- Sénatrice Les Républicains du Morbihan depuis 2017, réélue en septembre 2023.
- Née le 27 octobre 1967, elle vient d'avoir 59 ans. Avocate au barreau de Lorient.
- Ancienne maire de Port-Louis (2008-2014), conseillère départementale du Morbihan depuis 2015, élue dans le canton d'Hennebont.
- Présidente de la commission des lois du Sénat depuis octobre 2024, première femme à ce poste, reconduite le 7 octobre 2026.
- Rapporteure de textes marquants de la droite sénatoriale : loi immigration de 2023, loi contre le narcotrafic, et cet automne la réforme corse.
- Proche de Bruno Retailleau, elle incarne une ligne plus dure que son prédécesseur ; elle a voté contre l'inscription de l'IVG dans la Constitution en 2024, à rebours de la majorité des sénateurs LR.
Lundi 26 octobre, Muriel Jourda a défendu au Sénat la réécriture du projet de loi constitutionnelle sur l'autonomie de la Corse, dont elle était la rapporteure. Ses amendements ont été adoptés, puis le texte a été rejeté par 181 voix contre 134. Le lendemain soir, en présidente de la commission des lois, elle a demandé un second vote sur la loi « casseurs-payeurs » pour rétablir la saisie des aides au logement des casseurs condamnés. Portrait en données d'une juriste devenue la première femme à présider la commission des lois.
La Corse : la « communauté » remplacée par le « patrimoine »
Le texte voté par les députés en juin inscrivait dans la Constitution une « communauté insulaire, historique, linguistique, culturelle, ayant développé un lien singulier à la terre corse ». Pour Muriel Jourda, ce mot créerait une différence de traitement entre citoyens, contraire à l'égalité devant la loi. En commission, le 21 octobre, sept de ses huit amendements ont été adoptés (rapport n° 85). En séance, son amendement n° 1 remplace la communauté par le « patrimoine historique, linguistique et culturel singulier » de l'île : adopté par 197 voix contre 94, avec les communistes et une partie des socialistes.
« Le Sénat n'a jamais confondu unité de la République et uniformité des territoires. »
Rapporteure du projet de loi constitutionnelle sur la Corse, séance du Sénat du 26 octobre 2026 (compte rendu analytique).
Son amendement n° 4, identique à ceux de la communiste Cécile Cukierman et du groupe RN, supprime un alinéa qu'elle jugeait redondant, sur l'égalité de tous devant les normes de la future collectivité : adopté de justesse, 172 voix contre 163. Le Sénat a aussi voté l'amendement de Jean-Jacques Panunzi (LR, Corse-du-Sud) qui soumet chaque demande de la Corse à l'accord du Parlement ou du gouvernement, une idée que Muriel Jourda avait portée en commission sans succès.
Au vote final, les socialistes, les centristes et les macronistes, favorables à l'autonomie, ont voté contre un texte qu'ils jugeaient vidé de son sens, comme les sénateurs RN. Muriel Jourda a voté pour. Elle refuse d'endosser l'échec : « Prétendre que le groupe Les Républicains a mis à bas le processus n'a pas de sens », a-t-elle lancé dans l'hémicycle, selon le compte rendu.
Casseurs-payeurs : la seconde délibération
Dans la nuit du 27 au 28 octobre, le Sénat adopte à main levée, contre l'avis de la commission un amendement du sénateur Les Indépendants Vincent Louault : il limitait la saisie des prestations sociales au seul condamné et protégeait les aides au logement. En fin d'examen, Muriel Jourda demande une seconde délibération de l'article, selon le compte rendu analytique. Après vingt minutes de suspension, les rapporteurs Olivier Bitz et David Margueritte font adopter une nouvelle rédaction, par 224 voix contre 114 : les aides au logement redeviennent saisissables, comme la prime d'activité, le RSA et plusieurs prestations familiales, pour payer les dommages et intérêts. Le projet de loi est adopté par 229 voix contre 105 ; elle vote pour.
Une carrière de rapporteure
Avocate, ancienne maire de Port-Louis, à l'entrée de la rade de Lorient, Muriel Jourda entre au Sénat en 2017 et rejoint la commission des lois. Dès 2018, elle est co-rapporteure de la commission d'enquête sur l'affaire Benalla avec le socialiste Jean-Pierre Sueur. En 2023, elle rapporte avec le centriste Philippe Bonnecarrère le projet de loi immigration, que le Sénat a nettement durci : ses 79 amendements sur ce texte ont tous été adoptés. En 2025, elle est rapporteure en commission mixte paritaire de la loi contre le narcotrafic, née d'une proposition de Jérôme Durain (PS) et Étienne Blanc (LR).
