Pourquoi on en parle ? Le contexte en 5 points
  • L'État finance chaque soir environ 203 000 places d'hébergement (centres d'urgence, centres de réinsertion, chambres d'hôtel), ouvertes à toute personne en détresse, sans condition de statut. Le 115 et les services d'orientation (SIAO) attribuent ces places.
  • Selon le gouvernement lui-même, 54,3 % seulement des demandes d'hébergement adressées à ces services ont débouché sur une place en 2025.
  • Fin juillet, la Fédération des acteurs de la solidarité (FAS) a dénoncé « la suppression de 10 000 places d'hébergement » d'ici la fin de 2026, faute de crédits pour finir l'année.
  • Le budget 2027, en discussion à l'Assemblée, promet l'inverse : 190 millions d'euros de plus et le maintien du parc à 203 000 places.
  • Ce jeudi 15 octobre à midi, les associations, à l'appel de l'Uniopss et de la FAS, se rassemblent place Jacques-Bainville, à deux pas de l'Assemblée.

Les associations qui gèrent l'hébergement d'urgence manifestent ce jeudi 15 octobre devant l'Assemblée nationale, où les députés examinent le budget 2027. Sur le papier, le texte du gouvernement leur donne raison : 3,26 milliards d'euros pour l'hébergement et l'insertion des personnes sans abri, 190 millions de plus qu'en 2026. Sur le terrain, elles décrivent des fermetures de places depuis l'été. Et les députés n'ont jamais voté ces crédits : depuis juillet 2024, aucun scrutin de l'Assemblée n'a porté sur la mission qui les porte.

54,3 %
des demandes d'hébergement satisfaites en 2025
203 000
places promises pour 2027
0
vote des députés sur ces crédits depuis 2024

Le budget 2027 : 190 millions de plus, une place qui coûte moins

Le projet annuel de performances du programme « Hébergement, parcours vers le logement et insertion des personnes vulnérables », annexé au budget, chiffre l'enveloppe à 3,261 milliards d'euros en crédits de paiement, dont 2,3 milliards pour l'hébergement. La hausse sur 2026 (+190 millions) doit, selon le document, « crédibiliser le financement du maintien du parc d'hébergement » : un aveu que le budget de l'année en cours ne suffisait pas. Le ministère l'avait déjà reconnu début mars, en réponse au député Paul-André Colombani (LIOT) : 110 millions avaient été ajoutés en 2026 « afin de mieux rapprocher le budget des besoins réels ».

Le même document montre une autre tendance : le financement d'une place d'hébergement d'urgence a progressé de 6,2 % entre 2021 et 2025, moins vite que les prix, soit un recul de 6,5 % une fois l'inflation retirée. « Les efforts menés avec les gestionnaires sur la maîtrise des coûts seront poursuivis », prévient le texte. L'objectif de réponse, lui, reste quasi stable : 55 % des demandes satisfaites visés en 2027, après 54,9 % en 2024 et 54,3 % en 2025.

Les députés ne se sont prononcés qu'indirectement, sur l'ensemble du budget de fin de gestion 2025, un texte qui rectifiait les crédits de l'année. Charles de Courson (LIOT) y relevait « 120 millions pour l'hébergement d'urgence, quand il en faudrait à peu près le double pour maintenir le nombre de places ». Rejeté en première lecture par 145 voix contre 107, le RN et LFI votant contre, le texte a été adopté début décembre 2025 après accord entre députés et sénateurs, par 217 voix contre 213.

« Que davantage de gens soient à la rue, que des handicapés ne se voient pas verser leur allocation, est-ce bien ce que vous voulez ? Ce n'est pas raisonnable. »

En séance, sur le budget de fin de gestion 2025, le 17 novembre 2025

Charles de Courson
LIOT
Marne (5)
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Sur le terrain : des places fermées depuis l'été

« En plein cœur de l'été 2026, le Gouvernement a en effet annoncé aux associations gestionnaires de l'hébergement d'urgence une baisse des moyens alloués », écrit Sophie Taillé-Polian (écologiste, Val-de-Marne) dans une question écrite du 8 septembre. Une semaine plus tard, trois députés LFI détaillent les effets dans leurs départements. Dans le Bas-Rhin, Emmanuel Fernandes cite une annonce des services de l'État : plus de 1 700 places supprimées d'ici la fin de l'année, dont 822 pour des ménages sans droit au séjour complet et 500 à l'hôtel (sa question). Dans le Val-de-Marne, Clémence Guetté rapporte l'arrêt de la prise en charge des ménages logés à l'hôtel depuis plus de quatre ans, soit 1 200 personnes (sa question). Hadrien Clouet rappelle que 2 355 enfants étaient sans domicile à la rentrée, selon le baromètre de la FAS et de l'Unicef (sa question).

Le Samusocial de Paris, qui rejoint le rassemblement, parle de « coupes budgétaires brutales en cours d'année », « allant jusqu'à 10 % ». Les nuitées d'hôtel sont en première ligne des fermetures signalées par les députés : elles représentaient 63 384 des 205 341 places du parc au 31 décembre 2025.

« Oui, les centres d'hébergement d'urgence et le 115 sont saturés depuis des décennies, quelles que soient les politiques migratoires en place. »

En séance, sur la proposition de loi contre le sans-abrisme des mineurs, le 11 décembre 2025

Marie Mesmeur
LFI-NFP
Ille-et-Vilaine (1)
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47 questions au gouvernement, aucune du camp présidentiel

Depuis octobre 2024, nous avons recensé 47 questions de députés au gouvernement sur l'hébergement d'urgence ou les personnes à la rue, posées par 32 élus. LFI en a posé 19, les socialistes 16, les écologistes 7, le RN 2, la Gauche démocrate et républicaine, la Droite républicaine et LIOT une chacun. Aucune n'est venue d'Ensemble pour la République, des Démocrates, d'Horizons ni de l'UDR.

