- Après un été de feux de forêt d'une ampleur inédite, Sébastien Lecornu a missionné le 22 août sept parlementaires pour proposer de nouvelles mesures — conclusions attendues avant le 21 septembre.
- Leurs propositions doivent nourrir le budget 2027, présenté en Conseil des ministres le 30 septembre, et un texte sécurité civile attendu au Sénat d'ici la fin de l'année.
- Les SDIS (services d'incendie et de secours) sont financés pour l'essentiel par les départements et le bloc communal ; l'État ne porte que le programme « Sécurité civile » : Canadair, hélicoptères, pactes capacitaires.
- Depuis deux ans, l'Assemblée a adopté trois lois pompiers à la quasi-unanimité — aucune ne porte sur le financement.
- Le budget 2026, lui, n'a jamais été voté par les députés : première partie rejetée par 404 voix contre 1, adoption finale par 49.3 le 2 février 2026.
Le 30 septembre, le gouvernement présentera le projet de loi de finances pour 2027, que Sébastien Lecornu veut voir voté avant la présidentielle — « choisir d'attendre l'élection présidentielle pour adopter un budget pour 2027, c'est choisir le désordre », écrivait-il aux parlementaires le 22 août. Le même jour, sa lettre de mission sur les feux de forêt promettait des propositions « immédiatement applicables » sur les moyens aériens et le budget des SDIS. Le bilan des deux dernières années donne la mesure du défi : quand il s'agit des pompiers, le Parlement vote les décorations à l'unanimité — mais les crédits, eux, n'ont jamais été soumis au vote des députés.
Ce que Lecornu met sur la table
La lettre de mission du 22 août part d'un constat : « l'intensification des effets du changement climatique expose désormais notre pays à des saisons de feux de forêt d'une ampleur inédite ». Sept parlementaires sont chargés d'y répondre : quatre députés — Sophie Panonacle (EPR, Gironde), Sophie Pantel (SOC, Lozère), Jean-Louis Thiériot (DR, Seine-et-Marne) et Didier Lemaire (HOR, Haut-Rhin) — et trois sénateurs, Françoise Dumont (LR), Olivier Bitz et Pascal Martin (Union centriste). Leurs recommandations, attendues avant le 21 septembre, doivent « utilement éclairer » les arbitrages du budget 2027 et enrichir le texte sécurité civile programmé au Sénat. Parmi les pistes déjà évoquées, selon franceinfo : des essaims de drones de détection des feux, dont six premiers exemplaires ont été budgétés cet été pour 12 millions d'euros.
Nous avons consacré un portrait à Sophie Panonacle, figure de proue de cette mission, dont la loi d'adaptation des forêts au changement climatique attend toujours son décret d'application.
Deux ans de votes : l'unanimité sur tout, sauf l'argent
Sur le papier, les pompiers font consensus. La 17e législature a adopté trois lois qui leur sont dédiées, avec des scores sans appel : la proposition de loi sur le cadre d'emploi des personnels de santé des SDIS (151 voix pour, 0 contre en première lecture le 6 mars 2025, puis 92 pour, 0 contre en deuxième lecture le 26 mars 2026), la loi valorisant la réserve communale de sécurité civile (161 pour, 0 contre le 3 avril 2025) et la création d'une croix de la valeur des sapeurs-pompiers (120 pour, 0 contre le 15 mai 2025). Le RN y a fourni deux fois le premier contingent de voix, comme nous le détaillions dans notre bilan des votes sur le financement des SDIS.
Aucun de ces trois textes ne dépense un euro pour les casernes. Cadre d'emploi, réserve communale, décoration : le Parlement légifère sur l'organisation et la reconnaissance — le seul texte dédié au financement des SDIS, déposé par un député RN, n'a jamais été inscrit à l'ordre du jour.
L'argent, lui, n'a jamais été voté par les députés
L'automne budgétaire 2025 raconte une autre histoire. En séance, les amendements de financement des SDIS ont été systématiquement repoussés : la hausse de la taxe de séjour fléchée vers les SDIS, rejetée ; la contribution des sociétés d'assurance — pourtant adoptée en commission des finances — rejetée en séance ; le transfert aux départements de 700 millions d'euros de taxe sur les conventions d'assurance (TSCA) pris sur la branche famille, rejeté.
« Les Sdis sont déjà extrêmement sollicités et le seront de manière croissante en raison du réchauffement climatique et des événements paroxystiques qu'il entraîne. Il s'agit de leur affecter 200 millions supplémentaires de TSCA. »
Puis le couperet : le 21 novembre 2025, la première partie du PLF 2026 est rejetée par 404 voix contre 1. Conséquence mécanique : la seconde partie — celle qui porte les crédits de la mission « Sécurités », donc de la sécurité civile — n'a jamais été examinée en séance à l'Assemblée. Les députés ont voté une loi spéciale le 23 décembre (496 voix contre 0) pour permettre à l'État de fonctionner, et le budget 2026 n'a finalement été adopté que le 2 février… par 49.3, sans vote sur les crédits.
« Pendant l'examen de la deuxième partie du PLF, lorsque nous examinerons vos amendements qui tendent à renforcer les moyens des brigades de pompiers, il faudra nous expliquer pourquoi vous avez d'abord privé la sécurité civile de millions d'euros. Il n'y a là aucune cohérence ! »
Même les urgences se jouent à quelques voix : le collectif budgétaire de fin 2025, rejeté une première fois par les députés, n'est passé que par 217 voix contre 213 en commission mixte paritaire — quatre voix d'écart pour le seul véhicule capable de financer une crise en cours d'année.
Au Sénat, la baisse de 50 millions est passée
Le dernier vrai vote sur les crédits de la sécurité civile remonte au Sénat, le 1er décembre 2024, lors du PLF 2025. Le sénateur Grégory Blanc proposait d'annuler la baisse du budget — plus de 50 millions d'euros, soit −5,58 % — en rappelant que « la flotte, notamment les Canadair, est vieillissante » et que la promesse de la LOPMI d'acquérir 14 bombardiers d'eau n'était pas tenue. Son amendement a été rejeté par 230 voix contre 113. Vingt mois plus tard, les livraisons de Canadair DHC-515 accumulent toujours les reports, au point que les rapporteurs spéciaux du budget réclamaient à l'automne un rapport sur les avions alternatifs européens — un épisode que nous racontions dans l'abandon de la base Canadair de Mont-de-Marsan.
Le décret qui manque toujours
Dernier angle mort, et pas des moindres pour les 200 000 sapeurs-pompiers volontaires : la bonification de retraite d'un trimestre après dix ans d'engagement, votée dans la loi, attend toujours son décret d'application. À chaque session de questions au gouvernement, des députés de tous bords reviennent à la charge — sans succès à ce jour, comme nous le documentions sur les textes pompiers qui dorment au Sénat.
« Ma question est simple : allez-vous enfin signer un décret conforme à l'engagement pris par le gouvernement, en accordant un trimestre de bonification de retraite dès dix années d'engagement pour tous les sapeurs-pompiers volontaires ? »
Ce qui attend le Parlement à la rentrée
Chronologie
Le PLF 2027 dira si la sécurité civile échappe au sort du budget précédent. D'ici là, retrouvez qui a voté quoi sur le financement des pompiers, le calendrier complet du budget 2027, et le détail des votes de chaque député sur sa fiche NosParlementaires.