Pourquoi ce sujet ? Le contexte en cinq points
  • Depuis le 17 septembre, des lycéens bloquent leurs établissements, d’abord en Île-de-France puis dans tout le pays. Ce lundi 5 octobre, les cours sont suspendus en tout ou partie dans 400 à 500 lycées, selon le ministère de l’éducation nationale.
  • Parmi les griefs : les professeurs absents et non remplacés, les postes non pourvus et l’état des bâtiments. Le gouvernement a ouvert cinq chantiers, dont le remplacement des absences, avec des décisions attendues d’ici le 31 octobre.
  • Le budget 2026 prévoyait 4 018 suppressions de postes d’enseignants titulaires, dont 3 256 dans le public (1 891 dans le premier degré, 1 365 dans le second) et 762 dans le privé sous contrat.
  • Le projet de budget 2027, présenté le 1er octobre, augmente les crédits de l’enseignement scolaire de 1,1 milliard d’euros mais retire encore 1 588 postes d’enseignants, dont 836 dans les collèges et lycées publics.
  • Le gouvernement invoque la démographie : 160 000 élèves de moins cette année, 180 000 de moins prévus à la rentrée 2027. L’Assemblée examine le budget en séance à partir du 13 octobre.

Il y a un an, l’Assemblée nationale s’était prononcée contre la suppression des postes d’enseignants du budget 2026, mais seulement en commission. Le 4 novembre 2025, la commission des affaires culturelles et de l’éducation adoptait un amendement socialiste pour « revenir sur la suppression des 4 000 enseignants ». Le 8 novembre, la commission des finances votait deux amendements communistes finançant le recrutement de 4 900 enseignants en 2026. Aucun de ces votes n’a survécu : la séance n’a jamais examiné ces crédits, le Sénat a confirmé les suppressions et le gouvernement a fait adopter le budget par l’article 49.3. Le projet de loi de finances pour 2027 en programme 1 588 de plus.

4 018
Postes d’enseignants supprimés au budget 2026
0
Vote des députés en séance sur ces postes
1 588
Suppressions prévues au budget 2027

En commission, deux votes contre les suppressions

À l’automne 2025, le sujet traverse presque tout l’hémicycle. Sur le projet de loi de finances pour 2026, nous avons recensé au moins 48 amendements déposés par des députés de sept groupes pour annuler ou compenser les suppressions de postes : Rassemblement national, socialistes, communistes, insoumis, écologistes, mais aussi Horizons et MoDem, deux groupes du bloc central.

Deux d’entre eux passent l’étape de la commission. Celui de Fatiha Keloua Hachi (Socialistes), adopté par la commission des affaires culturelles, transférait 52,5 millions d’euros des services administratifs du ministère vers les écoles, les collèges et les lycées. Ceux de Frédéric Maillot et Soumya Bourouaha (Gauche démocrate et républicaine), adoptés par la commission des finances, créaient un plan pluriannuel de recrutement : 1 600 professeurs des écoles et 3 300 enseignants du second degré dès 2026, pour 224 millions d’euros.

D’autres tombent. Les amendements du rapporteur spécial de la commission des finances sur l’enseignement scolaire, Anthony Boulogne (RN), qui rétablissaient les postes du premier degré pour 91,4 millions d’euros, sont rejetés, comme celui de Paul Vannier (LFI) sur les 4 018 postes. Béatrice Piron (Horizons) et Laurent Croizier (MoDem) retirent les leurs en commission avant de les redéposer pour la séance.

« La maison brûle, mais vous ne trouvez rien de mieux à faire que de supprimer plus de 4 000 postes d’enseignants pour la rentrée prochaine. »

En séance, 18 février 2026

Roger Chudeau
RN
Loir-et-Cher (2)
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En séance, le débat n’a jamais eu lieu

Ces amendements de commission n’avaient aucune valeur définitive : il fallait les faire adopter dans l’hémicycle. Or, le 21 novembre 2025, les députés rejettent la première partie du budget, celle des recettes, par 404 voix contre 1. Le texte part au Sénat sans que la seconde partie, qui fixe les crédits et les plafonds d’emplois de chaque ministère, ait été discutée en séance. Les amendements de Béatrice Piron, de Laurent Croizier ou d’Anthony Boulogne ne sont jamais appelés.

En nouvelle lecture, en janvier 2026, la commission des finances rejette cette fois les amendements de rétablissement, qu’ils viennent du RN, de LFI ou des socialistes. Puis le gouvernement engage sa responsabilité sur la seconde partie et l’ensemble du budget. Le 27 janvier, la motion de censure de la gauche obtient 267 voix, loin des 289 requises ce jour-là : 121 RN, 71 insoumis, 35 écologistes, 16 UDR, 14 communistes et 5 socialistes. Le budget est adopté avec ses suppressions de postes.

