Mise à jour du 14 octobre 2026 : Correction : cet article, publié le 6 septembre, présentait le doublement du plafond des franchises médicales comme acquis. Le gouvernement y avait déjà renoncé : dans un entretien au Figaro mis en ligne le 20 août 2026 et repris le 21, Stéphanie Rist annonçait une hausse « fondée sur une indexation à l'inflation depuis 2005 ». Le décret n° 2026-858 du 11 septembre 2026 (Journal officiel du 12 septembre) a porté le plafond annuel des franchises médicales et celui des participations forfaitaires de 50 à 70 euros chacun au 1er octobre 2026, soit 140 euros par an au plus pour un assuré non exonéré, contre 100 euros auparavant. Les montants unitaires ne changent pas (1 € par boîte de médicament ou par acte paramédical, 4 € par transport sanitaire, 2 € par consultation) ; les deux plafonds seront revalorisés chaque 1er janvier selon l'inflation à partir de 2028. Le total d'environ 2,15 milliards d'euros cité plus bas incluait les 750 millions d'euros attendus du doublement abandonné. Voir ce que le budget 2027 change pour les malades.
Pourquoi ce texte ? Le contexte en cinq points
  • Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2027 (PLFSS 2027) est présenté en conseil des ministres fin septembre. Les députés l’examineront en séance du 20 au 26 octobre, pour un vote solennel le 27 octobre.
  • La Sécurité sociale a terminé 2025 sur un déficit de 21,6 milliards d’euros, et devrait encore afficher 19,4 milliards de déficit en 2026.
  • Fin juillet, le gouvernement a annoncé cinq mesures d’économies sur l’assurance maladie, totalisant environ 2,15 milliards d’euros en 2027 : doublement du plafond des franchises médicales (abandonné le 21 août au profit d’une hausse plus limitée), baisse des remboursements dentaires, des dispositifs médicaux, des transports sanitaires et des médicaments à faible service médical rendu.
  • La quasi-totalité de ces mesures relève du pouvoir réglementaire : elles s’appliquent par décret, pour l’essentiel au 1er janvier 2027 (dès le 1er octobre 2026 pour les plafonds des franchises), sans passer par un vote de l’Assemblée.
  • Les mêmes leviers avaient déjà été soumis aux députés pendant l’examen du PLFSS 2026, à l’automne 2025. La base de données des scrutins permet de savoir exactement ce qu’ils en ont fait.

Le budget de la Sécurité sociale pour 2027 arrive à l’Assemblée le 20 octobre, mais l’essentiel de son volet économies aura déjà échappé au vote des députés. Sur les 2,15 milliards d’euros d’économies annoncées sur l’assurance maladie, la part qui pèse directement sur les assurés et sur les complémentaires passe par voie réglementaire. Le Parlement votera l’objectif de dépenses ; il n’a pas voté le relèvement des plafonds des franchises, portés par décret de 100 à 140 euros au total le 1er octobre 2026.

Ce n’est pas une nouveauté de procédure : c’est le point que plusieurs députés avaient soulevé dès novembre 2025, pendant l’examen du PLFSS 2026. Nous avons repris les scrutins de cet automne-là pour voir ce que l’Assemblée avait fait, mesure par mesure, des leviers que le gouvernement remet sur la table.

Les 2,15 milliards d’économies, et ce qui relève du décret

Le paquet annoncé par le gouvernement repose sur quatre leviers principaux. Le plafond annuel des franchises médicales, inchangé depuis vingt ans, devait passer de 50 à 100 euros pour les consultations et de 50 à 100 euros pour les médicaments : 750 millions d’euros, intégralement à la charge des ménages, selon Matignon, qui chiffrait l’effort moyen à 18 euros par an et par assuré. Le gouvernement a renoncé à ce doublement le 21 août : le décret du 11 septembre 2026 porte chacun des deux plafonds à 70 euros au 1er octobre, soit 140 euros au total. Environ 18 millions de personnes en restent exonérées, dont les mineurs, les femmes enceintes et les bénéficiaires de l’aide médicale d’État.

