Pourquoi ce sujet ? Le contexte en six points
  • Les sapeurs-pompiers volontaires (SPV) forment l'ossature des secours en France : 200 961 volontaires au 31 décembre 2025, soit environ 78 % des 258 641 sapeurs-pompiers du pays. Un SPV n'est pas un salarié : il a un métier ailleurs et part en intervention sur son temps disponible.
  • Depuis quarante ans, la fédération nationale (FNSPF) réclame une contrepartie retraite. L'engagement a été pris par Emmanuel Macron à Marseille en 2021, puis inscrit dans la loi : l'article 24 de la loi du 14 avril 2023 de financement rectificative de la sécurité sociale — la réforme des retraites.
  • Le décret d'application, lui, a mis trente-trois mois à sortir. Publié le 20 janvier 2026, il ne s'applique qu'aux pensions prenant effet à partir du 1er juillet 2026.
  • Entre-temps, les députés ont voté deux textes sur le volontariat du secours : une croix de la valeur des sapeurs-pompiers (15 mai 2025) et une valorisation de la réserve communale de sécurité civile (3 avril 2025).
  • Attention à ne pas confondre : la réserve communale de sécurité civile est composée de bénévoles civils placés sous l'autorité du maire — logistique, alerte, soutien à la population. Ce ne sont pas des pompiers. Il n'en existait que 700 pour 35 000 communes au moment du débat.
  • Aucun de ces deux textes n'est entré en vigueur : les deux attendent leur examen au Sénat depuis avril et mai 2025. Le budget des SDIS, lui, fait l'objet d'un autre bras de fer, déjà raconté ici : ce que les députés ont voté pour les SDIS.

C'est la mesure la plus concrète obtenue par les sapeurs-pompiers volontaires depuis des années, et elle est entrée en application il y a six semaines. Le décret n° 2026-18 du 20 janvier 2026 accorde aux SPV une majoration de leur durée d'assurance retraite selon leur ancienneté : un trimestre à partir de dix ans d'engagement, deux à partir de vingt ans, trois à partir de vingt-cinq. La mesure ne vaut que pour les pensions prenant effet à compter du 1er juillet 2026. Entre le vote de la loi qui la prévoyait — avril 2023 — et sa traduction réglementaire, il s'est écoulé trente-trois mois, pendant lesquels les députés ont posé la question en séance à plusieurs reprises.

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trimestre après 10 ans
2
trimestres après 20 ans
3
trimestres après 25 ans

Un trimestre après dix ans : ce que dit le décret, ce qu'espéraient les députés

Le barème est mesuré. Un trimestre pour dix ans d'engagement, c'est très en deçà de ce que décrivaient certains députés lors des débats du printemps 2025. Le 3 avril 2025, dans l'hémicycle, Ségolène Amiot (LFI-NFP) évoquait « une bonification de plusieurs trimestres de retraite pour dix années d'engagement » et réclamait la publication du décret. Le même soir, Damien Maudet (LFI-NFP) posait la question en des termes très directs : « combien de trimestres de retraite seront octroyés ? Au bout de combien de temps d'engagement ? », avant d'ajouter : « Le gouvernement ne doit pas faire de la rétention sur les décrets une fois que les lois sont votées. »

« Je répète que la meilleure des reconnaissances, ce serait d'appliquer effectivement la disposition que nous avons adoptée collectivement, à savoir une bonification de plusieurs trimestres de retraite pour dix années d'engagement — on ne parle pas de cinq minutes par-ci par-là. Monsieur le ministre, quand le décret d'application sera-t-il enfin publié ? »

Ségolène Amiot
LFI-NFP
Loire-Atlantique (3)
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Le ministre s'était engagé ce soir-là. Six semaines plus tard, le 15 mai 2025, le député Jean Moulliere (HOR) saluait en séance « l'annonce du ministre, de la publication d'ici fin juin du décret sur la bonification des trimestres de retraite des sapeurs-pompiers volontaires ». Le décret est finalement paru le 20 janvier 2026, sept mois après l'échéance annoncée, et il n'ouvre des droits qu'à partir du 1er juillet 2026.

