- Raphaël Glucksmann a annoncé le 23 août sa candidature à la primaire organisée par le Parti socialiste et Place publique, prévue en octobre, en vue de l'élection présidentielle de 2027.
- Quatre candidats sont déclarés : Raphaël Glucksmann, Ségolène Royal, Jérôme Guedj et Philippe Brun.
- Seuls les deux derniers siègent à l'Assemblée nationale : Jérôme Guedj dans l'Essonne, Philippe Brun dans l'Eure, tous deux élus en 2022 et réélus en 2024.
- Depuis le début de la 17e législature, en juillet 2024, l'Assemblée a procédé à 8 434 scrutins publics, dont 226 votes sur l'ensemble d'un texte.
- Leur activité y est intégralement mesurable : votes, amendements, questions, interventions en séance. C'est l'objet de cet article.
Deux des quatre candidats à la primaire socialiste d'octobre siègent au Palais-Bourbon. Depuis juillet 2024, Jérôme Guedj a signé ou cosigné 4 819 amendements et exprimé 2 017 votes ; Philippe Brun, 5 215 amendements et 1 906 votes. Des volumes proches — mais qui recouvrent deux profils parlementaires que presque tout distingue : l'un a construit son mandat sur la sécurité sociale, l'autre sur le budget de l'État.
Jérôme Guedj, l'homme de la sécurité sociale
Le partage des rôles saute aux yeux dès qu'on regarde où chacun dépose ses amendements en son nom propre. Sur les 437 amendements dont Jérôme Guedj est le premier auteur, 417 — soit 95 % — portent sur les budgets de la sécurité sociale : le PLFSS pour 2025 (231 amendements sur ses deux lectures) et le PLFSS pour 2026 (186 amendements), celui-là même qui a porté la suspension de la réforme des retraites de 2023.
C'est aussi lui qui interpelle le plus le gouvernement : 111 questions posées depuis juillet 2024, ce qui en fait le premier du groupe socialiste sur ce terrain — loin devant les 21 questions de Philippe Brun. Même écart à la tribune : 691 interventions en séance pour Guedj (6e du groupe), 407 pour Brun (10e).
« Nous, à gauche, nous devons avoir, chevillé au corps et au cœur, le souci de l'avenir de la sécurité sociale. »
Séance du 8 novembre 2025, lors de l'examen du PLFSS 2026 : la phrase résume un mandat entier passé sur les comptes sociaux. Son seul texte déposé en premier signataire sort pourtant de ce périmètre : une proposition de loi créant un Défenseur de la laïcité, l'autre fil rouge de son engagement.
Philippe Brun, l'homme du budget
Chez Philippe Brun, la géographie est inverse : 212 de ses 253 amendements en propre — 84 % — visent les textes budgétaires de l'État, du PLF pour 2025 (117 amendements) au PLF pour 2026 (86 amendements sur ses deux textes), en passant par la loi spéciale votée fin 2024 faute de budget. Taxe sur les holdings, fiscalité de l'assurance vie, taxe sur les transactions financières : ses interventions d'octobre et novembre 2025 dessinent un spécialiste des recettes fiscales.
« Oui, l'Assemblée nationale vient de rétablir l'impôt de solidarité sur la fortune, et les socialistes en sont heureux ! »
Rappel au règlement du 31 octobre 2025, après le vote — en première lecture du PLF 2026 — du rétablissement de l'ISF. Philippe Brun est aussi le seul des deux à avoir attaché son nom à une loi durant cette législature : sa proposition de loi contre les pannes d'ascenseurs non prises en charge, adoptée par l'Assemblée puis par le Sénat. Et en juin 2026, c'est lui qui a porté dans l'hémicycle la proposition socialiste de nationalisation d'ArcelorMittal, au nom de « la souveraineté industrielle française ».
96 % de fidélité au groupe — et une vraie divergence
Sur les votes, difficile de les départager par la discipline : Jérôme Guedj a voté avec la majorité de son groupe dans 96,8 % des cas (1 952 votes sur 2 017), Philippe Brun dans 96,1 % (1 832 sur 1 906). Sur les 226 votes d'ensemble de la législature, une seule dissidence commune : le 23 juin 2026, tous deux ont voté contre le projet de loi constitutionnelle sur l'autonomie de la Corse, que la majorité des députés socialistes approuvait.
La vraie ligne de partage est ailleurs : le droit à l'aide à mourir. En première lecture, le 27 mai 2025, les deux votent pour. Mais Philippe Brun s'abstient ensuite à chacune des trois lectures suivantes — deuxième lecture, nouvelle lecture, puis lecture définitive du 15 juillet 2026 — quand Jérôme Guedj maintient son vote favorable jusqu'au bout : « La possibilité de choisir est ce qui fonde mon soutien à ce texte », expliquait-il en séance le 19 février 2026, tout en disant vouloir « des garde-fous solides ».
Le scrutin de la lecture définitive, où leurs positions divergent, est consultable député par député :
Une assiduité dans la moyenne basse du groupe
Ni décrocheurs ni stakhanovistes du bouton de vote : avec 2 017 et 1 906 votes exprimés, Guedj et Brun pointent aux 40e et 43e rangs des 68 députés socialistes, sous la moyenne du groupe (2 230 votes). Sur les 226 votes d'ensemble — les scrutins les plus politiques, souvent solennels —, Jérôme Guedj a pris part à 96 d'entre eux, Philippe Brun à 86, pour une moyenne de 102 dans le groupe. Des absences qui s'expliquent en partie par un agenda désormais partagé entre l'hémicycle et la campagne.
D'ici au vote des militants, chaque déclaration de campagne des deux députés peut être confrontée à leur activité réelle : leurs votes, amendements et questions sont détaillés en continu sur les fiches de Jérôme Guedj et de Philippe Brun.