- Le 26 août, plus de 200 élus de droite et du centre ont publié dans Le Figaro un appel à une « primaire ouverte » pour désigner un candidat unique à la présidentielle de 2027, doublé d'une pétition citoyenne.
- Quatre candidats occupent déjà le terrain : Édouard Philippe (Horizons), Gabriel Attal (Renaissance), Bruno Retailleau (LR) et David Lisnard, maire de Cannes et président de l'Association des maires de France.
- Modalités proposées : une primaire à l'automne 2026, une charte commune (économie de marché, ancrage européen, régulation de l'immigration) et un parrainage de 300 maires issus de 30 départements, avec un plafond de 30 maires par département.
- Les figures de l'appel sont d'abord des élus locaux : Hervé Morin (président de la région Normandie) et Franck Louvrier (maire de La Baule) ne siègent pas au Parlement.
- Quatre parlementaires sont nommés par la presse parmi les signataires : le député Charles de Courson (LIOT), l'ex-députée LR Véronique Louwagie, et les sénateurs LR Étienne Blanc et Pascal Allizard.
- Comme pour la primaire socialiste, leur activité au Parlement est intégralement mesurable : votes, amendements, questions, rapports. C'est l'objet de cet article.
De l'appel des « plus de 200 élus » à une primaire de la droite et du centre, la presse n'a retenu que quatre noms de parlementaires. Leur profil dit quelque chose de la démarche : un rapporteur général du budget qui n'a voté aucune des 23 motions de censure de la législature, une députée qui a quitté l'Assemblée en avril pour une mairie, et deux sénateurs dont les sièges sont remis en jeu dans quatre semaines, aux sénatoriales du 27 septembre.
Charles de Courson, un rapporteur général qui n'a jamais voté la censure
Élu de la Marne depuis 1993, Charles de Courson est depuis juillet 2024 rapporteur général de la commission des finances — le poste central de la machine budgétaire. Son bilan sur la 17e législature est celui d'un hyperactif : 1 686 interventions en séance publique, 1 463 amendements signés ou cosignés (dont 612 en premier auteur), 1 375 votes exprimés et 8 rapports, de la loi de finances pour 2026 aux deux lois spéciales votées faute de budget.
Sa signature au bas d'un appel à l'union du « bloc central » est cohérente avec ses votes : sur les 23 motions de censure déposées depuis octobre 2024, il n'en a voté aucune, et il a voté pour les deux lois spéciales comme pour le budget de la sécurité sociale pour 2026. Au sein de son groupe LIOT, lui-même composite, il vote avec la majorité de ses collègues dans 87 % des cas (1 199 votes sur 1 375).
« Vous pouvez vous faire plaisir, si vous voulez. Combien cela va-t-il rapporter ? Zéro, puisqu'il faudra rembourser, avec les intérêts de la dette en prime. »
Réplique en séance, le 14 novembre 2025, en plein examen du projet de loi de finances pour 2026 : le rapporteur général y a passé l'automne à doucher les amendements de recettes qu'il jugeait sans effet réel sur le déficit.
Véronique Louwagie, la signataire qui a quitté l'Assemblée
Le parcours de Véronique Louwagie illustre une autre facette de l'appel : élue de l'Orne, elle a siégé par intermittence. Ministre déléguée chargée du commerce et des PME de décembre 2024 à septembre 2025, revenue à l'Assemblée en novembre 2025, elle a été élue maire de L'Aigle en mars 2026 et a démissionné de son mandat de députée le 21 avril 2026. Sur ses périodes de présence, elle affiche 939 amendements signés ou cosignés, 799 interventions, 662 votes exprimés et 56 questions — plus que les 31 de Charles de Courson, pourtant présent deux fois plus longtemps. Fidèle à son groupe Droite Républicaine dans 93,5 % de ses votes, elle n'a elle non plus jamais voté de motion de censure.
« Nous dénonçons avec la plus grande vigueur l'irresponsabilité budgétaire et le matraquage fiscal auxquels se sont adonnés, main dans la main, Rassemblement national et Nouveau Front populaire. »
Explication de vote en séance, le 12 novembre 2024, au nom du groupe Droite Républicaine. Sur les huit votes d'ensemble budgétaires où de Courson et Louwagie étaient tous deux présents, ils ont divergé deux fois : sur la première partie de la loi de fin de gestion 2024 (abstention de Courson, pour Louwagie), et sur le budget de la sécurité sociale pour 2026, que le rapporteur général a approuvé quand la députée LR s'abstenait. Ce dernier scrutin, en lecture définitive, est consultable élu par élu :
Deux sénateurs sortants, à quatre semaines des sénatoriales
Les deux signataires du Sénat sont dans une position particulière : leurs sièges font partie de la série renouvelée le 27 septembre. Étienne Blanc, sénateur du Rhône depuis 2020, remet son mandat en jeu dans un département qui élit 7 sénateurs à la proportionnelle ; Pascal Allizard, sénateur du Calvados depuis 2014, dans un département qui en élit 3. Ils font partie des 77 sénateurs du groupe Les Républicains — le groupe de Bruno Retailleau, candidat déclaré qui dit ne pas vouloir « perdre son temps » dans une primaire — dont le siège est soumis au renouvellement.
Leurs profils parlementaires sont presque symétriques. Étienne Blanc est un homme de commissions d'enquête et de textes régaliens : co-rapporteur en 2024 du rapport « Un nécessaire sursaut : sortir du piège du narcotrafic », qui a débouché sur la loi contre le narcotrafic, il a signé 50 amendements en premier auteur et publié en juillet 2026 un rapport sur « la guerre des drones ». Pascal Allizard, lui, écrit beaucoup et amende peu : 41 rapports — dont « La mer Noire, bassin des rivalités de puissances » et les avis budgétaires défense — et 79 questions, pour 8 amendements en premier auteur. Tous deux siègent à la commission des affaires étrangères et de la défense.
D'ici à la présidentielle, chaque prise de position des signataires peut être confrontée à leur activité réelle : votes, amendements, questions et rapports sont détaillés en continu sur les fiches de Charles de Courson, Véronique Louwagie, Étienne Blanc et Pascal Allizard, et le sort des deux sénateurs se jouera sur notre page des sénatoriales 2026.