Les indemnités des malades en ALD et le budget 2027 en 6 points
  • Les indemnités journalières (IJ) versées par l'Assurance maladie pendant un arrêt de travail sont en principe imposables. Deux exceptions : celles des personnes en affection de longue durée (ALD : cancer, diabète, Alzheimer, sclérose en plaques…) sont entièrement exonérées d'impôt sur le revenu, celles des accidents du travail et maladies professionnelles le sont à moitié.
  • L'article 2 du projet de loi de finances pour 2027 imposerait les IJ des malades en ALD à hauteur de 50 % et supprimerait l'exonération partielle des IJ accidents du travail. Le même article indexe le barème de l'impôt sur le revenu de 2,1 %.
  • C'est la deuxième tentative. Le budget 2026 voulait imposer ces indemnités à 100 % (article 5 du PLF 2026, 700 millions d'euros attendus). L'Assemblée a supprimé la mesure le 3 novembre 2025 par 135 voix contre 55, le Sénat l'a ramenée à 50 %, et le texte adopté par 49.3 l'a finalement abandonnée : l'exonération intégrale est restée.
  • Le 50 % du PLF 2027 est donc la version qu'avait votée le Sénat fin novembre 2025. Le 7 octobre 2026, la commission des finances l'a supprimée dès le premier jour, par un amendement socialiste ; des amendements identiques ou voisins venaient d'EPR, du RN, de LFI, de la GDR et de Liot.
  • Au budget de la Sécurité sociale, en revanche, une autre réforme des ALD a abouti : la fin du régime des ALD « non exonérantes » pour les arrêts de travail, supprimée par les députés le 9 novembre 2025 puis rétablie dans la loi promulguée.
  • Les articles 2 et 3 sont attendus en séance publique les 14 et 15 octobre ; le vote solennel sur la première partie du budget a lieu le mardi 20 octobre.

Imposer les indemnités journalières des malades en affection de longue durée est l'une des rares mesures du budget 2027 à avoir déjà été votée, puis défaite, dans l'hémicycle. Le 3 novembre 2025, sur le budget 2026, les députés ont supprimé la fiscalisation à 100 % de ces indemnités par 135 voix contre 55, grâce à une coalition qui ne s'est reformée sur presque aucun autre article : le Rassemblement national (74 voix), La France insoumise (32), l'UDR (8), dix socialistes et six élus de la Droite républicaine pour la suppression ; Ensemble pour la République (26), les Démocrates (11) et Horizons (11) contre ; 23 socialistes et 15 écologistes abstenus, faute de préférer l'amendement de suppression totale à leurs propres versions. Un an plus tard, l'article 2 du PLF 2027 revient avec une imposition à 50 %, et la commission des finances l'a supprimée le 7 octobre. Voici qui a voté quoi, avant la séance des 14 et 15 octobre et le vote solennel du 20 octobre sur la première partie du budget 2027.

135
pour supprimer l'imposition des IJ des ALD (3 nov. 2025)
55
contre : EPR 26, Démocrates 11, Horizons 11
50 %
part des IJ des ALD que l'article 2 du PLF 2027 rendrait imposable

3 novembre 2025 : l'imposition à 100 % supprimée par 135 voix contre 55

L'article 5 du projet de loi de finances pour 2026 supprimait plusieurs « niches » dont l'exonération totale des indemnités journalières des personnes en ALD, pour un rendement annoncé de 700 millions d'euros. L'amendement n° 1374 d'Aurélien Le Coq (LFI), qui supprimait les alinéas correspondants, a été adopté le lundi 3 novembre 2025 par 135 voix contre 55 et 42 abstentions (scrutin n° 3387). L'article 5 ainsi amputé a ensuite été adopté par 199 voix contre 17 (scrutin n° 3397).

Suppression de la fiscalisation des IJ des ALD (amendement Le Coq, PLF 2026), par groupe — 3 novembre 2025
Pour la suppression (maintien de l'exonération)
Contre (imposition à 100 %)
Abstention
RN74 pour
SOC10 pour, 23 abst.
LFI32 pour
EPR26 contre
ECOS3 pour, 15 abst.
HOR11 contre, 2 abst.
DEM1 pour, 11 contre
DR6 pour, 3 contre, 1 abst.
UDR8 pour
LIOT3 contre
NI1 pour, 1 contre
GDR1 abst.

Un carré par député ayant voté, dans son groupe au moment du vote (ventilation officielle de l'Assemblée). Source : scrutin n° 3387.

