Qui est Pascale Gruny ? Le portrait en 6 points
  • Sénatrice de l'Aisne du 1er octobre 2014 au 30 septembre 2026, réélue en 2020, battue le 27 septembre 2026. Née le 18 février 1960 à Cambrai (Nord), 66 ans. Elle était, selon La Gazette Picardie, la première femme élue sénatrice du département.
  • Directrice administrative et financière de profession, elle a d'abord été la suppléante de Xavier Bertrand : députée de la 2e circonscription de l'Aisne à trois reprises entre 2004 et 2012, chaque fois qu'il est entré au gouvernement.
  • Députée européenne de 2009 à 2010, au sein du groupe du Parti populaire européen.
  • Membre du RPR, puis de l'UMP et des Républicains. Conseillère départementale du canton de Saint-Quentin-2 depuis 2015, mandat qui ne dépend pas du scrutin de dimanche.
  • Vice-présidente du Sénat d'octobre 2020 à octobre 2023, puis vice-présidente de la commission des affaires sociales et rapporteure de la branche vieillesse du budget de la Sécurité sociale.
  • Dimanche, sa liste est arrivée en tête avec 437 voix, mais n'a obtenu qu'un siège sur trois. Elle y figurait en deuxième position.

Dimanche 27 septembre, la liste « L'Aisne au Sénat » conduite par Antoine Lefèvre est arrivée en tête chez les grands électeurs du département : 437 voix sur 1 718 suffrages exprimés, soit 25,44 %. Elle n'a pourtant obtenu qu'un siège sur trois, et sa numéro deux, Pascale Gruny, sénatrice Les Républicains depuis 2014, n'est pas réélue. Les deux autres sièges vont à Nicolas Fricoteaux (divers centre, 408 voix), ancien président du conseil départemental, et à Paul Mougenot (divers droite, 329 voix), maire d'Aguilcourt. À la proportionnelle à la plus forte moyenne, le second siège de la liste Lefèvre se jouait sur la moitié de son score, 218,5 voix, contre 329 pour la liste Mougenot. Toutes choses égales par ailleurs, il lui aurait fallu 659 voix pour garder ses deux élus. Elle en avait 845 en 2014 et 720 en 2020. « J'ai surtout une pensée pour ma collègue, une sénatrice qui a beaucoup travaillé au Sénat et sur le terrain », a réagi Antoine Lefèvre auprès de France 3 Hauts-de-France. Que laisse-t-elle après douze ans au Palais du Luxembourg ? Voici son dernier mandat en données.

48
rapports signés depuis octobre 2020 : aucun sénateur en exercice n'en compte davantage sur son mandat en cours
258
amendements déposés en premier auteur depuis octobre 2020, dont 183 adoptés, plus 2 584 cosignés
114
questions au gouvernement : 90 écrites, 11 orales, 13 d'actualité

Retraites : la rapporteure qui a fait voter au Sénat la fin de la suspension

Pascale Gruny a fait l'essentiel de son travail à la commission des affaires sociales. Chaque automne, elle y a rapporté une partie du budget de la Sécurité sociale : la branche accidents du travail et maladies professionnelles d'abord, puis, à partir de l'automne 2023, la branche vieillesse, où elle a succédé à René-Paul Savary. Elle a voté la réforme des retraites de 2023, adoptée par le Sénat le 16 mars 2023 par 193 voix contre 114, et l'a défendue ensuite à chaque budget.

« La réforme de 2023, que certains apprentis sorciers voudraient abroger, permettra tout juste de stabiliser le déficit entre 6 milliards et 7 milliards d'euros jusqu'en 2030, puis il s'envolera à 15 milliards d'euros en 2035 et à 30 milliards d'euros en 2045. »

Question d'actualité au gouvernement du 12 juin 2025 sur le rapport du Conseil d'orientation des retraites. Source : base NosParlementaires / data.senat.fr.

Pascale Gruny
Pascale Gruny
Les Républicains
Aisne

Son moment le plus exposé date du 25 novembre 2025, pendant l'examen du budget 2026 de la Sécurité sociale. Au nom de la commission, elle présente deux amendements. Le premier supprime l'article qui suspend la réforme de 2023, ajouté au texte par le gouvernement le 23 octobre. Dans l'exposé des motifs, elle écrit que cette suspension « relève à [son] sens du pur effet d'annonce » et que son coût, alourdi par les députés, est « désormais exorbitant ». Le Sénat la suit par 190 voix contre 108.

