- La France compte 1 362 quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV) en métropole depuis la nouvelle carte de 2024, où vivent 5,3 millions de personnes, soit 8 % de la population métropolitaine — auxquels s'ajoutent les quartiers d'outre-mer.
- Les emplois francs, prime à l'embauche des habitants de QPV créée en 2018, ont été supprimés au 1er janvier 2025 par le budget 2025, au motif d'« effets d'aubaine ».
- La dotation de l'État à l'Agence nationale pour la rénovation urbaine (ANRU) a été fixée à 116 millions d'euros dans le budget 2026, après une année où le gouvernement avait envisagé de supprimer la ligne.
- L'Observatoire national de la politique de la ville (ONPV), chargé de mesurer les écarts entre les QPV et le reste du territoire, a été supprimé par la loi de simplification de la vie économique promulguée le 26 mai 2026.
- Le 22 août, trois lecteurs ont posé la même question à notre moteur de recherche : « qui défend les quartiers populaires ? ». Cet article y répond avec les données de la 17e législature.
Depuis octobre 2024, l'Assemblée nationale a procédé à 8 434 scrutins publics. Aucun — pas un seul — ne porte dans son intitulé sur la politique de la ville, les quartiers prioritaires, l'ANRU ou les banlieues. Pourtant, le sujet irrigue le travail parlementaire par d'autres canaux : 769 amendements et 300 questions au gouvernement mentionnent les quartiers prioritaires, la rénovation urbaine, les emplois francs ou l'éducation prioritaire. La réponse à la question « qui défend les banlieues ? » tient donc en trois chiffres : la gauche signe 58 % des amendements, le RN a proposé de supprimer des crédits, et l'hémicycle n'a jamais tenu un seul vote nominal dédié.
Un angle mort législatif : les textes dédiés dorment
Le constat le plus frappant n'est pas un vote, c'est une absence. Aucun texte consacré aux quartiers populaires n'a été inscrit à l'ordre du jour de l'Assemblée depuis le début de la législature. Sébastien Delogu (LFI-NFP), député des quartiers nord de Marseille dont nous avons dressé le portrait en données, est premier signataire d'une proposition de loi instaurant un moratoire sur les démolitions de logements prévues par l'ANRU : jamais examinée. Une proposition de loi visant à prolonger la période des engagements de l'ANRU attend le même sort. Quant à la réforme des critères d'attribution de l'éducation prioritaire, adoptée par le Sénat le 27 mai 2026, elle est transmise à l'Assemblée — sans date d'examen.
Résultat : tout ce qui touche aux quartiers se joue dans les lois de finances, par amendements — souvent votés à main levée, sans trace nominale. C'est pour cela qu'aucune page « qui a voté quoi » n'existe sur ce thème : il n'y a littéralement rien à afficher.
Qui dépose ? La gauche en volume, les élus des quartiers en première ligne
Sur les 753 amendements dont l'auteur principal est un député identifié, 437 viennent de la gauche (SOC, LFI-NFP, Écologistes, GDR), soit 58 %. Le RN en signe 85, le bloc central (EPR, DEM, HOR) 132 à lui seul.
Le classement individuel dessine deux profils. D'un côté, les spécialistes du logement : Iñaki Echaniz (SOC, Pyrénées-Atlantiques), premier avec 24 amendements, n'est pas un élu de banlieue mais le référent logement de son groupe. De l'autre, les élus de circonscriptions populaires : Stéphane Peu (GDR, Seine-Saint-Denis, 21 amendements), Anaïs Belouassa-Cherifi (LFI-NFP, Lyon, 19), Idir Boumertit (LFI-NFP, Vénissieux, 17), Sophie Taillé-Polian (Écologistes, Val-de-Marne, 12) ou Sabrina Sebaihi (Écologistes, Hauts-de-Seine, 9). La défense des quartiers à l'Assemblée est d'abord une affaire d'élus qui y sont enracinés.