À noter : la bonification ne concerne que les sapeurs-pompiers volontaires. Les bénévoles de la réserve communale de sécurité civile, dont les députés ont justement débattu en avril 2025, n'ont rien obtenu de tel : l'amendement demandant un simple rapport sur l'extension de trimestres à ces bénévoles a été rejeté par 61 voix contre 29, avec 57 abstentions.

Le 3 avril 2025 : vingt scrutins publics sur le même texte

Ce jour-là, l'Assemblée examine dans la niche du groupe Horizons la proposition de loi de Didier Lemaire (HOR, Haut-Rhin) visant à valoriser la réserve communale de sécurité civile. Le texte est consensuel : il assouplit les conditions dans lesquelles un maire peut créer et mobiliser sa réserve. « Nous partons de loin, avec 700 réserves pour quelque 35 000 communes », résume le rapporteur en fin de séance. Le vote sur l'ensemble le confirme : 161 voix pour, aucune contre, les onze groupes de l'Assemblée et les non-inscrits alignés.

Mais l'unanimité s'arrête au texte. Vingt scrutins publics sont demandés dans la journée sur cette seule proposition de loi : huit sur les articles et sur l'ensemble — tous adoptés — et douze sur des amendements. Sur ces douze amendements, un seul a été adopté. Les sept amendements déposés par Bérenger Cernon (LFI-NFP) et soumis au vote ont tous été rejetés.

Les douze amendements soumis à un scrutin public le 3 avril 2025
n° 43RNJulien RancouleRejeté
Supprimer l'alinéa qui étend le contrat d'engagement au-delà du réserviste
33 pour · 56 contre · 1 abstention — détail du scrutin
n° 15LFI-NFPBérenger CernonRejeté
Inscrire la nature des missions, et pas seulement leur durée, dans le contrat
28 pour · 41 contre · 32 abstentions — détail du scrutin
s.-amdt n° 49RNJulien RancouleRejeté
Former obligatoirement les réservistes aux gestes de premiers secours
39 pour · 67 contre · 3 abstentions — détail du scrutin
n° 35RNJulien RancouleRejeté
Placer les réservistes sous la coordination du commandant des opérations de secours
39 pour · 68 contre · 1 abstention — détail du scrutin
n° 32RNJulie LechanteuxAdopté
Ouvrir l'engagement aux mineurs dès 16 ans avec accord des parents
68 pour · 33 contre · 12 abstentions — détail du scrutin
n° 19LFI-NFPBérenger CernonRejeté
Obliger l'employeur à notifier son refus dans les 48 heures
20 pour · 92 contre · 16 abstentions — détail du scrutin
n° 20LFI-NFPBérenger CernonRejeté
Version de repli du précédent : 72 heures au lieu d'une semaine
21 pour · 89 contre · 18 abstentions — détail du scrutin
n° 21 rect.LFI-NFPBérenger CernonRejeté
Transformer l'accord de l'employeur en droit à une autorisation d'absence
22 pour · 105 contre · 0 abstention — détail du scrutin
n° 22LFI-NFPBérenger CernonRejeté
Créer un congé spécial supplémentaire pour les réservistes mobilisés
21 pour · 106 contre · 0 abstention — détail du scrutin
n° 44RNAlexandre DufossetRejeté
Inscrire la réserve communale dans le plan communal de sauvegarde
40 pour · 67 contre · 3 abstentions — détail du scrutin
n° 25LFI-NFPBérenger CernonRejeté
Demander un rapport sur les moyens humains et financiers de la sécurité civile
24 pour · 63 contre · 56 abstentions — détail du scrutin
n° 24LFI-NFPBérenger CernonRejeté
Demander un rapport sur des trimestres de retraite pour les bénévoles
29 pour · 61 contre · 57 abstentions — détail du scrutin
Un seul adopté sur douze. Les huit autres scrutins de la journée portaient sur les articles et sur l'ensemble du texte : tous adoptés, aucune voix contre sauf huit sur l'article premier.