Le second amendement rétablit le gel des pensions et des prestations sociales que les députés avaient supprimé, en épargnant les pensions inférieures à 1 400 euros et l'allocation aux adultes handicapés, pour un rendement attendu de 2 milliards d'euros. Il est adopté le même jour par 198 voix contre 120. Un an plus tôt, le 22 novembre 2024, le Sénat avait déjà voté par 231 voix contre 100 son amendement au budget 2025 : une revalorisation de toutes les pensions à la moitié de l'inflation au 1er janvier, complétée ensuite pour les retraités sous le Smic. Nous avions raconté le bras de fer entre les deux chambres sur le gel des pensions.

Des amendements de rapporteure : 114 adoptés sur 114 sur ses propres textes

Depuis octobre 2020, Pascale Gruny a déposé 258 amendements en premier auteur, et 183 ont été adoptés, soit sept sur dix. Ce taux est d'abord celui d'une rapporteure. Sur les cinq textes dont elle avait la charge au fond ou pour avis, ses 114 amendements ont tous été adoptés : 70 sur le projet de loi pour le plein emploi, qui a créé France Travail, 15 sur la santé au travail, 9 sur la vigilance sanitaire et 20 sur deux lois d'adaptation au droit européen.

Les textes qu'elle a le plus amendés en premier auteur depuis octobre 2020
Amendement adopté
Non adopté (rejeté, retiré, irrecevable, tombé…)
Plein emploi (France Travail)rapporteure : 70 déposés, 70 adoptés
Budget de la Sécu 2024rapporteure de la branche vieillesse : 41 déposés, 28 adoptés
Budget de la Sécu 2025rapporteure de la branche vieillesse : 17 déposés, 7 adoptés
Santé au travailcorapporteure : 15 déposés, 15 adoptés
Budget de la Sécu 2023rapporteure de la branche accidents du travail : 13 déposés, 9 adoptés
Adaptation au droit européen (2026)rapporteure pour avis : 12 déposés, 12 adoptés
Budget de la Sécu 2026rapporteure de la branche vieillesse : 12 déposés, 3 adoptés

Ailleurs, le bilan est plus partagé. Sur les six budgets de la Sécurité sociale du mandat, 54 de ses 94 amendements ont été adoptés et 15 ont été déclarés irrecevables. Le budget 2026 est son plus mauvais millésime : 3 adoptés sur 12, et 4 irrecevables. Sur les 50 amendements restants, déposés en son nom sur d'autres textes, 15 seulement ont été adoptés. Sur le projet de loi contre les fraudes sociales et fiscales, à l'automne 2025, 5 de ses 7 amendements ont été écartés avant toute discussion.

Ses 48 rapports appellent la même précision. Treize sont des tomes du rapport annuel sur le budget de la Sécurité sociale, cosignés avec les autres rapporteurs de branche, et trois sont les bilans annuels de l'application des lois qu'elle présentait comme vice-présidente du Sénat. Restent notamment treize rapports d'information, partagés entre deux terrains. Le premier est l'Europe de la santé, à la commission des affaires européennes : la législation pharmaceutique en 2024, les dispositifs médicaux le 1er juillet 2026. Le second touche aux collectivités et aux services publics locaux : l'intelligence artificielle dans les collectivités en mars 2025, l'enfance en danger en avril 2026, la réforme des agences régionales de santé en mai.

L'Aisne à la tribune : le TGV de Saint-Quentin, les betteraves et l'hôpital

Ses questions ramènent à son département. Elle en a posé 114 en six ans. Sur les 90 questions écrites, 59 ont reçu une réponse et 31 n'en ont jamais eu.