Les questions au gouvernement : LFI et RN occupent le terrain
Côté questions — écrites ou orales —, LFI-NFP domine nettement avec 87 questions sur 300, devant le RN (59) et les socialistes (38). Les deux députés les plus actifs sont lyonnais : Abdelkader Lahmar (8 questions) et Idir Boumertit (7), suivis du centriste Romain Daubié (DEM, Ain, 7). Le RN, lui, interpelle surtout le gouvernement sur le contraste entre crédits des villes et abandon des campagnes — un cadrage assumé de concurrence entre territoires.
Budgets : la seule bataille réelle — et tout le monde la perd
Faute de loi dédiée, le vrai affrontement a lieu chaque automne sur les crédits. À l'automne 2024, le gouvernement Barnier supprime les emplois francs dans le projet de loi de finances pour 2025. Sophie Taillé-Polian (Écologistes) dépose un amendement pour rétablir leur financement : rejeté. René Lioret (RN) propose à l'inverse de supprimer les 91,43 millions d'euros de crédits résiduels du dispositif : rejeté aussi. L'extinction voulue par le gouvernement s'applique au 1er janvier 2025.
Rebelote sur le budget 2026 : Sabrina Sebaihi demande 1 milliard d'euros pour lancer un « ANRU 3 », rejeté. Le groupe Droite Républicaine de Laurent Wauquiez propose à l'inverse une « année blanche » pour l'ANRU, rejetée également. Le RN cible les crédits de soutien aux projets des communes du programme 147. La dotation de l'État à l'ANRU est finalement fixée à 116 millions d'euros — loin du milliard réclamé à gauche, mais la ligne budgétaire, un temps menacée, survit.
« Les crédits de la politique de la ville représentent 120 milliards d'euros depuis 2010. Dans la ruralité, nous rêvons d'un tel soutien, car nous ne recevons que des miettes. »
L'Observatoire des quartiers supprimé : le débat le plus vif de la législature
Le seul moment où l'hémicycle a réellement débattu de la politique de la ville, c'est… pour supprimer son thermomètre. Le 10 avril 2025, lors de l'examen de la loi de simplification de la vie économique, l'Assemblée valide la suppression d'une vingtaine d'instances consultatives, dont l'Observatoire national de la politique de la ville, l'organisme qui documente depuis 2014 les écarts de pauvreté, d'emploi et de réussite scolaire entre les QPV et le reste du pays. La gauche défend l'outil, le bloc central assume la rationalisation.
« Nous manquons cruellement de chiffres, d'études et d'informations sur les quartiers prioritaires de la politique de la ville […]. L'ONPV met en lumière des données globales qui, chaque année, illustrent davantage l'abandon des quartiers populaires. »
Le ministre du Logement de l'époque n'était pas au banc — c'est le rapporteur général du texte, Guillaume Kasbarian, qui a porté la réponse du camp gouvernemental, renvoyant la gauche à un procès d'intention.
« Je veux revenir sur cet argument avec lequel la gauche nous bassine depuis le début des débats : parce que nous voudrions supprimer un observatoire sur la politique de la ville, nous n'aimerions pas la politique de la ville. »
Le Sénat rétablira un temps l'Observatoire, mais la version finale de la loi, promulguée le 26 mai 2026, acte sa disparition : ses missions sont transférées à l'Agence nationale de la cohésion des territoires. Les données sur les quartiers existeront toujours — mais sans organisme indépendant dédié pour les publier.
Ce qu'il faut retenir
Qui défend les banlieues à l'Assemblée ? D'abord des députés qui en viennent : les élus LFI, communistes et écologistes de Seine-Saint-Denis, de Vénissieux, de Lyon, de Marseille ou des Hauts-de-Seine, rejoints par les spécialistes socialistes du logement. Le bloc central défend les crédits existants mais a supprimé les emplois francs et l'Observatoire. Le RN utilise le thème principalement comme repoussoir budgétaire au profit de la ruralité. Et l'institution elle-même n'a pas trouvé, en deux ans, une seule occasion de soumettre la question à un vote nominal.
Pour savoir ce que fait votre député sur ces sujets — amendements, questions, votes —, ouvrez sa fiche sur NosParlementaires et écrivez-lui : les propositions de loi sur l'ANRU et l'éducation prioritaire ne seront inscrites à l'ordre du jour que si des groupes utilisent leurs journées réservées pour le faire.