité d'Émilie Bonnivard sur sa fiche NosParlementaires, son travail sur la loi intégrale article par article, les portraits des autres rapporteurs, Céline Thiébault-Martinez, Marie-Charlotte Garin et Erwan Balanant, et comparez les députés entre eux dans nos classements.