Pourquoi ce sujet ? Le contexte en 6 points
  • L'ordre du jour de l'Assemblée est fixé par le gouvernement et par la conférence des présidents. Un groupe politique ne décide de ce qui est débattu qu'un seul jour par an : sa « niche parlementaire », ou journée réservée, prévue par l'article 48 alinéa 5 de la Constitution.
  • Ce jour-là, le groupe inscrit ses propres propositions de loi, dans l'ordre qu'il veut, et l'Assemblée doit les examiner jusqu'à minuit — après quoi tout ce qui n'a pas été voté tombe.
  • La session ordinaire 2026-2027 a été arrêtée le 30 juin par la conférence des présidents : elle ira du 1er octobre 2026 au 28 février 2027, cinq mois au lieu de neuf, pour libérer le calendrier avant la présidentielle.
  • Pour caser toutes les journées réservées dans ce format compressé, l'Assemblée passe à deux niches par mois au lieu d'une. Sur les vingt semaines de session, cinq seulement devraient en être exemptes.
  • Le Rassemblement national ouvre le cycle le 8 octobre 2026 — l'ordre de passage suit la taille décroissante des groupes. L'UDR d'Éric Ciotti fermera la marche, autour du 18 février 2027.
  • Ces journées deviennent donc le principal support de la pré-campagne parlementaire. D'où la question : que chaque groupe en a-t-il réellement tiré depuis 2024 ?

Depuis le début de la 17e législature, 98 propositions de loi issues de députés ont été adoptées en séance à l'Assemblée nationale. Le groupe Ensemble pour la République en signe 26, les Socialistes 21, les Démocrates et Horizons 10 chacun. Le Rassemblement national, premier groupe de l'hémicycle avec 122 sièges, en compte zéro — ses deux seuls textes parvenus jusqu'à un vote sur l'ensemble ont été rejetés, en octobre 2024 puis en octobre 2025. C'est ce groupe qui ouvrira le 8 octobre le cycle de niches le plus dense de la législature.

98
PPL de députés adoptées en séance
0
Pour le RN et l'UDR (139 sièges)
2 / mois
Niches en 2026-2027, au lieu d'une

Le seul jour où un groupe écrit l'ordre du jour

La niche parlementaire est une anomalie utile dans une Assemblée où le gouvernement maîtrise l'agenda. Une journée par an, un groupe — majoritaire ou d'opposition — choisit les textes examinés et l'ordre dans lequel ils passent. La contrainte est brutale : la séance s'arrête à minuit, et les textes non votés retombent dans les limbes. D'où des stratégies très différentes selon les groupes : inscrire un texte unique et emblématique, quitte à ce qu'il soit rejeté, ou empiler des propositions courtes et consensuelles pour maximiser le nombre d'adoptions.

Le second calcul est nettement plus productif. Le 26 mars 2026, les Démocrates ont fait voter six textes dans la même journée ; les Socialistes en avaient aligné cinq le 11 décembre 2025. À l'inverse, un texte de rupture placé en tête de journée consomme toute la séance et se solde souvent par un rejet.

Propositions de loi de députés adoptées en séance — 17e législature
EPR
26 / 223 déposées · 11.7 %
SOC
21 / 200 déposées · 10.5 %
DEM
10 / 128 déposées · 7.8 %
HOR
10 / 83 déposées · 12.0 %
LIOT
8 / 129 déposées · 6.2 %
GDR
7 / 78 déposées · 9.0 %
ECOS
7 / 157 déposées · 4.5 %
DR
6 / 304 déposées · 2.0 %
LFI-NFP
3 / 234 déposées · 1.3 %
RN
0 / 138 déposées · 0.0 %
UDDPLR
0 / 133 déposées · 0.0 %

Le classement ne recoupe pas la taille des groupes. Il recoupe leur position vis-à-vis du socle gouvernemental : les groupes qui votent le plus souvent avec l'exécutif — EPR, Démocrates, Horizons — convertissent le mieux, parce que leurs textes trouvent une majorité de circonstance et parfois un soutien du gouvernement. Les Socialistes font exception : 21 textes adoptés depuis le siège de l'opposition, le meilleur résultat non gouvernemental de la législature.

« Je vous rappelle, monsieur le ministre, que le nombre de textes inscrits dans une niche parlementaire est une prérogative des groupes politiques, qui constitue un droit sacré de l'opposition. »

Yaël Braun-Pivet
Yaël Braun-Pivet
EPR
Yvelines (5)
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Le RN : 138 propositions déposées, deux arrivées au vote, deux rejets

Le Rassemblement national a déposé 138 propositions de loi sous cette législature — un volume comparable à celui des autres grands groupes. Deux seulement ont atteint un vote solennel sur l'ensemble, toutes deux lors de ses journées réservées, et toutes deux ont été repoussées.

Le 31 octobre 2024, sa proposition d'abrogation de la réforme des retraites, portée par Thomas Ménagé, est rejetée par 185 voix contre 118. Un an plus tard, le 30 octobre 2025, son texte sur l'étiquetage de l'origine des denrées alimentaires, défendu par Hélène Laporte, échoue de justesse : 173 contre, 148 pour. Le détail du premier scrutin, groupe par groupe :

L'explication tient moins au contenu des textes qu'à l'arithmétique : aucun autre groupe ne vote avec le RN de manière systématique, et l'isolement se paie au moment du vote sur l'ensemble. Le groupe a fait de ces défaites un argument de campagne, en reprochant aux autres formations d'avoir renié leurs promesses.