Le vote qui compte pour un bénévole : pouvoir quitter son travail

Derrière la technique, un enjeu unique revient dans presque tous les amendements rejetés : la relation avec l'employeur. Aujourd'hui, l'article L. 724-7 du code de la sécurité intérieure prévoit que le réserviste « doit obtenir l'accord de son employeur » et que le refus motivé lui est notifié « dans la semaine ». Bérenger Cernon proposait d'inverser la charge : transformer cet accord en droit à une autorisation d'absence, l'employeur conservant la possibilité de refuser par décision motivée. L'amendement a été rejeté par 105 voix contre 22. Seuls LFI-NFP, les écologistes et le GDR l'ont soutenu ; RN, EPR, HOR, DEM, DR, SOC et UDDPLR ont voté contre. Un amendement de repli créant un congé spécial supplémentaire a subi le même sort, 106 contre 21.

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Le rapporteur a défendu son refus au nom d'un équilibre : « d'un côté, la continuité de l'activité économique, l'employeur gardant la possibilité de refuser l'absence demandée ; de l'autre, la nécessité […] de pouvoir intervenir rapidement en cas de crise grave ». Il a finalement fait retenir un délai de notification de quarante-huit heures en cas de danger grave et imminent, contre vingt-quatre heures réclamées par la gauche et les écologistes. Mais le débat a fait apparaître un obstacle plus terre à terre, soulevé par un député du camp gouvernemental.

« On part du principe que le réserviste informe son employeur. Or ce n'est pas le cas de 30 % d'entre eux, qui préfèrent poser un jour de congé, par peur de la réaction de leur employeur, par crainte d'être discriminés. C'est le cas aussi bien chez les pompiers qu'au sein des trente-cinq réserves existantes, y compris les communales. C'est un vrai problème. »

Christophe Blanchet
DEM
Calvados (4)
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Sandra Regol (ECOS) a pointé le même angle mort en creux : « si nous voulons recruter au-delà des retraités et des chômeurs, il nous faut, d'une part, sécuriser les rôles, les missions et les durées de mobilisation des bénévoles et, d'autre part, garantir aux employeurs que les interventions de leurs salariés bénévoles sont limitées dans le temps. Dans le cas des pompiers volontaires, certains employeurs renâclent à les libérer. » Ses amendements plafonnant les mobilisations, comme ceux instaurant une formation obligatoire aux gestes de premiers secours, n'ont pas été retenus — elle rappelait au passage que « seulement 40 % de la population est formée aux gestes de premiers secours, alors que la moyenne européenne est de 80 % ».

L'unique amendement adopté est un amendement RN, contre le groupe du gouvernement

Le seul des douze amendements à franchir l'obstacle du scrutin public vient de Julie Lechanteux (RN, Var) : il inscrit dans la loi la possibilité, pour un mineur de seize ans au moins, de s'engager dans la réserve avec l'accord écrit de ses représentants légaux. Le rapporteur y était favorable, estimant que « cette possibilité est encore méconnue ». Il a été adopté par 68 voix contre 33 et 12 abstentions — mais la coalition qui l'a fait passer n'est pas celle du gouvernement : les 40 députés RN présents ont voté pour sans exception, rejoints par 20 élus Horizons, tandis que le groupe Ensemble pour la République a voté contre à 10 voix sur 11 et que les socialistes s'y sont opposés en bloc (18 contre). Les députés MoDem se sont abstenus.

Amendement Lechanteux (RN) sur l'engagement des mineurs dès 16 ans — vote par groupe, 3 avril 2025
Pour
Contre
Abstention
RN
40
HOR
24
SOC
18
EPR
11
DEM
7
DR
5
UDDPLR
3
LIOT
2
ECOS
2
GDR
1
Adopté par 68 voix contre 33 et 12 abstentions. Le groupe du gouvernement (EPR) a voté contre à 10 voix sur 11, malgré l'avis favorable du rapporteur.

Le RN a été le groupe le plus actif du débat en volume d'amendements, mais c'est son seul succès : sur les cinq amendements RN soumis à un scrutin public, quatre ont été rejetés. Les trois portés par Julien Rancoule (Aude) — formation aux gestes de premiers secours, chaîne de commandement, durée d'engagement — sont tombés entre 33 et 39 voix pour, contre 56 à 68.

