- Du 17 juin au 2 juillet 2026, 92 départements ont subi une canicule record. Santé publique France a estimé le 22 juillet à 5 764 le nombre de décès en excès sur la période (+36 %), dont 3 719 chez les 75 ans et plus. Le bilan est provisoire.
- La ministre de la transition écologique, Monique Barbut, a évalué en août la facture des canicules de l'été entre 10 et 15 milliards d'euros de coûts directs et indirects, contre 5,6 milliards pour l'épisode de 2022. Bercy chiffre l'effet des canicules et de la sécheresse à 0,1 point de PIB en 2026.
- Pour établir ce coût, Éric Coquerel (LFI-NFP), président de la commission des finances, a proposé et conduit une mission flash. Elle a tenu ses auditions du 26 août au 23 septembre : économistes, Météo-France, pompiers, Office national des forêts, Trésor, Fédération hospitalière, Santé publique France.
- Il présente sa communication ce lundi 5 octobre à 14 heures devant la commission des finances. Celle-ci commence mercredi 7 octobre l'examen de la première partie du budget 2027.
- Les députés disposent d'un autre outil de contrôle : la question écrite, publiée au Journal officiel. Le Règlement de l'Assemblée (article 135) donne aux ministres un mois pour répondre, deux au plus s'ils demandent un délai.
La commission des finances fait les comptes de la canicule ce lundi. Les députés, eux, attendent toujours ceux du gouvernement. Depuis le 1er juin 2026, ils ont déposé 99 questions écrites consacrées à la canicule et aux fortes chaleurs. Au Journal officiel du 29 septembre, le dernier paru, 80 n'avaient reçu aucune réponse. Le ministère de la santé est le plus sollicité, avec 24 questions. Il a répondu à une seule.
82 députés de dix groupes, 19 réponses
Le sujet ne connaît pas de frontière politique. Les 99 questions viennent de 82 députés et de dix des onze groupes de l'Assemblée : 25 du Rassemblement national, 19 de La France insoumise, 12 des socialistes, 10 de la Droite républicaine, 9 des écologistes, 9 du MoDem, 5 de l'UDR, 4 d'Ensemble pour la République, 4 d'Horizons et 2 du groupe communiste GDR. S'y ajoutent onze questions au gouvernement posées dans l'hémicycle en 2026 et deux questions orales sans débat, qui obtiennent par définition une réponse immédiate.
Sur les 99 questions écrites, 19 ont reçu une réponse. Dix sont arrivées dans les deux mois, neuf plus tard. Parmi les 80 qui restent en souffrance, 62 ont dépassé le délai de deux mois.
Au ministère de la santé, 24 questions et une réponse
Les députés interrogent d'abord la ministre de la santé sur ce que la canicule a coûté en vies et sur ce qu'il faudrait dépenser pour l'éviter. Jérôme Guedj (SOC, Essonne) demande un comptage en temps réel des décès à domicile : il rapporte que le SAMU de Paris a recensé 109 décès le 26 juin, contre une dizaine en temps normal. Il réclame aussi un financement de la climatisation des Ehpad. Selon une enquête de la fédération de directeurs Fnadepa qu'il cite, 91 % des chambres ne sont pas climatisées, et l'équipement coûterait 4 000 à 6 000 euros par chambre.
Ségolène Amiot (LFI-NFP, Loire-Atlantique) demande que le plan canicule prenne en compte les patients en psychiatrie. Matthieu Bloch (UDR, Doubs) veut savoir où sont passés les 33 000 climatiseurs que le gouvernement dit avoir livrés aux hôpitaux et aux Ehpad : combien par département, combien réellement installés. Aucune de ces questions n'a de réponse.
La seule réponse du ministère date du 4 août. Elle est adressée à Jérôme Guedj, qui s'étonnait que le registre communal des personnes vulnérables ne soit toujours pas alimenté automatiquement, deux ans après le vote de la loi « bien vieillir ». Le ministère lui indique que le décret attendu a été signé le 3 juillet 2026, au lendemain de la canicule.
La journée de solidarité, sept questions sur 3 milliards d'euros
Une interrogation revient sept fois, portée par quatre groupes : où va l'argent de la journée de solidarité ? Cette journée de travail non rémunérée a été créée en 2004, après les 15 000 morts de la canicule de 2003, pour financer l'autonomie des personnes âgées et handicapées. Gaëtan Dussausaye (RN, Vosges) avance dans sa question du 7 juillet le chiffre de 36 milliards d'euros collectés depuis l'origine, dont 3,36 milliards en 2026. Aurélien Saintoul (LFI-NFP, Hauts-de-Seine) demande le même bilan le même jour. Quatre députés RN, un LFI, un de la Droite républicaine et un écologiste ont posé la question. Aucun n'a de réponse.
