Pourquoi ce classement ? Le contexte en 5 points
  • 88 % des communes françaises sont classées rurales par l'Insee ; environ un Français sur trois y vit.
  • Depuis juin 2023, le plan « France Ruralités » promet un soutien renforcé aux campagnes ; le 1er juillet 2024, le zonage « France Ruralités Revitalisation » (FRR) a remplacé les anciennes zones de revitalisation rurale (ZRR).
  • « Qui défend la ruralité ? » fait partie des recherches régulièrement tapées sur NosParlementaires — sans qu'aucun article n'y réponde, jusqu'ici.
  • Pour y répondre, nous avons recensé toutes les questions au gouvernement dont le titre porte sur la ruralité : 421 questions posées entre octobre 2024 et août 2026, par 222 députés et sénateurs.
  • La question écrite ou orale est l'outil de terrain du parlementaire : sans portée contraignante, elle oblige — en théorie — le gouvernement à répondre publiquement.

Le premier défenseur de la ruralité au Parlement, si l'on en juge par les questions posées au gouvernement, ne siège pas à l'Assemblée nationale : c'est un sénateur. Hervé Maurey, centriste de l'Eure, a signé 18 questions « rurales » depuis octobre 2024 — deux fois et demie plus que le premier député du classement. Et son cas n'est pas isolé : sur la même période, les 348 sénateurs ont posé 231 questions sur la ruralité, contre 190 pour les 577 députés. Rapporté au nombre d'élus, un sénateur interpelle le gouvernement sur la ruralité deux fois plus souvent qu'un député.

421
questions « rurales » depuis oct. 2024
222
députés et sénateurs signataires
33 %
restées sans réponse

Le Sénat, chambre de la ruralité

Ce déséquilibre n'a rien d'un hasard : élus par les maires et les conseillers municipaux — dont l'écrasante majorité vient de communes rurales —, les sénateurs cultivent leur rôle de « chambre des territoires ». Le réflexe dépasse les questions : 1 929 amendements sénatoriaux évoquent le monde rural dans leur exposé des motifs, et 2 460 côté Assemblée sur la législature.

Sénat — questions « rurales » par groupe (oct. 2024 – août 2026)

Nombre de questions dont le titre porte sur la ruralité. L'Union Centriste (59 sièges) talonne LR (131 sièges).

LR
81
UC
69
SER
31
RDSE
16
LI-RT
15
CRCE-K
7
RDPI
6
NI
3
EST
3

Au Sénat, Les Républicains dominent en volume (81 questions), mais c'est l'Union Centriste qui écrase le classement en intensité : 69 questions pour 59 sièges, soit plus d'une question rurale par sénateur — le seul groupe des deux chambres à franchir ce seuil. Le groupe compte d'ailleurs quatre des cinq premiers du classement : Hervé Maurey (18 questions), Jean Hingray (Vosges, 9), Christine Herzog (Moselle, 8) et Jean-François Longeot (Doubs, 7), aux côtés du Républicain Bruno Belin (Vienne, 9).

Les thèmes d'Hervé Maurey dessinent le quotidien des campagnes : dotation « aménités rurales », fermetures de pharmacies, qualité du réseau mobile, logements vacants, bornes de recharge électrique — et jusqu'à l'« assignation à résidence » des habitants privés de transports, titre provocateur d'une question appuyée sur le baromètre des mobilités de l'association Wimoov.

« 14 % des sondés vivant en zone rurale indiquent ne posséder ni voiture, ni deux-roues motorisé, ni vélo, ni abonnement de transport en commun »

Hervé Maurey
Hervé Maurey
UC
Eure

À l'Assemblée : le RN en volume, les petits groupes en intensité

Assemblée nationale — questions « rurales » par groupe (17e législature)

Le RN domine en volume, mais rapporté au nombre de sièges, UDDPLR, LIOT et les non-inscrits font mieux.

RN
67
DR
23
LIOT
13
UDDPLR
13
HOR
13
EPR
11
LFI-NFP
10
DEM
10
NI
10
SOC
9
ECOS
6
GDR
5

Côté Assemblée, le Rassemblement National arrive largement en tête en volume : 67 questions rurales, soit plus du tiers du total. Mais le groupe est aussi le plus nombreux (122 sièges) : rapporté au siège, il est devancé par les non-inscrits (une question par député, portées notamment par Philippe Bonnecarrère), par l'UDDPLR d'Éric Ciotti (13 questions pour 17 sièges) et par le groupe LIOT (13 pour 23), où Yannick Favennec-Bécot (Mayenne) défend bocage et propriétés forestières.

Le contraste est net avec le bloc central et la gauche : le groupe EPR, celui du socle gouvernemental, affiche le plus faible ratio des deux chambres (11 questions pour 90 députés), et les quatre groupes de gauche réunis — LFI, socialistes, écologistes, GDR — totalisent 30 questions pour 194 sièges. La défense de la ruralité par la question au gouvernement est, à l'Assemblée, un registre massivement investi par le RN, la droite et les indépendants.