Les réponses tardent. Sur les 14 questions écrites ou orales posées en 2026 (les questions au gouvernement reçoivent, elles, une réponse immédiate en séance), 10 sont sans réponse, dont cinq déposées entre janvier et juin, au-delà du délai de deux mois, prolongeable d'un mois, que fixe le Règlement de l'Assemblée : celles d'Antoine Léaument (13 janvier), de Sandrine Runel (24 février), d'Abdelkader Lahmar (10 mars), de Thierry Sother (28 avril) et de Nathalie Oziol (23 juin). Quand elles arrivent, elles se ressemblent : la réponse à Nathalie Oziol sur l'Hérault et celle à Paul-André Colombani sur la Corse reprennent le même texte, au chiffre près des personnes relogées depuis 2018 (710 000 dans l'une, 775 000 dans l'autre). En séance, le 7 janvier, le ministre du Logement Vincent Jeanbrun avait répondu à Emmanuel Fernandes : « votez pour le budget ! » (la question au gouvernement).

La circulaire du 26 mai, ligne de fracture

Le budget 2027 compte sur une circulaire du 26 mai 2026, signée par les ministres de l'Intérieur et du Logement, pour « la fluidité du parc d'hébergement » : elle demande aux préfets de régler plus vite la situation administrative des étrangers hébergés qui remplissent les conditions d'un titre de séjour, et de proposer l'aide au retour aux autres. Le RN y voit une porte ouverte vers le logement social pour les étrangers. À gauche, les députés dénoncent à l'inverse un tri des personnes hébergées selon leur statut administratif, comme les 822 places de « ménages à droit incomplet » visées dans le Bas-Rhin. Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a répondu qu'elle n'est « absolument pas créatrice de droits ».

« Le 26 mai, avec le ministre de la ville, vous avez signé une circulaire que les Français n'ont pas vue passer, mais dont ils paieront le prix. »

Question au gouvernement, 24 juin 2026

Théo Bernhardt
RN
Bas-Rhin (8)
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Enfants à la rue : la loi votée attend le Sénat depuis 308 jours

Côté loi, l'Assemblée a adopté la proposition de loi d'Emmanuel Grégoire (socialiste, Paris) pour protéger les mineurs isolés et lutter contre le sans-abrisme. Adoptée le 11 décembre 2025 par 144 voix contre 100, avec la gauche pour et le RN, le bloc central, la Droite républicaine et l'UDR contre, elle a été transmise au Sénat le jour même. Elle n'y a ni commission saisie ni rapporteur affichés sur le dossier du Sénat, 308 jours plus tard (notre enquête de septembre).

Où vont les 3,26 milliards en 2027

🛏️
Hébergement d'urgence : 1,45 milliard
Centres d'urgence, nuitées d'hôtel et places temporaires (gymnases en hiver ou en canicule), ouverts sans condition.
🏠
Centres de réinsertion (CHRS) : 846 millions
Hébergement avec accompagnement social, emploi et santé. Inclut les places d'urgence passées sous ce statut en 2026.
🔑
Logement adapté : 647 millions
Pensions de famille, intermédiation locative, « Un chez-soi d'abord » : la sortie vers le logement, cœur du plan Logement d'abord.
📞
115, maraudes, accueils de jour : 273 millions
La veille sociale : 538 accueils de jour et 360 équipes mobiles financés par l'État, et les SIAO qui gèrent le 115.
Comment ça marche : les crédits de l'hébergement d'urgence se votent dans la seconde partie du budget, mission « Cohésion des territoires », examinée en séance entre le 27 octobre et le 16 novembre. Elle n'est discutée que si les députés adoptent d'abord la première partie, celle des recettes, le mardi 20 octobre. Pour 2025 et 2026, cette première partie a été rejetée (362 voix contre 192 le 12 novembre 2024, 404 contre 1 le 21 novembre 2025) : les crédits ont été fixés au Sénat, en commission mixte paritaire, puis par le 49.3. Le calendrier du budget →

Les dates

12 novembre 2024
L'Assemblée rejette la première partie du budget 2025 : ses missions, dont l'hébergement, ne sont pas examinées.
21 novembre 2025
Même scénario pour le budget 2026, par 404 voix contre 1.
11 décembre 2025
La loi contre le sans-abrisme des mineurs isolés est adoptée par 144 voix contre 100 et transmise au Sénat.
7 janvier 2026
Pendant la vague de froid, le ministre du Logement annonce 4 500 places supplémentaires et lance aux députés : « votez pour le budget ! »
26 mai 2026
Circulaire sur la situation administrative des étrangers hébergés.
28 juillet 2026
La FAS dénonce la suppression de 10 000 places d'ici la fin de l'année.
8-15 septembre 2026
Quatre députés interrogent le ministre du Logement sur les fermetures. Pas de réponse à ce jour.
15 octobre 2026
Rassemblement des associations de solidarité place Jacques-Bainville, près de l'Assemblée.
20 octobre 2026
Vote sur la première partie du budget 2027. S'il est négatif, les crédits de l'hébergement ne seront pas débattus par les députés.
27 octobre - 16 novembre 2026
Seconde partie du budget, mission par mission, dont la « Cohésion des territoires ».

Votre député a-t-il interrogé le gouvernement sur l'hébergement d'urgence ? Retrouvez toutes ses questions et ses votes sur sa fiche, ou cherchez qui en parle à l'Assemblée. Le détail du budget 2027, article par article, est dans notre dossier.