💊
Franchises relevées
Annoncé fin juillet : plafonds portés de 50 à 100 euros (750 millions d’euros). Abandonné le 21 août : le décret du 11 septembre 2026 fixe 70 euros par plafond au 1er octobre. Par décret.
🦷
Dentaire, transports
Remboursement des soins dentaires ramené de 60 % à 50 %, transports sanitaires de 55 % à 50 %. Environ 1,1 milliard transféré aux complémentaires.
📉
Médicaments déclassés
Les molécules à service médical rendu faible passent de 15 % à 5 % de prise en charge, celles à service modéré de 30 % à 15 %. 300 millions d’euros.
👵
Pensions sous-indexées
Une désindexation partielle des pensions est à l’étude, le seuil n’étant pas arrêté. Celle-là, en revanche, devra être votée.

La baisse des remboursements dentaires a déjà été actée par voie réglementaire : nous en détaillions le mécanisme dans notre article sur la baisse du remboursement des soins dentaires. Le point avait été relevé dans l’hémicycle dès le 8 novembre 2025, y compris sur les bancs du socle gouvernemental.

« Tous les orateurs l’ont rappelé : l’objet de cet article ne relève pas forcément de notre compétence immédiate, puisque la perspective du doublement des franchises est renvoyée à un décret. À titre personnel, je le regrette. »

Frédéric Valletoux
Frédéric Valletoux
HOR
Seine-et-Marne (2)
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Le gel des pensions, déjà tranché

La désindexation des pensions, elle, ne peut pas passer par décret. C’est aussi la seule mesure du paquet sur laquelle l’Assemblée s’est déjà prononcée sans ambiguïté : elle a supprimé deux fois l’article qui l’organisait, en novembre puis en décembre 2025. Nous avons détaillé ces deux scrutins et le détail des groupes dans notre article sur le rejet du gel des pensions, et l’ensemble des pistes budgétaires déjà enterrées par les députés dans celui consacré au budget 2027.

Reste la partie du texte qui sera bel et bien votée en octobre, et sur laquelle l’automne 2025 est nettement moins lisible.

Ce que les députés avaient déjà vu venir

Les trois postes de reste à charge annoncés pour 2027 — dentaire, dispositifs médicaux, transports — ne sortent pas de nulle part. Ils figuraient déjà dans le PLFSS 2026, et avaient été identifiés comme tels en séance par le rapporteur de la Droite républicaine sur les questions de financement.

« Cet article franchit un seuil symbolique, avec la création de nouveaux cas de reste à charge : chez les chirurgiens-dentistes, pour les dispositifs médicaux, et en raison du nouveau mode de décompte des transports médicaux. »

Thibault Bazin
Thibault Bazin
DR
Meurthe-et-Moselle (4)
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À gauche, l’opposition portait moins sur la méthode que sur le principe même du transfert vers les assurés.

« Nous souhaitons que la sécurité sociale remplisse pleinement son rôle en remboursant intégralement tous les soins. Nous nous opposerons donc au doublement des franchises médicales. »

François Ruffin
François Ruffin
ECOS
Somme (1)
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Un seul article que le gouvernement a voulu sauver, et qu’il a perdu

Un scrutin résume la difficulté de l’exercice qui attend le gouvernement en octobre. L’article 24 du PLFSS 2026 visait à réduire les situations de rentabilité excessive dans plusieurs secteurs de la santé, en permettant à l’assurance maladie de baisser unilatéralement certains tarifs. C’était, dans le texte, la seule mesure d’économies qui pèse sur des acteurs économiques plutôt que sur les assurés. Vidé de sa substance par le Sénat, il a fait l’objet d’un amendement gouvernemental de rétablissement le 9 décembre. Celui-ci a été rejeté.