La carte du vote est inhabituelle. Les 55 voix pour maintenir l'imposition viennent presque toutes du bloc gouvernemental : 26 Ensemble pour la République, 11 Démocrates, 11 Horizons, 3 Liot, 3 Droite républicaine et un non-inscrit. En face, le RN (74 voix, aucune contre) et LFI (32) ont fourni 106 des 135 voix, rejoints par l'UDR (8), six élus de la Droite républicaine (3 contre, 1 abstention) et dix socialistes. Les 23 autres socialistes et 15 écologistes se sont abstenus : leurs groupes défendaient leurs propres amendements, plus ciblés, et n'ont pas voulu voter le texte insoumis. Nicolas Ray, pour la Droite républicaine, a lui aussi défendu la suppression.

« Il y a des gens qui n'ont pas d'autre choix pour vivre que de se reposer sur leurs indemnités journalières, parce qu'ils ne peuvent plus respirer correctement ou se lever, parce qu'ils ont du diabète, parce qu'ils ont fait un accident vasculaire cérébral. »

Aurélien Le Coq
Aurélien Le Coq
LFI
Nord (1)
Voir la fiche →

La suite s'est jouée hors de l'hémicycle. Le 30 novembre 2025, le Sénat a adopté un compromis à 50 % d'exonération, proposé par la sénatrice Nathalie Goulet (UDI) avec l'avis favorable du gouvernement, pour aligner les IJ des ALD sur celles des accidents du travail. Mais le texte finalement adopté par 49.3, devenu la loi de finances du 19 février 2026, a repris un amendement socialiste maintenant l'exonération intégrale : rien n'a changé pour les malades en 2026. L'article 2 du PLF 2027 reprend, mot pour mot sur ce point, la version du Sénat.

« Cette mesure choque beaucoup les Français, car elle conduirait à un alourdissement de la charge fiscale pesant sur les malades atteints d'une ALD, déjà fragilisés par des pertes de revenus et des dépenses médicales élevées. »

Nicolas Ray
Nicolas Ray
DR
Allier (3)
Voir la fiche →

7 octobre 2026 : la commission supprime à nouveau l'imposition, cette fois à 50 %

L'article 2 du budget 2027 mêle trois choses : l'indexation du barème de l'impôt sur le revenu sur l'inflation (2,1 %, le seuil d'entrée dans la tranche à 11 % passant de 11 600 à 11 844 euros), l'imposition à 50 % des indemnités journalières des ALD et la fin de l'exonération partielle des indemnités accidents du travail et maladies professionnelles. Dès le 7 octobre, la commission des finances a adopté l'amendement n° 384 d'Estelle Mercier (socialistes), qui supprime les alinéas relatifs aux indemnités tout en conservant le barème, selon l'AFP. Six autres amendements visaient le même résultat, déposés par Sandrine Le Feur (EPR, n° 145), Emmanuel Fouquart et Katiana Levavasseur (RN), Carlos Martens Bilongo (LFI), Nicolas Sansu (GDR) et, pour le seul volet accidents du travail, Charles de Courson (Liot). Sur les 23 amendements déposés sur l'article 2, aucun ne défend l'imposition des indemnités. Les votes en commission ne sont pas nominatifs.

« Le gouvernement reconnaît lui-même que ces personnes sont « confrontées à des frais médicaux parfois très importants ». Dans le projet de loi de finances pour 2026, il avait proposé de supprimer totalement cette exonération, avant d'y renoncer à l'issue des débats parlementaires. »

Sandrine Le Feur
Sandrine Le Feur
EPR
Finistère (4)
Voir la fiche →

Le barème, lui, n'est pas contesté : l'indexation sur l'inflation est demandée chaque année par la quasi-totalité des groupes. En 2025, le gouvernement l'avait d'abord refusée, avant que l'Assemblée ne l'impose par 226 voix contre 104 sur un amendement de Laurent Wauquiez (scrutin n° 3096, 25 octobre 2025), les socialistes votant contre cette version (59 voix) au profit de la leur. Le PLF 2027 l'inscrit d'emblée dans le texte.

Au budget de la Sécu, l'autre réforme des ALD a survécu

Les malades en ALD ont été visés par une seconde mesure à l'automne 2025, dans le budget de la Sécurité sociale : l'article 29 du PLFSS 2026 faisait basculer les ALD dites « non exonérantes » dans le droit commun des arrêts de travail, soit 360 jours d'indemnités sur trois ans au lieu de 1 095. Le 9 novembre 2025, l'Assemblée a supprimé l'article par 103 voix contre 75 sur un amendement de Sandrine Runel (socialistes) et ses identiques (scrutin n° 3675). Les positions y étaient presque inversées par rapport au vote sur l'impôt : la gauche unanime pour la suppression (LFI 39, SOC 26, ECOS 16, GDR 5), rejointe par six Démocrates et six élus DR ; le Rassemblement national (61 voix) et l'UDR (4) contre ; EPR abstenu pour l'essentiel (11 abstentions, 7 contre, 2 pour), Horizons abstenu (6). Rétablie dans la navette, la mesure figure dans la loi de financement adoptée définitivement le 16 décembre 2025.

