- La réforme des retraites promulguée le 14 avril 2023 relève l'âge légal de 62 à 64 ans, à raison de trois mois par génération, et porte la durée de cotisation à 172 trimestres.
- Le 14 octobre 2025, dans sa déclaration de politique générale, Sébastien Lecornu annonce la suspension de ce calendrier jusqu'en janvier 2028 — la contrepartie obtenue par les socialistes pour ne pas censurer le gouvernement.
- La suspension est inscrite dans le budget de la Sécurité sociale pour 2026 : son article est adopté le 12 novembre 2025 par 255 voix contre 146, le texte entier le 16 décembre par 247 voix contre 232.
- La loi n° 2025-1403 est promulguée le 30 décembre 2025, après validation de l'essentiel du texte par le Conseil constitutionnel.
- Elle s'applique aux pensions prenant effet à compter du 1er septembre 2026 : 2,2 millions d'assurés nés entre 1964 et 1968 sont concernés, selon l'Assurance retraite.
- Coût chiffré par le gouvernement : 400 millions d'euros en 2026, 1,8 milliard en 2027 — une facture qui revient sur la table dès le PLFSS 2027.
À partir du 1er septembre 2026, l'âge légal de départ à la retraite cesse de monter. Les assurés nés en 1964, qui devaient attendre 63 ans, peuvent liquider leur pension à 62 ans et 9 mois ; le calendrier de la réforme de 2023 est gelé jusqu'au 1er janvier 2028. Selon les projections publiées par l'Assurance retraite le 9 février 2026, 2,2 millions de personnes nées entre 1964 et 1968 bénéficient de la mesure — dont 1,2 million partiront effectivement plus tôt. Voici, génération par génération, ce que change la suspension votée par le Parlement en décembre, et pourquoi le dossier n'est pas refermé pour autant.
Qui est concerné, génération par génération
La suspension ne ramène pas l'âge légal à 62 ans : elle fige la progression au niveau atteint par la génération 1963, soit 62 ans et 9 mois, puis la fait repartir avec un cran de retard. Chaque génération née entre 1964 et 1968 gagne trois mois sur l'âge de départ — six mois pour les assurés nés au premier trimestre 1965, à cheval sur le gel. La durée de cotisation exigée pour le taux plein baisse aussi, mais seulement pour les générations 1964 et début 1965.
| Né(e) en… | Réforme de 2023 | Avec la suspension |
|---|---|---|
| 1964 | 63 ans · 171 trim. | 62 ans 9 mois · 170 trim. |
| janv.–mars 1965 | 63 ans 3 mois · 172 trim. | 62 ans 9 mois · 170 trim. |
| avril–déc. 1965 | 63 ans 3 mois · 172 trim. | 63 ans · 171 trim. |
| 1966 | 63 ans 6 mois · 172 trim. | 63 ans 3 mois · 172 trim. |
| 1967 | 63 ans 9 mois · 172 trim. | 63 ans 6 mois · 172 trim. |
| 1968 | 64 ans · 172 trim. | 63 ans 9 mois · 172 trim. |
| 1969 et après | 64 ans · 172 trim. | 64 ans · 172 trim. — rien ne change |
Régime général et fonctionnaires sédentaires. Source : loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025, CNRACL, Info Retraite.
Les assurés nés à partir de 1969 ne sont pas concernés : pour eux, l'âge légal reste fixé à 64 ans et la durée requise à 172 trimestres. À l'autre bout, les pensions ayant pris effet avant le 1er septembre 2026 ne sont pas recalculées — la suspension ne vaut que pour les départs à venir.
« Pour les générations 1964 à 1968, cela représente trois mois de labeur épargnés et trois mois de vie retrouvés. »
Ce que ça change — ou pas — dans les démarches
Le vote qui l'a rendue possible
La suspension n'a pas fait l'objet d'une loi dédiée : elle est passée par le budget de la Sécurité sociale pour 2026. Son article a été adopté en première lecture le 12 novembre 2025, par 255 voix contre 146 — le RN fournissant 111 des 255 voix pour, LFI votant contre au motif qu'il fallait abroger, et non suspendre. Le 16 décembre, en lecture définitive, l'Assemblée a adopté l'ensemble du texte dans une configuration très différente : 247 voix pour, 232 contre, 90 abstentions.
Sur ce vote final, le socle gouvernemental et les socialistes ont fait bloc — 90 voix EPR, 64 SOC, 36 Démocrates — tandis que le RN (122 contre) et LFI (69 contre) rejetaient le budget entier, pour des raisons opposées. Les écologistes se sont majoritairement abstenus, comme une grande partie des députés Horizons et de la Droite républicaine.
« Ce décalage de la réforme des retraites a un coût réel pour les finances publiques. Il fragilise d'une façon regrettable nos comptes sociaux. C'est un renoncement, au nom de la stabilité — et même un reniement. »
Pourquoi tout se rejoue dès le PLFSS 2027
La suspension est une parenthèse, pas un point final : la loi la fait courir jusqu'au 1er janvier 2028. Trois échéances la remettent déjà en jeu. D'abord le financement : le coût — 400 millions d'euros en 2026, 1,8 milliard en 2027 selon le chiffrage du gouvernement — doit être absorbé par le budget de la Sécurité sociale pour 2027, dont le vote solennel est programmé le 27 octobre. Ensuite les pensions elles-mêmes : la piste d'un gel de leur revalorisation, un temps évoquée pour financer la mesure, a déjà été rejetée par l'Assemblée par 308 voix contre 99. Enfin l'élection présidentielle de 2027 : chaque camp promet de solder la question — abrogation à gauche, retour aux 64 ans ou nouvelle réforme à droite — avant que le calendrier de 2023 ne reprenne mécaniquement.
« En fait, tout reste à écrire, tout reste à résoudre. Peu importe le résultat du vote : qu'on soit pour ou contre cette suspension, il faut régler le problème si on veut sauver notre système par répartition. »
Pour savoir comment votre député a voté sur le budget de la Sécurité sociale qui porte cette suspension, utilisez le module de recherche ci-dessus ou consultez la page du texte, avec le détail des scrutins et des positions de chaque groupe.