111
Pour le rétablissement
322
Contre
15
Abstentions
Rétablissement de l’article 24 sur les rentes en santé — 9 décembre 2025
Pour
Contre
Abstention
RN
96 contre
EPR
9 pour + 59 contre + 4 abs
SOC
59 pour + 1 contre
LFI-NFP
59 contre
DR
37 contre + 1 abs
ECOS
33 pour
HOR
1 pour + 24 contre + 4 abs
DEM
24 contre + 1 abs
UDDPLR
14 contre
LIOT
5 pour + 2 contre + 5 abs
NI
6 contre
GDR
4 pour

La coalition du rejet est inhabituelle : 96 voix du Rassemblement national, 59 de La France insoumise, 59 d’Ensemble pour la République, 37 de la Droite républicaine et 24 des Démocrates. Les seules voix pour venaient du groupe socialiste (59), des Écologistes (33) et de la Gauche démocrate et républicaine (4). Le gouvernement a perdu son propre amendement en n’emportant que 9 des 72 voix de son principal groupe de soutien.

Sur un autre article, la logique s’est inversée. Le rétablissement de l’article 49, qui fixe l’objectif national de dépenses d’assurance maladie, a été adopté le même jour par 259 voix contre 64. Le Rassemblement national s’y est abstenu en bloc, avec ses 94 votants : sur le cadre général des dépenses de santé, le premier groupe d’opposition ne s’est pas prononcé.

À noter : l’an dernier, le PLFSS n’a été adopté que grâce à l’abstention ou au soutien de groupes extérieurs au socle gouvernemental. Le vote final du 16 décembre a été acquis avec les 64 voix socialistes, alors que le Rassemblement national (122) et La France insoumise (69) votaient contre.

Ce qui attend l’Assemblée le 20 octobre

Le calendrier laisse une semaine de séance aux députés, du 20 au 26 octobre, avant le vote solennel du 27. Nous en avons publié le détail date par date. Sur les mesures qui feront l’objet d’un vote, l’historique de l’automne 2025 donne une indication précise du rapport de force : le gel des pensions a été refusé deux fois, l’objectif national de dépenses a été adopté largement mais sans le Rassemblement national, et la seule mesure d’économies ne pénalisant pas les assurés a été rejetée par 322 voix contre 111. Les leviers qui restent au gouvernement sans passer par l’hémicycle sont, eux, déjà actés.

12 novembre 2025
L’Assemblée supprime l’article 44 du PLFSS 2026, qui gelait les prestations et les pensions, par 308 voix contre 99. Elle le supprimera une seconde fois le 5 décembre.
9 décembre 2025
L’amendement du gouvernement rétablissant l’article 24 sur les rentes en santé est rejeté par 322 voix contre 111. Le même jour, l’objectif national de dépenses d’assurance maladie est rétabli par 259 voix contre 64.
16 décembre 2025
Le PLFSS 2026 est adopté en lecture définitive par 247 voix contre 232, avec 90 abstentions.
23 juillet 2026
La ministre de la Santé annonce le doublement du plafond des franchises médicales, inchangé depuis vingt ans.
20-21 août 2026
Dans un entretien au Figaro, la ministre renonce au doublement, au profit d’une hausse indexée sur l’inflation depuis 2005.
11 septembre 2026
Décret n° 2026-858 : plafonds des franchises et des participations forfaitaires portés de 50 à 70 euros chacun au 1er octobre.
Fin septembre 2026
Présentation du PLFSS 2027 en conseil des ministres.
20 au 27 octobre 2026
Examen en séance à l’Assemblée, puis vote solennel le 27 octobre.
1er janvier 2027
Entrée en vigueur prévue des mesures prises par décret, indépendamment du sort du PLFSS.

Pour savoir comment votre député a voté sur chacun de ces scrutins, sa fiche recense l’ensemble de ses positions : Thibault Bazin, Frédéric Valletoux ou François Ruffin pour les orateurs cités ici, et la page du PLFSS 2026 pour le parcours complet du texte.