« Il s’agit d’une conséquence directe de la suppression de milliers de postes d’enseignants décidée dans votre projet de loi de finances pour 2026 et sur laquelle nous n’avons pas pu voter. »

En séance, 24 mars 2026

Thomas Portes
LFI-NFP
Seine-Saint-Denis (3)
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Au Sénat, le seul scrutin public sur ces postes

Un seul scrutin public a porté sur ces postes, et il a eu lieu au Sénat. Le 5 décembre 2025, Nathalie Delattre (RDSE) défend un amendement de 190,5 millions d’euros pour maintenir « les emplois concernés » et compenser « chaque suppression ». Il est rejeté par 205 voix contre 137. Les Républicains (128 voix contre), l’Union centriste (57 contre, 2 pour) et les Indépendants (20 contre) font bloc. Les socialistes, les communistes, les écologistes, le RDSE et le groupe macroniste RDPI votent pour.

2027 : 1 588 postes de moins, en pleine mobilisation lycéenne

Le budget 2027 réduit la voilure sans changer de logique. Selon les documents budgétaires cités par AEF info, la baisse du nombre d’élèves aurait justifié la reprise de plus de 9 600 emplois ; le ministère en reprend 3 644, en réaffecte 2 056 à l’accueil des élèves handicapés et à l’expérimentation d’une nouvelle carte scolaire dans dix-huit départements, soit un solde de 1 588 suppressions. Dans le public, 414 concernent le premier degré et 836 le second, c’est-à-dire les collèges et les lycées où se déroulent les blocages.

À droite aussi, des députés contestent le calcul, surtout pour les territoires ruraux, où chaque poste retiré peut fermer une classe.

« Il faut préserver, notamment en milieu rural, les acteurs opérationnels que sont les professeurs. Ils sont en première ligne devant les élèves et les familles et assurent de vrais liens avec le territoire. »

En séance, 12 mai 2026

Thierry Liger
DR
Orne (2)
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Ce que prévoit le budget 2027 pour l’école

💶
65,5 milliards d’euros
Crédits de la mission « Enseignement scolaire », en hausse de 1,1 milliard sur la loi de finances 2026.
🏫
1 588 enseignants en moins
Dont 1 250 dans le public : 414 dans les écoles, 836 dans les collèges et lycées.
🤝
1 300 AESH en plus
Créations de postes d’accompagnants d’élèves en situation de handicap.
🩺
900 personnels de protection
Assistants sociaux, infirmiers, psychologues et CPE, selon le ministère.
À noter : pour que les députés votent en séance sur les 1 588 suppressions de 2027, il faut d’abord qu’ils adoptent la première partie du budget, celle des recettes. Cela n’est arrivé ni pour le budget 2025 (rejetée par 362 voix contre 192 le 12 novembre 2024), ni pour le budget 2026. Sans adoption de la première partie, les crédits et les postes de l’éducation nationale ne sont jamais soumis au vote de l’hémicycle.

Chronologie

4 novembre 2025
La commission des affaires culturelles et de l’éducation adopte l’amendement socialiste qui revient sur les 4 000 suppressions.
8 novembre 2025
La commission des finances vote un plan de recrutement de 4 900 enseignants pour 2026.
21 novembre 2025
L’Assemblée rejette la première partie du budget 2026 par 404 voix contre 1 : la seconde partie n’est pas examinée.
5 décembre 2025
Le Sénat rejette l’amendement Delattre par 205 voix contre 137 et confirme les suppressions.
27 janvier 2026
49.3 sur la seconde partie : la motion de censure de la gauche obtient 267 voix et échoue.
17 septembre 2026
Premiers blocages de lycées en Île-de-France.
1er octobre 2026
Présentation du budget 2027 : 1 588 postes d’enseignants supprimés.
13 octobre 2026
Début de l’examen du budget 2027 en séance à l’Assemblée.

Votre député a-t-il déposé un amendement sur les postes d’enseignants ? Sa fiche détaille ses votes, ses amendements et ses interventions, comme celles de Anthony Boulogne ou de Fatiha Keloua Hachi. Le dossier du budget 2027 suivra chaque scrutin, et notre dossier sur les 88 articles du PLF les confronte aux votes passés. Sur les absences non remplacées, lire aussi notre article sur le rapport de l’Assemblée.