L'éducation nationale a répondu à six députés le même jour, avec le même texte
Un ministère fait exception. Le 29 septembre, l'éducation nationale a répondu à six des sept questions reçues sur les écoles surchauffées. Les six réponses sont identiques au mot près, qu'elles s'adressent à Paul Vannier (LFI-NFP), qui dénonçait 1 352 écoles et collèges fermés le 24 juin, ou à un député du RN.
Le texte donne des chiffres. À partir de 2027, les épreuves du bac et du brevet n'auront lieu que le matin. Le Fonds vert a financé 3 588 projets scolaires pour 936 millions d'euros de subventions depuis 2023. Un plan d'urgence prévoit un diagnostic « confort d'été » gratuit pour 2 500 établissements prioritaires, et une prime de 10 000 euros versée par EDF pour équiper une salle refuge. Le ministère rappelle que les murs des écoles appartiennent aux communes. Le RN réclamait autre chose dans l'hémicycle le 23 juin, en pleine canicule.
« Nous proposons le plan “100 % rénov'”, doté de 20 milliards d'euros, intégrant un plan massif de climatisation en commençant par les écoles, les hôpitaux et les lieux accueillant les publics les plus fragiles. »
Le Fonds vert au centre des reproches
Le même Fonds vert nourrit le reproche inverse. Paul Vannier écrit qu'il est passé de 2,49 milliards d'euros dans le budget 2024 à 837 millions en 2026. Le socialiste Guillaume Garot l'a dit au Premier ministre lors des questions au gouvernement du 30 juin.
« Votre gouvernement nous dit : “Le fonds Vert !” Il doit aider les communes à rénover les écoles, mais ses crédits ont été divisés par trois depuis 2024. »
Le reproche a aussi été formulé depuis les bancs du camp présidentiel. Le 6 juillet, pendant le débat sur la motion de censure déposée après la canicule, l'ancienne ministre de la transition écologique Agnès Pannier-Runacher a combattu la censure tout en adressant au gouvernement une mise en garde.
« La pire faute serait de baisser les crédits du fonds Vert. La pire faute serait de réduire ceux du fonds Chaleur sous prétexte que la priorité est à l'électrification. »
C'est sur ce terrain qu'Éric Coquerel entend peser. En lançant sa mission, il réclamait un collectif budgétaire pour augmenter les crédits de lutte contre les incendies et le changement climatique. Sa communication tombe deux jours avant que la commission n'ouvre le budget 2027, avec Philippe Juvin comme rapporteur général. Les agriculteurs attendent aussi : Bercy estime que la valeur ajoutée agricole reculera de 8 % en 2026, et les neuf questions adressées au ministère de l'agriculture, dont celle de Pierre Cordier (DR, Ardennes) sur l'indemnisation des exploitants, sont toutes sans réponse.
L'an dernier, les réponses sont arrivées en novembre
Le précédent de 2025 donne une idée du calendrier. Après la canicule de juillet 2025, les députés avaient déposé 17 questions écrites. Au 5 octobre 2025, une seule avait une réponse. Sept sont arrivées le 18 novembre, quatre mois après les faits, et deux en septembre 2026, plus d'un an après leur dépôt. Deux n'en ont jamais eu.
La plus ancienne des questions en attente précède même cet été-là. Le 13 mai 2025, Arnaud Saint-Martin (LFI-NFP, Seine-et-Marne) interrogeait le ministère de la transition écologique sous ce titre : « Plan canicule : quelles avancées ? ». Deux étés et près de dix-sept mois plus tard, la question n'a pas de réponse.
Le Sénat n'est pas mieux servi. Depuis juin, les sénateurs ont déposé 30 questions écrites sur la canicule, dont quatre ont une réponse. Ils examineront le 19 octobre la proposition de loi sur l'adaptation au changement climatique, que les députés ont votée le 8 avril, deux mois avant la canicule.
Méthode : nous avons retenu les questions dont l'intitulé nomme la canicule, les vagues de chaleur ou les fortes chaleurs, ou dont le texte y revient au moins deux fois. Les réponses sont celles publiées au Journal officiel jusqu'au 29 septembre 2026.
Votre député a-t-il interrogé le gouvernement sur la canicule ? Chaque fiche de nos 577 députés et de nos sénateurs recense leurs questions, leurs votes et leurs amendements. Pour retrouver toutes les questions sur le sujet, passez par la recherche. Et pour le profil de l'auteur de la mission, lisez notre portrait en données d'Éric Coquerel.