Les marges du gouvernement en 5 points
  • Le gouvernement de Sébastien Lecornu n'a pas de majorité à l'Assemblée. Les quatre groupes qui ont encore voté l'article d'équilibre du budget le 4 novembre (Ensemble pour la République, Démocrates, Horizons, Droite républicaine) comptent 208 députés. La majorité absolue est de 288 ou 289 voix selon les sièges pourvus.
  • Les députés ont rejeté le 4 novembre la partie recettes du budget de l'État par 458 voix contre 0, après avoir rejeté celle de la Sécurité sociale le 23 octobre. Les deux textes partent au Sénat dans la version du gouvernement.
  • Le jeudi 5 novembre, les syndicats appellent à la grève et à manifester pour les salaires, les services publics et la justice fiscale.
  • « On n'a ni argent ni majorité, et la présidentielle est dans six mois », résume un député du bloc central cité par franceinfo, sans le nommer. Le gouvernement vise 43 milliards d'euros d'économies et un déficit de 5 % du PIB.
  • Il lui reste trois types d'outils : les décrets, qui se passent du Parlement ; les textes à faire voter, d'abord au Sénat ; le passage en force, 49.3 ou ordonnance, qu'il a promis d'éviter.

Au lendemain du rejet du budget, le gouvernement peut encore agir sans le Parlement sur quatre sujets : le SMIC, le point d'indice des fonctionnaires, le prix du gazole et le Livret A. Pour les impôts et les crédits de 2027, il lui faut un vote, ou un passage en force que Sébastien Lecornu a écarté le 17 septembre. Nos relevés mesurent ce que vaut ce vote : sur les 715 scrutins publics du budget de l'État, le bloc central a gagné 550 fois, presque toujours parce que le RN ou la gauche votait avec lui. Quand les deux votaient contre lui, il a gagné 2 fois sur 53.

4
Leviers qui se passent d'un vote
2 sur 53
Scrutins gagnés face au RN et à la gauche réunis
17 déc.
Fin du délai pour le budget de l'État

Sans vote : les quatre décisions à sa portée

Ces quatre leviers ont un point commun : même une majorité de députés hostile ne peut pas les bloquer directement. Ils ne pèsent pas pour autant le même poids pour l'État.

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Le SMIC
Le code du travail permet de le porter en cours d'année « par voie réglementaire » au-dessus de son niveau automatique. Il est à 1 867,02 euros brut par mois. Roland Lescure a dit le 4 novembre : « Je pense qu'on pourra annoncer quelque chose dans les jours qui viennent », selon LCP.
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Le point d'indice
Sa valeur est fixée par décret et les députés ne votent pas sur son montant. Il est gelé depuis juillet 2023, et le gouvernement entend le maintenir ainsi en 2027. Contrairement au gazole, le dégeler aurait un coût direct pour l'État employeur.
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Le gazole
Le décret du 23 octobre fait vendre des stocks stratégiques à prix coûtant jusqu'au 31 janvier 2027. Cela « coûte zéro euro au contribuable », selon un conseiller cité par franceinfo. Baisser les taxes exigerait une loi : les députés ont rejeté les quatre baisses soumises au vote le 2 novembre.
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Le Livret A
Le plafond dépend d'un décret. Sébastien Lecornu l'a annoncé le 3 novembre entre 25 000 et 30 000 euros en février, dix-huit jours après le rejet par les députés d'un plafond à 30 000 euros, par 51 voix contre 32.

Le premier geste attendu porte donc sur le SMIC. Selon France Télévisions, la revalorisation de janvier pourrait intervenir dès décembre, avec un coup de pouce de 0,5 %, soit « environ 22 euros net par mois d'augmentation ». « Rien n'est décidé », assurait le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, le 29 octobre sur France Inter. Les députés, eux, n'ont pas pu se prononcer : la proposition de Hadrien Clouet (LFI) à 1 700 euros net n'a pas été mise aux voix le 29 octobre.

La limite de ces leviers est budgétaire, et le gouvernement le dit lui-même. « Oui, il reste des marges de manœuvre, en fonction des revendications qui sont posées, mais cela se fera au détriment d'autres politiques publiques ou d'économies à réaliser lors du budget », assure un conseiller de l'exécutif cité par franceinfo. L'Élysée renvoie le coût du travail et le financement des dépenses sociales au scrutin du printemps : « Ce sont des débats légitimes mais des débats d'élection présidentielle », selon l'entourage d'Emmanuel Macron.