Ses 114 questions depuis octobre 2020, par ministère interrogé
63/114 social et économie
37 questionsSanté, travail et solidarités
26 questionsÉconomie, comptes publics et commerce
14 questionsAgriculture
37 questionsAutres ministères : écologie et énergie (7), intérieur (6), transports (5), culture (5), collectivités et logement (4)…

Le social domine, mais ses questions orales sont souvent locales. Le 30 mai 2024, elle alerte sur la situation financière de la santé dans l'Aisne : la disparition redoutée des visites à domicile de SOS Médecins à Saint-Quentin, les comptes du groupe de cliniques Elsan, qui assure 17 % de l'hospitalisation du Saint-Quentinois. Le 10 avril 2025, elle interroge le ministre des transports sur la gare TGV Haute-Picardie, passée selon elle de 22 arrêts quotidiens en 2011 à 12.

« La nouvelle grille horaire mise en place le 15 décembre 2024 par SNCF voyageurs à la gare de TGV Haute-Picardie, gare TGV la plus proche de Saint-Quentin, suscite la colère des usagers et renforce encore un peu plus le sentiment d'abandon des territoires situés hors des grandes métropoles. »

Question orale du 10 avril 2025 sur la desserte TGV du Saint-Quentinois. Source : base NosParlementaires / data.senat.fr.

Pascale Gruny
Pascale Gruny
Les Républicains
Aisne

Le 10 juillet 2025, c'est une crise sanitaire locale qu'elle porte dans l'hémicycle : les intoxications à la bactérie E. coli dans l'agglomération de Saint-Quentin, qui ont touché 32 personnes et causé la mort d'une enfant. Elle demande au gouvernement de quels moyens dispose le pays pour garantir la sécurité alimentaire.

L'agriculture est l'autre fil de ses questions. Quatorze s'adressent au ministère de l'agriculture, de la filière viticole à la politique agricole commune. Le 14 mai 2026, elle en pose deux le même jour : une question orale sur les pucerons qui menacent la récolte de betteraves, où elle réclame trois traitements insecticides supplémentaires par dérogation, et une question d'actualité sur 150 millions d'euros de crédits européens destinés à la conversion en bio et restés inutilisés en 2025.

« Alors qu'ils sont le cœur battant de nos territoires, nos agriculteurs se sentent abandonnés. Entre les accords commerciaux, la crise des prix et l'accumulation des normes, pas une semaine ne se passe sans qu'une actualité ou une décision vienne fragiliser un peu plus notre agriculture. »

Question d'actualité au gouvernement du 14 mai 2026 sur les crédits non consommés de la politique agricole commune. Source : base NosParlementaires / data.senat.fr.

Pascale Gruny
Pascale Gruny
Les Républicains
Aisne

Ses dernières questions écrites datent du 30 juillet 2026. L'une porte sur le budget viticole de la future politique agricole commune, l'autre sur le remboursement de la chiropraxie par les complémentaires santé. Aucune n'a encore reçu de réponse. Quatre jours avant le scrutin, le 23 septembre, elle recevait encore la Coordination rurale de l'Aisne, selon le compte rendu publié par le syndicat.

Discipline et présence

Depuis octobre 2023, fenêtre commune à tous les sénateurs de notre base, Pascale Gruny a voté 899 fois sur 909 comme la majorité du groupe Les Républicains, soit 98,9 %. La médiane des 128 sénateurs du groupe comparables est à 98,6 %, et 40 d'entre eux sont plus alignés qu'elle.

909 votes exprimés
899 votes alignés98,9 % avec la majorité du groupe Les Républicains
10 divergences1,1 %, dont 3 sur la parité dans les petites communes

Ces dix écarts tiennent à quelques sujets. Le 28 février 2024, elle est l'une des 50 sénateurs à voter contre l'inscription dans la Constitution de la liberté de recourir à l'IVG, adoptée par 267 voix. Le 11 mars 2025, elle vote contre trois articles de la proposition de loi sur la parité dans le bloc communal, qui étend le scrutin de liste paritaire aux communes de moins de 1 000 habitants, quand la majorité de son groupe les approuve. Le 22 novembre 2025, elle s'abstient sur l'amendement centriste qui porte la durée annuelle du travail de 1 607 à 1 619 heures, adopté par 199 voix contre 135 avec les voix de son groupe. Le 21 janvier 2026, elle vote la suppression de l'article 2 de la proposition de loi sur l'aide à mourir, repoussée par 212 voix contre 82.

En juillet 2026, les sénateurs Les Républicains et centristes de la mission d'information sur le burn-out votent contre l'adoption de son rapport, qui ne sera donc pas publié. « Ce n'était pas un mauvais rapport, c'était un rapport orienté », justifie Pascale Gruny, citée par Public Sénat. Nous l'avions raconté dans le portrait de sa rapporteure, Annick Girardin.