Suppression de l'article 29 du PLFSS 2026 (fin du régime des ALD « non exonérantes »), par groupe — 9 novembre 2025
Pour la suppression
Contre
Abstention
RN61 contre
LFI39 pour
SOC26 pour
EPR2 pour, 7 contre, 11 abst.
ECOS16 pour
DEM6 pour, 3 contre, 1 abst.
DR6 pour, 1 abst.
HOR6 abst.
GDR5 pour
UDR4 contre
LIOT3 pour
NI1 abst.

Un carré par député ayant voté, dans son groupe au moment du vote (ventilation officielle de l'Assemblée). Source : scrutin n° 3675.

🏥
Ce que change l'article 2 pour les malades
La moitié des indemnités journalières versées au titre d'une ALD deviendrait imposable, comme le sont déjà à moitié celles des accidents du travail, lesquelles le deviendraient en totalité. L'exonération coûte plus de 600 millions d'euros par an selon le rapporteur général du Sénat.
🗳️
Le précédent : 135 voix contre 55
Le 3 novembre 2025, RN, LFI, UDR, dix socialistes et six DR ont supprimé l'imposition à 100 % ; EPR, Démocrates et Horizons ont voté pour la garder. Le Sénat avait ensuite proposé 50 %, le chiffre que reprend le PLF 2027.
🧾
Le barème indexé de 2,1 %, lui, fait consensus
Même article, autre mesure : les tranches de l'impôt sur le revenu suivent l'inflation. En 2025, les députés avaient dû l'imposer au gouvernement par 226 voix contre 104.
📅
Le rendez-vous : 14-15 octobre, puis le 20
L'article 2 est attendu en séance les 14 et 15 octobre. Le gouvernement peut défendre son texte et demander un scrutin public. Vote solennel sur la première partie le mardi 20 octobre.
À noter : un amendement adopté en commission ne modifie pas le projet de loi de finances ; la séance s'ouvre sur le texte du gouvernement et la suppression doit être revotée dans l'hémicycle. Les positions par groupe ci-dessus sont celles des députés présents à chaque scrutin (232 votants le 3 novembre 2025), rapportées au groupe de chaque élu au moment du vote, telles que publiées par l'Assemblée.

Chronologie

14 octobre 2025
Le PLF 2026 propose d'imposer à 100 % les indemnités journalières des malades en ALD (article 5, 700 millions d'euros).
3 novembre 2025
L'Assemblée supprime la mesure par 135 voix contre 55 (scrutin n° 3387).
9 novembre 2025
PLFSS 2026 : l'Assemblée supprime la fin du régime des ALD « non exonérantes » par 103 voix contre 75 (scrutin n° 3675) ; la mesure sera rétablie dans la navette.
30 novembre 2025
Le Sénat vote une imposition des IJ des ALD à 50 %, avec l'avis favorable du gouvernement.
16 décembre 2025
Adoption définitive de la LFSS 2026, avec la bascule des ALD non exonérantes dans le droit commun des arrêts de travail.
19 février 2026
Promulgation de la loi de finances pour 2026, adoptée par 49.3 : l'exonération intégrale des IJ des ALD est maintenue.
1er octobre 2026
Le PLF 2027 reprend l'imposition à 50 % (article 2) et supprime l'exonération partielle des IJ accidents du travail.
7 octobre 2026
La commission des finances adopte l'amendement socialiste supprimant l'imposition des indemnités ; le barème indexé est conservé.
14-15 octobre 2026
Examen des articles 2 et 3 en séance publique : la suppression est revotée dans l'hémicycle.
Mardi 20 octobre 2026
Vote solennel sur l'ensemble de la première partie du PLF 2027.

Le calendrier du budget 2027 et les autres mesures déjà modifiées par la commission sont dans la page de suivi du vote du budget 2027. Sur les arrêts de travail, voir aussi le plafonnement des arrêts maladie à un mois, entré en vigueur le 1er septembre 2026. À partir du 13 octobre, chaque scrutin public sur le PLF 2027 sera visible sur la fiche de votre député.