« Qui, enfin, le 31 octobre 2024, jour de la niche parlementaire du Rassemblement national, a refusé de voter notre proposition d'abrogation de la réforme Borne, reniant toutes les promesses que vous aviez faites durant la campagne ? »

Gaëtan Dussausaye
Gaëtan Dussausaye
RN
Vosges (2)
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L'UDR d'Éric Ciotti, qui clôturera le cycle en février 2027, n'a fait adopter aucun texte non plus. Ses deux journées réservées, en juin 2025 et juin 2026, ont surtout été marquées par des bancs clairsemés, y compris du côté de ses propres alliés — un reproche formulé en séance par plusieurs députés de gauche.

Le paradoxe : les plus petits groupes convertissent le mieux

À l'autre bout du spectre, la Gauche Démocrate et Républicaine — 17 députés, le plus petit groupe constitué avec l'UDR — a fait adopter sept textes : la revalorisation des minima pour les retraités pauvres, la réparation des mineurs réunionnais transplantés, la reconnaissance des victimes des essais nucléaires, les retraites agricoles. Soit plus que La France insoumise (71 députés, trois textes) et que la Droite Républicaine (48 députés, six textes pour 304 propositions déposées, le plus faible taux de conversion de l'hémicycle).

La méthode est identifiable : des textes courts, souvent réparateurs ou catégoriels, difficiles à refuser publiquement, et déposés par des députés d'outre-mer ou de circonscriptions rurales qui trouvent des relais au-delà de leur camp. Les Écologistes suivent une logique voisine — l'encadrement des PFAS, le remboursement des fauteuils roulants, l'impôt plancher sur les ultra-riches — avec sept adoptions pour 38 sièges.

« Depuis deux ans, tous les groupes de gauche de cette assemblée ont tenté de remettre ce débat à l'ordre du jour, notamment à l'occasion des niches parlementaires. Jamais nous n'y sommes arrivés. Seul le groupe GDR, avec sa résolution de juin 2025, a permis d'acter la volonté d'abroger la réforme des retraites de 2023. »

Sandrine Runel
Sandrine Runel
SOC
Rhône (4)
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Ce que la niche permet — et ce qu'elle ne permet pas

📋
Choisir l'ordre du jour
Le groupe décide seul des textes inscrits et de leur ordre de passage. C'est le seul moment de l'année où le gouvernement ne maîtrise pas la séance.
⏱️
Une seule journée, minuit maximum
Tout ce qui n'a pas été voté à la fin de la journée est renvoyé sine die. L'obstruction par amendements est donc une arme redoutable contre une niche.
🏛️
Une adoption n'est pas une loi
Un texte adopté en niche part au Sénat, qui n'est jamais tenu de l'inscrire. Beaucoup des 98 textes recensés ici n'ont jamais été promulgués.
🗳️
Un vote qui engage chaque député
Les votes solennels de niche sont nominatifs : la position de chaque député y est publique et opposable, ce qui en fait un matériau de campagne.
Méthode et limites : le décompte porte sur les propositions de loi déposées à l'Assemblée nationale sous la 17e législature, rattachées au groupe de leur premier signataire, et comptabilisées par dossier législatif distinct dès lors qu'elles ont fait l'objet d'une adoption ou d'un rejet en séance. Les propositions de loi venues du Sénat en sont exclues, de même que les projets de loi du gouvernement. Tous les textes recensés n'ont pas été examinés en niche : certains l'ont été dans le cadre de semaines gouvernementales ou de l'Assemblée. Le décompte a été recoupé avec les 172 scrutins publics « sur l'ensemble de la proposition de loi » enregistrés entre le 8 octobre 2024 et le 21 juillet 2026, qui donnent le même classement.
31 octobre 2024
Niche du Rassemblement national. Sa proposition d'abrogation de la réforme des retraites est rejetée par 185 voix contre 118.
5 juin 2025
Niche de la Gauche Démocrate et Républicaine. Le versement des allocations familiales dès le premier enfant est adopté par 102 voix contre 17.
30 octobre 2025
Seconde niche du RN. Le texte sur l'étiquetage de l'origine des denrées alimentaires est rejeté par 173 voix contre 148.
11 décembre 2025
Niche des Socialistes : cinq textes soumis au vote solennel dans la même journée.
26 mars 2026
Niche des Démocrates : six textes votés en une journée, le record de la législature.
30 juin 2026
La conférence des présidents arrête le calendrier prévisionnel : session ordinaire du 1er octobre 2026 au 28 février 2027, avec deux journées réservées par mois.
8 octobre 2026
Le Rassemblement national ouvre le cycle des niches, en tant que groupe le plus nombreux.
28 février 2027
Clôture de la session ordinaire, deux mois avant le premier tour de l'élection présidentielle.

Vous pouvez suivre le vote de votre député sur chacun de ces textes : sa fiche recense l'intégralité de ses scrutins, ses amendements et ses questions. Pour comprendre l'enchaînement des étapes d'ici la fin de la législature, voir aussi notre article sur le calendrier de reprise de l'Assemblée.