« Or si nous ne réglons pas la question de la dette, aucune politique publique ambitieuse n'est plus possible, aucune ! La dette dévore toutes nos marges de manœuvre ! »

Philippe Juvin
Philippe Juvin
DR
Hauts-de-Seine (3)
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Avec un vote : le Sénat devient la voie principale

Tout ce qui touche aux crédits et aux impôts de 2027 passe par une loi. Le Premier ministre avait lui-même posé ce tri le 28 octobre à l'Assemblée, à propos des mesures annoncées pour les lycéens : établir « ce qui relève du règlement », « ce qui exige de voter des crédits dans le cadre du budget pour 2027 » et ce qui demanderait de changer la loi. « Une grande partie de ces mesures se traduira par des amendements gouvernementaux au projet de loi de finances », ajoutait-il.

Or les députés n'examineront plus ces crédits en première lecture. Le gouvernement devra déposer ses amendements au Sénat, où il garde son droit d'amendement. C'est là que doivent se traduire les annonces qui ne figurent pas dans son texte initial, comme l'annulation de 836 suppressions de postes d'enseignants ou le renoncement aux droits d'inscription en prépa et en BTS. C'est aussi là que se joueront le gel partiel des pensions, à partir du 9 novembre, puis le sort des APL et de la prime d'activité (article 74 du budget de l'État), à partir du 30 novembre.

Un vote reste possible à l'Assemblée dès la semaine prochaine, sur un texte plus modeste : le projet de loi de fin de gestion pour 2026, déposé le 4 novembre et inscrit en séance le 12 novembre. Il ajuste les comptes de l'année en cours, pas ceux de 2027.

Reste à trouver le texte commun. Une commission mixte paritaire de sept députés et sept sénateurs doit le chercher après le vote du Sénat, et son résultat devra revenir devant les députés. Sans le RN ni la gauche, les quatre groupes qui soutenaient encore le texte le 4 novembre ne pèsent que 208 voix. LCP juge une adoption par un vote « exclue » à l'Assemblée, et les socialistes ont fixé leur condition dès l'ouverture du débat.

« Vous ne construirez aucun compromis avec des socialistes en refusant de parler justice fiscale et redistribution des richesses. »

Estelle Mercier
Estelle Mercier
SOC
Meurthe-et-Moselle (1)
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Sans majorité : 49.3, ordonnance, loi spéciale

Trois autres voies existent si aucun vote n'aboutit. Le 17 septembre, Sébastien Lecornu a promis « ni 49.3, ni ordonnances » et qu'« à la fin, il y aura un vote », selon Public Sénat. Il avait aussi renoncé au 49.3 à l'automne 2025, avant d'y recourir trois fois en janvier.

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Le 49.3
Possible au retour du texte à l'Assemblée, après le Sénat. Le texte est adopté sauf si une motion de censure passe. En janvier, la plus forte a réuni 269 voix pour 288 requises. Le rapporteur général Philippe Juvin le réclame ; pour LCP, le gouvernement devra « selon toute vraisemblance » y venir.
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L'ordonnance
Ouverte si le Parlement ne s'est pas prononcé à temps : après le 26 novembre pour la Sécu, après le 17 décembre pour l'État. Jamais utilisée sous la Ve République, et son périmètre n'a jamais été tranché. Elle « ne s'appliquerait pas » si le Parlement avait rejeté le texte, précise Public Sénat.
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La loi spéciale
Elle permet de continuer à percevoir les impôts au 1er janvier, sans aucune mesure nouvelle. Le texte doit être déposé avant le 19 décembre. Votée par 496 voix contre 0 en décembre 2025, elle a été écartée par le Premier ministre en juillet, qui chiffrait l'absence de budget à un déficit de 6 ou 7 %.
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Le risque : la censure
Aucune motion de censure n'a été mise aux voix depuis la rentrée d'octobre. La dernière, le 6 juillet, a réuni 132 voix. Un 49.3 ouvrirait de droit une nouvelle possibilité de censure, et une ordonnance n'empêcherait pas d'en déposer une.
Comment ça marche : la Constitution laisse 70 jours au Parlement pour le budget de l'État et 50 pour celui de la Sécurité sociale. Le rejet par les députés en première lecture n'arrête pas ces délais : le Sénat est saisi du texte du gouvernement, puis députés et sénateurs cherchent un texte commun. Passé le délai, si le Parlement ne s'est pas prononcé, le gouvernement peut appliquer son texte par ordonnance. Suivre le texte →

Ce que 715 scrutins disent de sa majorité

La formule « ni majorité » se vérifie dans nos données. Nous avons repris les 715 scrutins publics du budget de l'État, du 13 octobre au 4 novembre, et comparé le vote majoritaire d'Ensemble pour la République, des Démocrates et d'Horizons à celui du RN et des quatre groupes de gauche. Le bloc central a pris position dans 710 d'entre eux. Il en a gagné 550, et perdu 160.