403 amendements déposés en premier signataire depuis octobre 2017, dont 370 adoptés. Source : base NosParlementaires, d'après data.senat.fr.
Ce taux d'adoption très élevé tient à sa fonction : les amendements d'un rapporteur sont ceux de la commission, que la majorité sénatoriale vote en général. Il mesure le poids d'une rapporteure dans la majorité de droite et du centre plus qu'une influence personnelle. Elle signe aussi un rapport sur les accords migratoires internationaux (2025) et le rapport annuel 2025 de la délégation parlementaire au renseignement.
En octobre 2024, quand François-Noël Buffet entre au gouvernement, le groupe LR la choisit pour lui succéder, par 69 voix contre 59 à Philippe Bas. La commission l'élit avec 27 voix, contre 14 au socialiste Jérôme Durain, selon Public Sénat. Proche de Bruno Retailleau, elle y incarne une ligne plus dure que son prédécesseur, écrivait alors Public Sénat. Ce mois-ci, elle a aussi été rapporteure du projet de loi contre les ingérences étrangères, où elle a voulu réserver le nouveau référé aux campagnes venues de l'étranger. Le Sénat a refusé de supprimer cette restriction, contre l'avis du gouvernement.
« Il est beaucoup plus discutable d'utiliser cette notion lorsque nous traitons du débat national, dans le cadre duquel la liberté d'expression est une garantie de la démocratie. »
Rapporteure du projet de loi sur les ingérences étrangères, séance du Sénat du 20 octobre 2026 (compte rendu intégral).
Le Morbihan, la sécheresse et la sécurité
Ses 54 questions au gouvernement dessinent deux registres. À l'écrit, des sujets du Morbihan et du quotidien : le 8 octobre, elle demande des aides pour les stations de lavage automobile, fermées tout l'été par les arrêtés sécheresse qui ont placé tout le département, hors quelques îles, en crise à partir du 19 août. Elle a aussi interrogé le gouvernement sur la fibromyalgie, le classement des armes ou le recrutement des aides-soignants dans la fonction publique.
« Si ces restrictions répondent à l'objectif légitime de préserver la ressource en eau, elles ont pour conséquence de contraindre les exploitants concernés à interrompre totalement ou partiellement leur activité. »
Question écrite au ministre chargé des PME et du commerce, publiée le 8 octobre 2026, sur les stations de lavage du Morbihan fermées par les arrêtés sécheresse.
En séance, ses questions d'actualité visent l'immigration et la justice. En février, elle salue les résultats de Bruno Retailleau sur les expulsions mais dénonce une politique « totalement incohérente » sur les visas. En avril, elle interpelle le ministre de l'Intérieur sur ses déclarations à la Grande Mosquée de Paris. En juillet, elle accuse le gouvernement de n'avoir rien fait en un an pour maintenir en détention les mineurs de plus de 16 ans accusés de crime après une censure du Conseil constitutionnel, et d'en rejeter la faute sur le Sénat.
Discipline et présence
Depuis octobre 2023, période couverte par sa fiche, Muriel Jourda a pris part à 947 des 950 scrutins publics, soit 99,7 %. C'est un peu au-dessus de la médiane des sénateurs (99,2 %), mais 222 d'entre eux font mieux. Au Sénat, les scrutins publics sont le plus souvent votés par le groupe pour tous ses membres : ce taux ne mesure pas une présence. L'agenda officiel du Sénat lui attribue 106 jours et 543 heures d'activité sur les douze derniers mois, en séance et en commission ; c'est un indicateur d'activité, pas un taux.
Elle suit la position majoritaire de son groupe dans 98 % des cas, un peu moins que la moyenne des sénateurs LR (98,8 %) : sur les 94 sénateurs LR qui comptent plus de 500 votes, 74 sont plus alignés qu'elle. Le 28 février 2024, elle vote contre l'inscription de la liberté de recourir à l'IVG dans la Constitution, que la majorité de son groupe a approuvée. Elle s'écarte aussi de son groupe sur plusieurs scrutins de la proposition de loi sur l'aide à mourir, et, le 21 octobre dernier, vote contre la proposition de loi sur les rapports locatifs, qui prolonge l'encadrement des loyers, quand la majorité des sénateurs LR l'approuvait. Le 27 octobre, elle s'abstient sur l'extension de Pharos aux appels au pillage, votée par son groupe. Le Sénat ne publie pas de données de sanctions individuelles dans notre base.
Ses chantiers législatifs
Parcours express
Ses votes, amendements, rapports et questions sont sur la fiche de Muriel Jourda. Retrouvez les présidents des commissions du nouveau Sénat, les 348 sénateurs par département, et comparez les sénateurs entre eux dans nos classements.