- François Patriat, sénateur de la Côte-d'Or depuis 2008, est mort le 19 août 2026 à 83 ans, des suites d'un accident de vélo survenu le 17 juillet à Pouilly-en-Auxois.
- Ancien ministre de l'Agriculture de Lionel Jospin (2000-2002), passé du PS au macronisme dès 2016, il présidait depuis 2017 le groupe RDPI, le groupe de la majorité présidentielle au Sénat.
- Le 9 juillet 2026, il avait annoncé en séance que sa question au gouvernement serait sa dernière intervention : à 83 ans, il ne se représentait pas au renouvellement de septembre.
- Le RDPI compte 19 sénateurs sur 348, soit 5,5 % de l'hémicycle. L'article 5 du règlement du Sénat fixe à dix membres le seuil de constitution d'un groupe politique.
- Le 27 septembre 2026, la série 2 est renouvelée : 178 sièges, dont 11 des 19 sièges du RDPI, dont celui de la Côte-d'Or.
- Cinq semaines plus tôt, le 21 juillet, le groupe qu'il présidait a voté majoritairement contre un projet de loi du gouvernement — la loi d'urgence agricole. Lui a voté pour.
C'était une question au gouvernement sur le narcotrafic, le 9 juillet 2026, et elle commençait par un adieu. « C'est avec une réelle émotion que je prends la parole après dix-huit années passées dans cette noble assemblée et trente-cinq ans de vie parlementaire », déclarait François Patriat au perchoir du Sénat. « Cette intervention en séance sera en effet, pour moi, la dernière. » Huit jours plus tard, le sénateur de la Côte-d'Or était retrouvé inanimé près de son vélo à Pouilly-en-Auxois. Il est mort le 19 août, à 83 ans. Le calendrier a fait de cette question au gouvernement un discours de départ devenu, sans que personne le sache, un discours d'adieu.
Derrière l'hommage, une arithmétique parlementaire. Le groupe qu'il présidait depuis 2017 compte 19 membres, et 11 de leurs sièges sont remis en jeu le 27 septembre.
Dix-huit ans, 909 scrutins et sept désaccords
Sur les 909 scrutins publics enregistrés au Sénat depuis octobre 2023, François Patriat a pris part à 902 : un taux de participation de 99,2 %, dans une assemblée où le vote se fait par délégation de groupe. Il a déposé 33 amendements en son nom propre — dix ont été adoptés — et cosigné 853 amendements, dont 263 adoptés. Il a posé sept questions au gouvernement en trois ans, dont la dernière. Nous avions dressé son portrait en juin, quand il a annoncé qu'il ne se représenterait pas.
Son alignement sur son propre groupe frôle l'unanimité : sur ces 902 scrutins, son vote a différé de la position majoritaire du RDPI sept fois. Trois de ces sept écarts portent sur le même texte, celui-là même qui occupait le Sénat quand il a été hospitalisé : le projet de loi d'urgence pour la protection et la souveraineté agricoles. Il n'était pas le seul à s'en écarter — c'est tout son groupe qui s'est fracturé.
« Ensemble, nous avons démontré qu'il était possible de faire de la politique — exercice rude s'il en est ! — sans quolibets ni insultes, tout en conservant un profond respect mutuel et en restant chacun fidèle à ses convictions. »
Question au gouvernement du 9 juillet 2026, sa dernière intervention en séance.
Le 21 juillet, le groupe macroniste a voté contre un texte du gouvernement
Le 21 juillet 2026, le Sénat adoptait le projet de loi d'urgence pour la protection et la souveraineté agricoles par 214 voix contre 111, sur 345 votants. Les Républicains ont voté pour à 125 voix, l'Union centriste à 52, les Indépendants à 18. Le groupe de la majorité présidentielle, lui, a voté contre : 10 sénateurs RDPI contre, 7 pour, 2 abstentions. Sur ce texte porté par le gouvernement, le seul groupe explicitement macroniste du Sénat s'est retrouvé du côté des voix hostiles, avec les socialistes, les communistes et les écologistes.