Le premier député du classement illustre la mécanique : Julien Guibert, élu RN de la Nièvre, a signé 7 questions rurales, presque toutes ancrées dans son département — déserts médicaux, urgences fermées, routes dégradées, cambriolages, boîtes aux lettres supprimées, cimetières communaux. Derrière lui : Delphine Lingemann (DEM, Puy-de-Dôme, 5 questions), puis un peloton à 4 questions où voisinent Sophie Pantel (SOC, Lozère), Julien Brugerolles (GDR, Puy-de-Dôme), Éric Michoux (UDDPLR, Saône-et-Loire), Catherine Rimbert (RN, Vaucluse), Graziella Melchior (EPR, Finistère), Yannick Favennec-Bécot (LIOT, Mayenne) et Philippe Bonnecarrère (NI, Tarn). Point commun frappant : tous, sans exception, sont élus de circonscriptions rurales ou de petites villes.

« Depuis plusieurs mois, les habitants de la Nièvre sont confrontés à des fermetures à répétition des services d'urgence, notamment ceux de Decize et de Nevers, ainsi que des services mobiles d'urgence et de réanimation (SMUR) »

Julien Guibert
Julien Guibert
RN
Nièvre (2)
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Dotations, santé, école : le tiercé des inquiétudes

De quoi parlent les questions « rurales » ?

Questions AN + Sénat par sous-thème (mots-clés du titre, catégories non exclusives).

Dotations, fiscalité, zonages
58
Santé, déserts médicaux
53
École, carte scolaire
52
Sécurité, gendarmerie
17
Mobilité, routes
16
Logement, bâti
14
Numérique, téléphonie
10

Trois sujets dominent nettement. D'abord l'argent : dotations, fiscalité et zonages (58 questions), un registre surtout sénatorial — critères du nouveau zonage FRR, dotation de solidarité rurale, fonds de péréquation... et une obsession partagée dans les deux chambres, le nouveau recensement de la voirie communale à partir de la base topographique de l'IGN, qui ampute les dotations des communes aux nombreux chemins non revêtus. Viennent ensuite la santé (53 questions : déserts médicaux, pharmacies, urgences) et l'école (52 questions : fermetures de classes, carte scolaire, regroupements pédagogiques).

À l'Assemblée, le premier destinataire est logiquement le ministère de l'aménagement du territoire et de la décentralisation (23 questions), devant l'Intérieur (19) et l'Éducation nationale (23 en cumulant ses périmètres successifs).

« Dans de nombreux territoires ruraux, la diminution du nombre d'élèves se traduit aujourd'hui par des fermetures de classes et des suppressions de postes, répondant à une logique essentiellement comptable d'ajustement des moyens »

Julien Brugerolles
Julien Brugerolles
GDR
Puy-de-Dôme (5)
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Ce que le Parlement a voté — et ce qui attend

🍷
Bistrots ruraux
La proposition de loi simplifiant l'ouverture des débits de boissons en zone rurale a été adoptée par l'Assemblée le 10 mars 2025, par 149 voix contre 2.
🏫
Écoles et regroupements
La proposition de loi encadrant les regroupements pédagogiques intercommunaux a été votée à l'Assemblée le 9 avril 2026 (132 pour, 0 contre) — elle attend toujours son examen au Sénat.
🏚️
Bâti rural
La proposition de loi visant à remobiliser le bâti rural — granges et corps de ferme transformables en logements — a été adoptée par le Sénat le 10 juin 2026, par 341 voix contre 1.
🗺️
Zonage FRR
Issu de la loi de finances pour 2024, le zonage « France Ruralités Revitalisation » couvre depuis juillet 2024 près de 17 700 communes, avec exonérations fiscales et sociales à la clé. Ses critères d'éligibilité alimentent toujours les questions.

Le vote sur les bistrots ruraux donne la mesure du consensus politique sur ces textes : 149 voix pour, 2 contre — les écologistes Alexis Corbière et Hendrik Davi. Le détail du scrutin, groupe par groupe :

À noter : un tiers des 421 questions rurales n'a jamais reçu de réponse du gouvernement. Certains élus en sont réduits à reposer inlassablement la même question : Hervé Maurey a redéposé quatre fois, entre avril 2024 et janvier 2025, sa question sur l'accord préalable du maire avant toute fermeture d'école — les « rappels » pour absence de réponse font partie des questions comptabilisées ici, et disent autant l'insistance des élus que le silence de l'exécutif.

Deux ans de ruralité au Parlement

15 juin 2023
Le gouvernement lance le plan « France Ruralités » : ingénierie pour les petites communes, dotation « aménités rurales », soutien aux mobilités.
1er juillet 2024
Le zonage France Ruralités Revitalisation (FRR) remplace les ZRR ; ses critères deviennent aussitôt un des premiers sujets de questions au gouvernement.
10 mars 2025
L'Assemblée adopte la proposition de loi sur les débits de boissons en zone rurale (149 pour, 2 contre).
9 avril 2026
L'Assemblée vote sans opposition (132 pour, 25 abstentions) l'encadrement des regroupements pédagogiques intercommunaux, transmis au Sénat.
10 juin 2026
Le Sénat adopte la proposition de loi sur le bâti rural (341 pour, 1 contre).
Automne 2026
Le budget 2027 remettra en jeu dotations rurales, zonage FRR et crédits des mobilités — sous l'œil des 222 parlementaires de ce classement.

Votre député ou votre sénateur figure-t-il parmi ceux qui portent la voix des campagnes ? Retrouvez ses questions, ses votes et son activité complète sur sa fiche NosParlementaires — et interpellez-le directement depuis le site.