« Nombre de bénévoles sont retraités, d'autres sont chômeurs, d'autres encore peuvent être des jeunes qui ont du temps à donner pendant les vacances scolaires. C'est pourquoi limiter l'engagement des bénévoles à vingt jours par an ne paraît pas pertinent. »

Julien Rancoule
RN
Aude (3)
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Ce que les deux textes changeraient (s'ils étaient promulgués)

🎖️
Une croix de la valeur
La proposition de loi de Stéphane Viry (LIOT, Vosges) crée une distinction pour les sapeurs-pompiers volontaires et professionnels ayant accompli un acte de bravoure. Adoptée le 15 mai 2025 par 120 voix contre 0 : tous les groupes ont voté pour, sans une seule abstention.
🏘️
Des réserves communales plus faciles à créer
Le texte Lemaire supprime le plafond de quinze jours de mobilisation par an, allège le contenu du contrat d'engagement et vise à faire passer les réserves de 700 à un maillage plus dense des 35 000 communes.
⏱️
48 heures pour l'employeur
En cas d'événement grave et imminent, l'employeur devra notifier son refus dans les quarante-huit heures, au lieu d'une semaine aujourd'hui. La gauche demandait vingt-quatre heures, le RN soixante-douze : c'est le compromis du rapporteur qui est resté.
🎓
L'engagement valorisé au lycée
L'article 3 prévoit qu'un lycéen engagé comme sapeur-pompier volontaire ou réserviste communal reçoive une attestation valorisant les compétences acquises. Un amendement écologiste a étendu le dispositif aux autres réserves civiques.

Et depuis ? Rien

C'est le point le plus rarement dit. La proposition de loi sur la réserve communale a été adoptée par l'Assemblée le 3 avril 2025 en procédure accélérée et transmise au Sénat le même jour. Celle sur la croix de la valeur l'a été le 15 mai 2025. Seize mois plus tard, aucune des deux n'a été inscrite à l'ordre du jour du Sénat : les dossiers législatifs des deux textes n'affichent, au stade « première lecture Sénat », que la mention de leur transmission. Notre base ne recense aucun scrutin du Sénat sur l'un ou l'autre. La médaille votée à l'unanimité par les députés n'existe donc pas, et le plafond de quinze jours qu'ils ont supprimé s'applique toujours.

Octobre 2021
Au congrès des sapeurs-pompiers de Marseille, une bonification de retraite pour les volontaires est annoncée.
14 avril 2023
L'article 24 de la loi de financement rectificative de la sécurité sociale — la réforme des retraites — inscrit la majoration de durée d'assurance des SPV dans la loi. Il faut un décret pour l'appliquer.
3 avril 2025
Vingt scrutins publics à l'Assemblée sur la réserve communale de sécurité civile. Texte adopté 161-0 ; un seul des douze amendements votés est adopté. Le ministre s'engage sur le décret retraite.
15 mai 2025
La croix de la valeur des sapeurs-pompiers est adoptée par 120 voix contre 0. La publication du décret est annoncée « d'ici fin juin ».
20 janvier 2026
Publication du décret n° 2026-18 : un trimestre après dix ans, deux après vingt, trois après vingt-cinq. Trente-trois mois après la loi.
1er juillet 2026
Entrée en application : la majoration ne vaut que pour les pensions prenant effet à partir de cette date.
Aujourd'hui
Les deux propositions de loi adoptées par l'Assemblée n'ont toujours pas été examinées par le Sénat.

Vous voulez savoir ce que votre député a voté sur le droit d'absence des réservistes, sur l'engagement des mineurs ou sur les moyens de la sécurité civile ? Chaque scrutin est détaillé nom par nom sur sa fiche. Vous pouvez aussi lui écrire directement depuis le site — et lui demander, par exemple, pourquoi la croix de la valeur qu'il a votée à l'unanimité attend toujours au Sénat. Pour le volet budgétaire, voir aussi notre enquête sur le financement des SDIS et le décryptage des votes du RN sur les pompiers.