La ligne de fracture du RDPI n'est pas idéologique, elle est géographique. Sur les dix sénateurs du groupe qui ont voté contre, sept représentent l'outre-mer : Frédéric Buval (Martinique), Stéphane Fouassin (La Réunion), Solanges Nadille et Dominique Théophile (Guadeloupe), Georges Patient et Marie-Laure Phinera-Horth (Guyane), Teva Rohfritsch (Polynésie française). Le groupe compte neuf élus ultramarins : huit d'entre eux n'ont pas voté pour. Le texte, réécrit en commission, y avait vu réintroduire l'acétamipride et le flupyradifurone, deux insecticides néonicotinoïdes — un sujet à charge symbolique lourde dans des territoires marqués par le scandale du chlordécone.
« Sous couvert de simplification, c'est une méthodique dérégulation qu'il organise, plus précisément une dérégulation environnementale. Le point d'orgue du non-sens environnemental a été atteint ce matin, lors de l'examen en commission, avec la réintroduction dans le projet de loi par MM. les rapporteurs de l'acétamipride et du flupyradifurone. »
Question au gouvernement du 18 juin 2026.
« Permettez-moi de vous parler de territoires lointains, les outre-mer, si lointains que beaucoup, dans l'Hexagone, les croient imaginaires. […] Ceux qui y vivent savent que derrière les couleurs éclatantes se cachent des réalités plus rudes, parfois l'enfer. »
Question au gouvernement du 7 mai 2026. Stéphane Fouassin a voté contre la loi d'urgence agricole.
Un groupe de 19 membres, un seuil à 10, onze sièges à rejouer
Le RDPI est le cinquième groupe du Sénat par la taille, loin derrière Les Républicains (131 sénateurs), les socialistes (64) et l'Union centriste (59), et devant les Indépendants (20). Avec 19 membres, il dispose de neuf sièges de marge sur le seuil de dix fixé par l'article 5 du règlement du Sénat pour constituer un groupe.
Cette marge sera testée le 27 septembre. Onze des dix-neuf sénateurs RDPI appartiennent à la série 2, celle qui est renouvelée : Bernard Buis (Drôme), Samantha Cazebonne (Français de l'étranger), Nicole Duranton (Eure), Nadège Havet (Finistère), Mikaele Kulimoetoke (Wallis-et-Futuna), Jean-Baptiste Lemoyne (Yonne), Georges Patient (Guyane), Marie-Laure Phinera-Horth (Guyane), Teva Rohfritsch (Polynésie française), Patricia Schillinger (Haut-Rhin) — et François Patriat lui-même. Nos deux guides détaillent qui vote et quels sièges sont en jeu et les sénateurs concernés département par département.
Le groupe macroniste vote plus souvent avec la droite qu'avec la gauche
Les positions de vote de François Patriat le rapprochaient d'abord de l'Union centriste (70,4 % de votes identiques sur 901 scrutins communs) et des Républicains (69,6 % sur 902), loin devant les socialistes (36,7 %), les écologistes (32,0 %) et les communistes (30,0 %). Le même classement vaut pour son groupe entier : sur l'ensemble des scrutins, le RDPI s'accorde avec LR et l'UC environ deux fois sur trois, avec le groupe socialiste un peu plus d'une fois sur trois. Au Sénat, la majorité présidentielle gouverne avec la droite ou ne gouverne pas — et le vote du 21 juillet montre que même cette règle connaît des exceptions.
Le bilan chiffré de dix-huit ans de mandat — scrutins, amendements, questions, fidélité de groupe — est consultable sur sa fiche de sénateur, comme celui des 347 autres membres de la chambre haute. Cinq semaines avant un renouvellement qui rebattra les cartes, c'est aussi la meilleure façon de savoir ce que font, concrètement, les sénateurs dont le siège se rejoue.