Côté participation, elle a pris part aux 1 445 scrutins publics de son mandat où elle pouvait voter, soit 100 %, hors 130 scrutins qu'elle présidait comme vice-présidente du Sénat entre 2020 et 2023. Trente des 346 sénateurs en exercice affichent ce sans-faute sur leur mandat en cours. Il faut le lire avec prudence : le vote par délégation tire les taux du Sénat vers le haut, et la médiane est à 99,0 %. L'agenda officiel du Sénat est plus parlant : 563 jours de présence et 3 116 heures de réunions et de séances depuis octobre 2020, dont 96 jours sur les douze derniers mois. C'était le cinquième total des sortants candidats, et cela n'a pas suffi. Sur les sanctions, enfin : le Sénat ne publie pas de données de sanctions individuelles dans notre base.

Ses chantiers législatifs

👵
Rapporteure de la branche vieillesse depuis l'automne 2023. Trois budgets, 70 amendements, 38 adoptés. Ses deux amendements de 2025 sur la suspension et le gel ont été votés par le Sénat, puis écartés du texte final.
💼
Rapporteure du projet de loi au Sénat. 70 amendements déposés, 70 adoptés. Loi promulguée le 18 décembre 2023.
🩺
Corapporteure avec Stéphane Artano, après leur rapport de 2019 pour un service universel de santé au travail. 15 amendements adoptés en séance. Loi promulguée le 2 août 2021.
🌾
Rapporteure de la proposition de loi qui calcule la pension de base des agriculteurs sur leurs 25 meilleures années. Adoptée par le Sénat le 19 mars 2024 par 305 voix contre 0.
La nuance. Ses deux amendements du 25 novembre 2025 n'ont pas survécu à la navette. Le budget 2026 de la Sécurité sociale, voté en dernier ressort par l'Assemblée nationale le 16 décembre 2025 par 247 voix contre 232, suspend la réforme des retraites jusqu'en janvier 2028 et ne contient aucun gel : les pensions de base ont été revalorisées de 0,9 % au 1er janvier 2026. Sur les retraites, la rapporteure a gagné les votes du Sénat, pas le texte final.

Parcours express

18 février 1960
Naissance à Cambrai, dans le Nord.
2001
Élue conseillère municipale de Saint-Quentin, après douze ans d'élue municipale à Offoy, dans la Somme.
1er mai 2004
Suppléante de Xavier Bertrand, elle devient députée de l'Aisne quand il entre au gouvernement. Elle le remplacera encore de 2007 à 2009, puis de 2010 à 2012.
7 juin 2009
Élue députée européenne. Elle retrouve l'Assemblée nationale en décembre 2010.
28 septembre 2014
Élue sénatrice de l'Aisne en deuxième position de la liste d'Antoine Lefèvre : 845 voix (49,82 %), deux sièges.
Mars 2015
Élue conseillère départementale du canton de Saint-Quentin-2, réélue en 2021.
27 septembre 2020
Réélue. La liste obtient 720 voix (42,43 %) et garde ses deux sièges. En octobre, elle devient vice-présidente du Sénat, fonction qu'elle occupe jusqu'en octobre 2023.
2 août 2021
Promulgation de la loi sur la prévention en santé au travail, dont elle est corapporteure au Sénat.
18 décembre 2023
Promulgation de la loi pour le plein emploi, qu'elle a rapportée au Sénat.
25 novembre 2025
Le Sénat adopte ses amendements qui suppriment la suspension de la réforme des retraites (190 voix contre 108) et rétablissent le gel des pensions (198 contre 120).
27 septembre 2026
Battue. La liste arrive en tête avec 437 voix (25,44 %) mais n'obtient qu'un siège, celui d'Antoine Lefèvre.
30 septembre 2026
Fin de son mandat de sénatrice, après douze ans.

Votes, amendements, questions, rapports : retrouvez toute l'activité de Pascale Gruny sur sa fiche NosParlementaires et dans son bilan de mandat, les résultats complets du département sur notre page des sénatoriales dans l'Aisne, et comparez les sénateurs entre eux dans nos classements.