Scrutins gagnés par le bloc central, selon qui vote avec lui
Scrutins gagnés sur scrutins concernés, budget de l'État 2027, première partie, 13 octobre - 4 novembre 2026
Gagnés
Perdus
RN avec lui, gauche contre
325/341
Gauche avec lui, RN contre
157/201
RN s'abstient, gauche contre
21/70
RN et gauche contre
2/53

Le bloc central gagne 95 % du temps avec le RN contre la gauche, 78 % avec la gauche contre le RN, et 4 % contre les deux. Le RN est son partenaire de vote le plus fréquent : 341 scrutins, près de la moitié du total. C'est ce qu'Éric Coquerel (LFI), président de la commission des finances, a appelé une « alliance constante », mais elle ne vaut que scrutin par scrutin. La simple abstention du RN renverse la balance : sur 70 scrutins où il s'abstient et où la gauche vote contre le bloc central, celui-ci en perd 49. Inversement, la même abstention a permis l'adoption d'un amendement du gouvernement sur l'équilibre par 77 voix contre 67.

Le RN a aussi tenu l'ouverture des débats. Le 13 octobre, ses 62 voix contre ont contribué à repousser la motion de rejet socialiste sur le budget de l'État, par 236 voix contre 149. Le 20 octobre, ses 78 voix ont fait de même sur celle de LFI contre le budget de la Sécurité sociale, par 259 voix contre 128. S'il avait voté ces motions, elles passaient. À l'arrivée, il a voté contre les deux textes, en reprochant au gouvernement de ne pas négocier.

« Monsieur le ministre, ce qui n'a aucun sens dans ce qui vient de se passer, c'est votre incapacité totale au compromis. Nous aurions dû adopter un moratoire de plusieurs années sur le malus – toute la filière automobile le demande. »

Pierre Meurin
Pierre Meurin
RN
Gard (4)
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Le dernier jour résume la situation. L'article d'équilibre tombe par 157 voix contre 86, puis un dernier amendement du gouvernement par 168 voix contre 80 : RN et gauche votent contre, le bloc central pour. Le schéma est le même sur le budget de la Sécurité sociale, où il a gagné 2 scrutins sur 13 face aux deux camps réunis, et 120 sur 121 avec le RN contre la gauche.

À noter : le vote du bloc central n'est pas toujours la position du gouvernement, dont l'avis n'est pas consigné dans ces scrutins. Ce relevé ne couvre que les scrutins publics, pas les votes à main levée, et la moitié de ces scrutins a réuni au plus 110 votants : un résultat dit qui était là, pas ce que voterait une Assemblée au complet. Enfin, voter avec le gouvernement sur un amendement n'engage pas sur l'ensemble : le 4 novembre, tous les groupes ont voté contre.

Date par date : ce qui peut bouger

Le calendrier complet du budget est détaillé dans notre page dédiée. Voici les seules dates où une décision du gouvernement peut changer la donne.

« Dans les jours qui viennent »
Annonce possible sur le SMIC, selon Roland Lescure. Elle ne dépend d'aucun vote.
Lundi 9 novembre
Le Sénat ouvre le budget de la Sécurité sociale. Premiers amendements possibles du gouvernement, vote le 18 novembre.
Jeudi 12 novembre
Les députés examinent le budget de fin de gestion pour 2026.
Vendredi 20 novembre
Le Sénat ouvre le budget de l'État, sous réserve de sa transmission. Les crédits arrivent à partir du 30 novembre.
Jeudi 26 novembre, minuit
Fin des 50 jours du budget de la Sécurité sociale : première date où une ordonnance devient possible.
Mercredi 9 décembre
Vote du Sénat sur l'ensemble du budget de l'État. Ce n'est pas le vote définitif : députés et sénateurs doivent ensuite chercher un texte commun.
Jeudi 17 décembre, minuit
Fin des 70 jours du budget de l'État. Si aucun budget n'est prêt pour le 1er janvier, une loi spéciale doit être déposée avant le 19 décembre.
Dimanche 28 février 2027
Clôture anticipée de la session, avant la présidentielle.

Comment votre député a-t-il voté le 4 novembre ? Cherchez son nom dans le module ci-dessous, et consultez le relevé des votes par groupe sur les revendications des syndicats.